L’Audace de réussir
LITTÉRATURE
Didier Durandy a signé plusieurs livres sur la réussite professionnelle et le management. Après un début de carrière à la Citibank de New York, puis dans le groupe Société Générale à Londres, Didier Durandy a créé le cabinet de recrutement Grant à Londres et à Paris. Il est l’auteur de «Décider pour gagner : une méthodologie en 7 étapes pour optimiser les talents de votre équipe» (Editions Eyrolles), «Le Bon, la Brute et le Consultant : Kit de survie pour réaliser des missions gagnantes en terrain miné» (Editions Pearson) et il vient de publier «L’Audace de réussir» (Editions Eyrolles).
L’idée de ce livre est d’aider à «reprendre sa carrière en main et lancer un projet qui corresponde vraiment à une vocation». Fort de ses constats et de sa longue expérience de coaching, Didier Durandy dévoile dans ce guide pratique tous les outils qu’il a élaborés au fil des années pour aider ceux qui veulent évoluer à «sortir de l’immobilisme, définir une stratégie et passer à l’action». Didier Durandy résume sa position : «C’est un peu comme le proverbe chinois : «Si tu veux nourrir une personne un jour, tu lui donnes un poisson. Si tu veux la nourrir toute sa vie, tu lui apprends à pêcher». J’ai initié ce principe avec les décisions. Plutôt que d’aider quelqu’un à exercer un choix, je préfère donner à la personne une méthodologie qui lui permette d’effectuer le meilleur choix afin de gérer sa décision d’une façon plus efficace».
Son dernier livre s’intitule «L’audace de réussir» : est-ce encore un thème d’actualité en période de crise ? En effet, il y a 15, 20 ou 30 ans, on lisait les magazines économiques, les livres de développement personnel : comment être meilleur, plus productif, savoir diriger... Or, on a l’impression que les nouvelles générations sont refroidies par la crise économique et qu’elles rejettent toute volonté d’émancipation et de croissance. Analyse de Didier Durandy : «C’est un peu la responsabilité de nos parents d’avoir dit : «Quand tu seras grand, tu seras un avocat international, tu seras chef d’entreprise, tu seras un grand médecin...» Il fallait que les parents inspirent une ambition importante à leurs enfants. Si cela a fonctionné pendant quelques années, cela ne marche plus très bien aujourd’hui et les enfants ne sont pas plus heureux parce qu’ils sont cadres dans une entreprise. Je m’occupe beaucoup de jeunes, je donne des cours à des jeunes, en master notamment, et ils commencent à se dire que le mieux, ce n’est pas de gagner sa vie, mais de la réussir. Aujourd’hui, ce qui était un métier marginal autrefois - ou considéré ainsi par les parents, les familles ou l’environnement - a acquis ses lettres de noblesse. Aujourd’hui, avec l’ampleur du chômage, on est «condamné» à faire ce que l’on sait bien faire, ce que l’on a envie de faire. Les carrières typiques sont tellement engorgées que cela ne sert à rien de se battre pour envoyer des CV… Quelqu’un qui cherche un travail de responsable marketing, de comptable ou de responsable administratif, et qui n’aime pas cela, aujourd’hui, il n’est plus pris. Les entreprises commencent à s’intéresser progressivement au talent».
Pour Didier Durandy, «au moment de la naissance, on a des comportements qui sont des dons. Ces dons, est-ce que les parents ou l’environnement savent les identifier ? Ce n’est pas sûr. J’insiste beaucoup sur le fait qu’il ne faut pas employer le conditionnel passé : Si j’avais su... J’aurais dû… Mais il n’est pas trop tard ! Vous avez envie de le faire, faites-le, plutôt que d’envoyer des CV dans tous les sens en espérant qu’une entreprise vous recrutera. J’ai coaché 300 personnes et c’est un métier qui est absolument extraordinaire. Vous aidez la personne à développer sa curiosité, à mettre en exergue ses talents et à les commercialiser, parce qu’il ne suffit pas d’avoir un talent, il faut surtout savoir le commercialiser. De nombreuses recherches permettent de mieux se connaître parce que l’on ne se connaît pas très bien. En plus, l’environnement n’a pas toujours la même image de vous. Rapprochez les deux. Je cherche un job de pianiste de jazz, mais si je n’ai pas le look, si je n’ai pas l’attitude ? Par ailleurs, ce n’est pas parce que vous avez un bon réseau d’amis, de chefs d’entreprise ou de cadres supérieurs, que vous êtes un bon consultant. C’est pour cela que je donne des techniques pour préparer au métier de consultant, parce que ce n’est pas si facile... Là aussi, il y a une sorte d’inflation. Beaucoup de personnes se disent : «Maintenant, je suis en préretraite, ou j’ai perdu mon emploi, alors je vais faire du consulting». Mais c’est un vrai métier ! Il n’y a pas de faux métiers, il n’y a plus de métiers de touristes… On demande des qualités qui sont souvent contradictoires. Il faut être un très bon analyste et être capable d’avoir un esprit de synthèse et au bon moment».
Réussir, c’est aussi bien communiquer : « Un talent, dans le domaine du consulting, c’est une capacité d’observation un peu pathologique… D’ailleurs, je fatigue mon entourage parce que je vois tout ! Ensuite, le pire, c’est de rester avec l’idée de quelque chose d’assez flou. Le premier entretien, qu’il soit téléphonique ou avec le client potentiel, doit être considéré comme une démonstration de consulting. Si la personne ne peut pas reformuler ce que le consultant lui a proposé de façon très synthétique, par exemple en trois points, c’est que finalement ce n’était pas un bon consultant». Autre conseil pour réussir, faire ce que l’on aime : «Il faut faire la différence entre le rêve et l’imagination. Vous rencontrez une personne qui vous dit : «Je rêverais de faire cela». Mon assureur me disait toujours : «J’aurais adoré être antiquaire». Or, il remplit des contrats d’assurance toute la journée... Je lui demande pourquoi : «Parce que cela s’est fait comme cela». On revient à la passivité. Si vous adorez quelque chose, si vous sentez que vous avez une plus-value marchande, c’est-à-dire commerciale, un talent particulier, vous savez reconnaître des bois, vous savez reconnaître des époques de meubles et des cultures particulières, essayez de le transformer. Transformer ce talent, cette passion, en quelque chose qui soit commercialisable, c’est cela mon conseil. Mais le tester, cela ne veut pas dire abandonner tout. Aujourd’hui, on ne plaisante pas avec sa carrière. Je n’incite pas du tout à prendre des risques, mais à tester. Il y a une formule extraordinaire qui existe : c’est le statut d’auto-entrepreneur. Il y a 950 000 personnes qui sont enregistrées. Il y en a beaucoup qui sont salariées à côté et qui mettent un doigt de pied dans l’eau pour voir comment cela marche. Je trouve géniale cette initiative française. Il y a des nouveaux jobs qui se créent aujourd’hui et qui sont passionnants. Par exemple, le coach familial. C’est la personne qui vient s’occuper de tous vos dossiers administratifs. Je suis très désorganisé et je rêverais d’avoir quelqu’un qui s’occupe de mes impôts, de mes déclarations, de mes assurances… Les gens vont aller de plus en plus vers leurs talents. Celui qui fait de la comptabilité et qui n’aime pas cela, peut-être va-t-il faire autre chose… Il faut que chaque job soit rempli par le meilleur dans son domaine. On va vers un marché de non-emploi très important et on est obligé de monter en grade. C’est pour cela que je dis : puisque vous êtes obligé de monter en grade, si vous voulez garder votre job ou en trouver un, allez dans un domaine où vous serez crédible».
«L’Audace de réussir» de Didier Durandy est publié aux Editions Eyrolles.
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