Un service français de musique en ligne se distingue par la qualité sonore

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Alexandre Leforestier, directeur général de Qobuz : «Depuis l’arrivée des premiers services de musique en ligne, on a fait machine arrière avec une détérioration globale, que ce soit au niveau du son ou de la documentation.»

La concurrence est forte dans les services de musique en ligne. On évoque souvent les géants, comme Deezer ou Spotify, mais il y a aussi des acteursindépendants qui se positionnent d’une manière originale. Tel est le cas de Qobuz, qui se démarque en proposant une exceptionnelle qualité de son. Laplate-forme de musique en ligne vient de lever 4 millions d’euros. Ces fonds serviront au développement de son activité à travers l’Europe. Qobuz revendique 10 000 abonnés à l’ensemble de ses services. L’ambition de la plate-forme de musique est donc de conquérir de nouveaux marchés, comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Irlande, la Suisse et le Benelux. Alexandre Leforestier, directeur général de Qobuz, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : Dans le domaine de la musique en ligne, on a trop tendance à penser que le consommateur ne recherche qu’à disposer de l’offre la plus large et la moins chère possible. Finalement, misez-vous sur la qualité sonore pour vous distinguer dans ce marché concurrentiel, en tant qu’indépendant ?


Alexandre Leforestier : Notre sujet, c’est la segmentation par le haut. Quobuz fait partie du groupe qui détient la maison de disques Abeille Musique. Dans notre démarche de création de valeur, le métier de production et de distribution de musique, sous forme physique ou numérique, est au cœur de notre action. C’est pour cette raison que nous avons décidé de nous lancer dans la musique en ligne, avec une démarche différente, afin de tirer par le haut les standards de la musique en ligne. Ces standards ont été bien malmenés par rapport à l’usage vécu avec le CD car, depuis l’arrivée des premiers services de musique en ligne, on a fait machine arrière avec une détérioration globale, que ce soit au niveau du son ou de la documentation à travers les données associées. Notre sujet, c’est la segmentation par le haut. Notre marque développe un concept de qualité global, impliquant une grande qualité de son, un sujet très tendance en ce moment car il est en train d’être évangélisé par des industriels dans le domaine de l’électronique audio. Toutes les grandes marques d’électronique, lors du dernier salon de Berlin, traitent ce sujet de la qualité du son par le haut, car il y a tout un écosystème industriel qui est en train de se mettre en place.

Nous nous différencions par la qualité du son car lorsque nous avons décidé de nous lancer dans cette aventure, il n’était pas envisageable de proposer un confort d’écoute moins qualitatif que le CD. Au contraire, nous pensions que l’arrivée du numérique nous permettrait de monter en gamme. C’est, par exemple, ce que nous faisons avec des formats de son 24 bits qui sont disponibles grâce à l’usage du numérique, puisque le CD ne permettait pas, dans ces contraintes techniques, d’apporter cette restitution sonore. Nous n’avons jamais misé notre communication sur des dizaines de millions de titres à écouter, parce que nous pensons qu’il n’y a pas véritablement de sujet. Nous en avons tout autant que les autres. Le vrai sujet, c’est de guider l’utilisateur dans cette masse de musique à écouter et que nous n’aurions pas le temps d’écouter pendant toute une vie. Notre sujet, c’est de faire une sélection sur les catalogues, sur les nouveautés, sur l’actualité, sur le patrimoine et sur les choses à découvrir ou à redécouvrir. C’est une démarche de disquaire proche de celle d’un média, qui consiste aussi à raconter l’histoire des artistes et des enregistrements. C’est un peu comme à l’époque des disquaires passionnés qui animaient leur magasin.


N’est-ce pas un peu trop tard, car les jeunes générations ont été habituées à écouter de la musique avec un son dégradé ?

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