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Une commune décide de salarier ses professionnels de santé !
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Jean-Pierre Mollet, maire de Domats (Yonne) : «Il n’y a plus de médecins qui veulent s’installer à la campagne.»
C’est une histoire incroyable, qui aurait été inconcevable il y a quelques années : une commune est contrainte de financer elle-même l’installation locale de médecins, afin de lutter contre la désertification médicale. Il s’agit d’un village de 9 000 habitants dans le département de l’Yonne. A la suite d’un vain parcours du combattant pour recruter des professionnels de santé, Domats a décidé d’investir plus de 400 000 euros dans ce projet, notamment après avoir levé 73 000 euros lors d’une souscription auprès de la population. Pour les médecins, c’est la garantie d’un salaire fixe à hauteur de 6 000 euros par mois. Une orthophoniste, une pédicure, une diététicienne et un psychologue sont également attendus dans le nouveau centre médical, qui ouvrira en janvier prochain. Jean-Pierre Mollet, maire de Domats, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Il est normalement du ressort de l’Etat, avec toutes les charges que nous payons, de veiller à l’équilibre des soins sur le territoire. Finalement, on accepte ce qui n’avait jamais été envisagé auparavant : comment en êtes-vous arrivés là ?
Jean-Pierre Mollet : On s’est aperçu très vite, après le décès de notre médecin, que c’était mission impossible pour en retrouver un. Nous avons cherché des libéraux, mais ils ne s’installent plus en milieu rural car ils vont dans les villes ou en bordure de mer. Donc, pour remettre un médecin en place, il n’y avait pas d’autre solution que de le salarier. En outre, les médecins ne veulent plus d’horaires élargis, ils ne veulent plus faire d’administratif... Il fallait donc un second médecin pour assurer une continuité des soins. En faisant l’analyse des besoins de la population aux alentours, et des médecins qui partent - de plus en plus sont à la retraite - il était nécessaire de faire des simulations financières pour assumer ce coût. Les gens en ont eu tellement assez d’attendre un médecin, qu’ils ont accepté de faire des dons, entre 10 et 10 000 euros, et nous avons atteint les 73 000 euros.
Ce qui est révélateur, c’est que votre village n’est pas un «trou perdu» : il y a deux autoroutes à côté, il y a un golf et vous n’êtes situés qu’à une heure de route de Paris... Comment expliquez-vous ce frein ?
Ce qui freine, c’est qu’il n’y a plus de médecins qui veulent s’installer à la campagne. Les libéraux ne veulent plus venir à la campagne. En plus, ils veulent être plusieurs... Aujourd’hui, pour obtenir un rendez-vous chez un médecin, il faut cinq jours. Ou bien il faut aller aux urgences, à Montargis ou à Sens, où ils en on assez de voir arriver des gens avec des petits bobos. Les hôpitaux ne sont pas là pour soigner une grippe !
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