Chronique d’un salaud de patron

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Le livre de Julien Leclerq, «Chronique d’un salaud de patron», est écrit avec humour et légèreté, comme s’il s’agissait d’une comédie, alors qu’il concerne un sujet très sérieux puisqu’il s’agit de faire découvrir les réalités de la vie ordinaire d’un dirigeant de PME… Julien Leclercq, 30 ans, dirige Com’Presse, une PME de 48 salariés dans le Lot et Garonne. Cet ouvrage lui permet d’aborder différents thèmes sous la forme d’exemples et d’anecdotes, en pointant du doigt les dysfonctionnements, voire les absurdités, du système : le recrutement de personnel, les banques, l’inspection du travail, les contrôles URSSAF, la médecine du travail, etc. Julien Leclercq souligne que «l’idée était de défendre l’entreprenariat - pour ne pas dire le patronat, puisque le patronat est devenu un gros mot aujourd’hui - avec une voix différente de celles que l’on entend habituellement, qui sont plutôt celles des grands patrons ou des grands syndicats patronaux, dans lesquels nous, patrons de PME, nous ne nous reconnaissons que trop rarement. Pourtant, les PME, c’est 99,9% des entreprises françaises. L’idée était de le faire, effectivement, avec légèreté et humour, car c’était le meilleur moyen d’inviter le lecteur à partager cette vraie vie de patron». Il rappelle aussi que «cette image encore négative que l’on peut avoir du «patron» est propre à la France…» : «C’est très français. C’est dû en grande partie au traitement médiatique. Aujourd’hui, quand on parle de l’entreprise en France, c’est toujours d’une manière négative : quand on parle d’une boîte, c’est pour dire qu’elle a licencié, qu’elle délocalise ou qu’elle est en dépôt de bilan… Alors que des belles histoires d’entreprises, il y en a partout… Je dirige une agence de presse et de communication, une PME qui est dans le Sud-Ouest, qui s’appelle Com’Presse et qui a 48 salariés. À travers le patron, ce qui est gênant, c’est que c’est l’entreprise qui est mal vue aujourd’hui en France. En pleine crise de l’emploi, on ne peut pas laisser faire cela !»

Cet ouvrage écrit avec bon sens rappelle que «la vraie vie de patron, c’est se bagarrer du matin au soir pour faire vivre sa petite boîte, joindre les deux bouts dans des rapports très compliqués et lourds avec l’administration, avec les clients et puis, parfois, avec les salariés. J’ai voulu partager tout cela, toujours avec humour, mais en même temps avec sincérité et transparence. Il y a une paperasse qui est énorme et il y a de nombreuses idées reçues comme : «Avec toutes les subventions qu’elles reçoivent, les entreprises feraient bien de se taire». Je ne sais pas comment font les autres, mais je n’ai jamais reçu un euro de subvention ! C’est un parcours du combattant pour essayer d’en avoir… Il y a aussi les rapports avec l’URSSAF, avec l’inspection du travail, avec la médecine du travail... Ce sont ces mots qui font partie de nos journées. Ce n’est pas stock-option, parachute doré et autres facéties que l’on associe trop souvent, comme piscine de 25 mètres de longueur et quatre voitures de sport… Ce n’est pas cela, le quotidien des vrais patrons !» En France, on n’est finalement pas sorti de la lutte des classes : «C’est quelque chose contre lequel je me bats et c’est à l’origine de mon livre. Je raconte avec précision la période 2008-2009, qui a été très compliquée pour beaucoup d’entreprises et pour la mienne. Nous avons subi la crise de plein fouet alors que nous sommes très loin des considérations des grands financiers. Nous avons perdu 25% de notre chiffre d’affaires et nous avons fait un tas de choses pour réussir à sauver l’entreprise du dépôt de bilan, avec même une baisse collective des salaires. J’ai même dû contracter des prêts auprès d’organismes de crédit à la consommation, qui prêtent plus facilement que les banques, en leur racontant que je partais en voyage de noces... Ainsi, j’ai réussi à emprunter 40 000 euros en huit jours : officiellement pour partir en voyage de noces ! J’ai donc pu prêter cet argent à mon entreprise. Si j’avais demandé ces 40 000 euros pour sauver mon entreprise, je ne les aurais pas obtenus. J’ai voulu raconter cela pour montrer que, main dans la main avec mes salariés, j’ai pu sauver une trentaine d’emplois et, depuis, on en a recréé 18 de plus. La lutte des classes est d’un autre temps…» Julien Leclerq dénonce les amalgames permanents : «Quand on supprime une taxe en France, on oublie de dire que trois ans plus tard, il y en a une nouvelle qui la remplace. On dit aussi : «C’est un cadeau aux patrons».

Comme si le compte en banque du patron était le même que celui de l’entreprise ! Comme si, lorsque la taxe professionnelle a été supprimée, nous allions tous nous faire construire une piscine avec cet argent ! Mais les entreprises ont besoin de cet argent pour survivre. Si l’on disait cela, en termes de structuration mentale, on verrait les entreprises différemment. Pour parler du recrutement, les jeunes qui arrivent sur le marché du travail sont très souvent bien loin des exigences que l’on peut avoir dans le milieu professionnel. Je raconte que dans beaucoup d’entretiens d’embauche, j’ai eu l’impression que c’était moi qui devais convaincre mon interlocuteur en répondant à de nombreuses questions comme : «Quels sont mes droits ? À quelle heure dois-je arriver ? À quelle heure dois-je partir ? Est-ce que j’ai droit à un ticket-restaurant ?» Ce sont des questions relativement normales, mais pas au stade d’un premier entretien de vingt minutes ! Je cite l’exemple de cette personne, qui avait déjà une première expérience, qui est arrivée et que je fais monter dans mon escalier. Il y a 20 marches et, au milieu, elle me demande : «Il va falloir monter l’escalier tous les jours ?» Je me dis : «J’ai raté quelque chose, elle est handicapée ?» Je lui pose la question un quart d’heure plus tard et elle me répond : «Non, je suis juste fatiguée». C’était un premier entretien ! J’ai aussi des gens d’une cinquantaine d’années qui arrivent en entretien en me disant : «Je vous préviens, je ne veux pas bosser à plein temps…»

On a également des entretiens d’embauche avec des gens qui disent : «Je suis là parce que Pôle Emploi m’a demandé de venir. Pouvez-vous signer ma feuille s’il vous plaît ?». On perd beaucoup de temps… Pour reparler des jeunes, on leur fait croire durant tout leur cursus scolaire et postscolaire, post-bac, qu’il y a une petite case qui les attend à la sortie. Mais ce n’est pas cela une carrière ! Une carrière, et encore plus aujourd’hui, c’est fait d’opportunités et de mobilité, etc. Nous sommes un peu tous coupables, car on leur raconte qu’il n’y a même plus de petite case qui les attend. On a un discours très pessimiste, car il faut avoir conscience que tous ces jeunes qui sortent des études, cela fait quinze ans qu’ils entendent dire qu’il n’y a plus de boulot ! Ce n’est peut-être pas non plus très valorisant... Je suis également convaincu que l’amélioration de l’image du patron et la rédemption des patrons, cela passera aussi par un effort de leur part. Il faut que l’on fasse du bonheur de nos salariés le cœur de la vie en entreprise».

«Chronique d’un salaud de patron» de Julien Leclercq est publié aux Editions Les Cavaliers de l’Orage.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.