Les entreprises françaises gagneront à être opiniâtres.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Le monde change vite, et nos atouts initiaux sont parfois gâchés par des départs précipités, un manque de “suite dans les idées”,de persistance à croire dans des pays peu rentables au début. Si Castel a pu investir dans les grands châteaux du Bordelaisou dans des oliveraies au Maroc, c’est parce que le groupe a vendu des millions d’hectolitres de bière en afrique, où personne ne voulait aller. C’est avec l’argent gagné sur le tabac africain que Bolloré a pu investir dans de nombreux “coups” et se tailler un véritable empire.A l’inverse, France Télécom a laissé tomber trop tôt ses activités mexicaines... qui auraient pu lui permettre de tripler sa capitalisationactuelle si elles avaient été conservées.
Les occasions perdues et les chances de certaines entreprises françaises, se constatent dans les pays en développement, en Afrique notamment. Le 8 octobre, Renault a inauguré la deuxième ligne de fabrication de sa gigantesque usine de Tanger, au Maroc, qui va passer, à terme, à une capacité de 340.000 voitures par an, ce qui fait de cet établissement 100% moderne, réalisé en grande partie grâce à 470 millions d’euros de subventions de la part de l’État marocain (sur 1,1 milliard d’investissements), la plus grosse usine industrielle de toute l’Afrique, une véritable puissance continentale capable de fournir, puisqu’elle est destinée à plus de 80% à l’exportation, bien au-delà du marché maghrébin et marocain, bien évidemment. Les constructeurs automobiles français font un énorme retour vers l’Afrique, continent qu’ils avaient déserté, bon gré mal gré au fur et à mesure des changements de gammes à partir des années 1980.
Quand on circule dans les marchés africains, en Afrique francophone mais également en Afrique anglophone ou lusophone il n’est pas rare de croiser des 4L, des R12, des 504, des 504 pickup, des 505, des 505 break et même des 205, des 206 et quelques Citroën dont quelques rares 2 CV encore en état de rouler. L’irruption des constructeurs japonais, puis coréens, et plus dernièrement chinois avait presque évincé les constructeurs français du marché africain. Avec une offensive de Renault d’abord (un montage est en cours de négociation au Nigeria aussi, pour le 4x4 Duster) puis de PSA, qui a visé davantage l’Afrique du Nord, mais d’autres marchés aussi, comme l’Afrique du Sud, avec l’arrivée de gammes correspondant d’avantage à ces pays et aux classes sociales moyennes émergeantes, les constructeurs français effectuent sur leur ancien pré carré un retour fulgurant et qui se mesure en nombre de véhicules vendus.
Le lion retourne au Nigéria.
Peugeot relance son offensive au Nigeria, marché qui fut naguère le débouché de plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires de ses 504, montées sur place dans l’usine de Kaduna, grâce à un pont aérien entre Sochaux et le Nigeria installé à l’époque par la compagnie aérienne UTA, pour les personnes qui se souviennent. Faibles marchés dans le passé, les marchés africains deviennent de plus en plus importants. L’Égypte représente 250.000 immatriculations annuelles, l’Afrique du Sud, 550.000 environ, l’Algérie entre 500 et 600.000 véhicules, le Maroc est monté à 120.000 unités, la Tunisie s’approche des 70.000 immatriculations. Il n’est plus question de négliger ces marchés et Peugeot, grâce à la 301, entend bien recouvrer assez vite, entre 12.000 et 15.000 ventes annuelles avec même le montage sur place de ce modèle, dans l’usine de Kaduna qui sera réhabilitée et qui montera le modèle via des kits expédiés à partir de l’usine de Vigo en Espagne. Le reproche principal qui est fait aux entreprises françaises dans leurs investissements outre mer c’est leur manque d’opiniâtreté, de persévérance.
En Amérique du Sud, outre l’Argentine, les aventures de Renault se sont limitées, trop souvent, à de rapides percées suivies d’un retrait calamiteux, comme, à deux reprises en Amérique du Nord. Le groupe est resté au Mexique, s’est implanté durablement en Colombie, a réussi formidablement son implantation au Brésil, et l’Amérique du Sud représentera, en 2013, plus de 550.000 exemplaires vendus sous la marque au losange. La force de Renault en Amérique du Sud lui permet d’entraîner dans son sillage sa filiale Nissan qui n’y était pas implantée vraiment, sauf au Mexique. Depuis longtemps PSA est implanté en Amérique du Sud mais de façon moins importante. Un énorme effort a été réalisé au cours des dernières années afin de lancer une offre modernisée sur les marchés du Mercosur. La réussite est déjà présente en Argentine, ce pays va représenter un débouché de presque 180.000 ventes en 2013 pour les marques de PSA. La situation est plus difficile sur le marché brésilien qui est plus vaste et le groupe compte beaucoup sur les 208, 2008 et sur les nouvelles C3 pour retrouver, d’abord 5%, puis pour monter, peu à peu, à 6%, 7% ou 8% du plus grand marché de l’Amérique du Sud.
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