Réflexion libérale autour de la question du tabac.
LITTÉRATURE
Pierre Lemieux est l’auteur de plusieurs livres, il défend des thèses libérales et libertariennes qui sont intéressantes, et il n’hésite pas à parler librement de tous les sujets, même ceux qui dérangent. Le livre dont nous allons traiter cette semaine, Tabac et Liberté, est sorti il y a déjà une quinzaine d’années. Pour une fois, dans cette chronique, nous n’allons pas parler d’un livre d’actualité. Cependant, si nous abordons cette question avec Pierre Lemieux, c’est pour le plaisir de l’échange et du débat d’idées car cet ouvrage est en réalité d’actualité puisque derrière cette question se pose le problème des libertés individuelles.
Certains lecteurs seront choqués par les propos de Pierre Lemieux, évidemment ce n’est pas une prise de position de L’Hebdo-Bourseplus, mais ce qui est passionnant, c’est qu’il a « philosophiquement raison » même s’il a sans doute, aux yeux de certains, politiquement ou humainement tort… Pierre Lemieux défend l’idée de fumer librement et son livre est sorti en même temps en France et aux États-Unis : « Tabac et Liberté » en français et « Smoking and Liberty » aux États-Unis.
Son analyse amène à une certaine réflexion sur ce sujet, notamment sur la gestion d’une assurance maladie d’Etat. Pour lui, «l’individu doit avoir le droit de consommer ce qu’il veut et de prendre, de manière plus générale, dans la vie, les risques qu’il veut prendre. À partir du moment où l’on admet que l’État, c’est-à-dire les politiciens et les bureaucrates, est juge de ce qui est bon pour l’individu, il peut faire à la place de l’individu les arbitrages inévitables entre plaisir et risque. On est sur une pente extrêmement dangereuse.
Il y a une dizaine d’années, Robert Proctor a publié «The Nazi War on Cancer», la guerre des nazis contre le cancer, où il a démontré que l’on a employé des slogans nazis du genre : «Votre corps appartient à la nation», «L’alimentation n’est pas une affaire privée », et d’autres slogans éclairés du genre… À partir du moment où l’on admet que l’État sait mieux que l’individu ce qui est bon pour lui, on ouvre la porte à toutes les tyrannies et il n’est pas étonnant d’en arriver à la situation actuelle. L’État interdit de fumer dans les endroits dits publics, qui ne sont pas des endroits publics la plupart du temps, mais des endroits privés ouverts au public, comme les restaurants». Il y a deux arguments majeurs pour interdire la cigarette dans les lieux publics. Le premier, c’est la nuisance à l’égard des autres, le second, c’est le coût généré par une minorité de fumeurs à l’assurance maladie.
Sur le premier point : «La solution à ce problème est tout simplement la propriété privée. Les gens qui veulent pouvoir fumer devraient pouvoir avoir des restaurants où l’on admette les fumeurs. C’est vraiment incroyable, cela montre vraiment la nature du problème. Pourquoi quelqu’un ne pourrait-il pas ouvrir un restaurant où serait inscrit en gros caractères sur la façade : «Pour fumeurs et amateurs de fumée secondaire seulement» ? Les non-fumeurs étant libres d’aller dans des restaurants non-fumeurs, où les propriétaires interdiraient de fumer parce qu’ils veulent des clients ou parce qu’il y a un marché à servir… Si l’on ne permet pas ce genre de liberté, c’est justement parce que l’État veut imposer ses propres valeurs et ses propres arbitrages entre la santé et les autres plaisirs de la vie».
L’autre argument n’a jamais été contesté en France et c’est la raison pour laquelle cet article avec Pierre Lemieux est passionnant sur le plan philosophique : «L’assurance-maladie publique était censée ne pas être discriminatoire et couvrir tout le monde. Le grand danger de ce genre de régimes, c’est qu’à partir du moment où ils existent, justement, chaque individu qui adopte des comportements risqués impose un coût à l’ensemble des autres individus. On pourrait présenter le même argument aux personnes qui ont des comportements sexuels très volages et qui pourraient ainsi attraper des maladies… Dans ce cas-là, il s’agit d’une minorité populaire et, dans le cas des fumeurs, il s’agit d’une minorité qui n’est pas populaire. Mais une minorité peut être populaire aujourd’hui et être impopulaire demain... A partir du moment où l’on accepte qu’un individu qui adopte un comportement de vie risqué se voit interdire de le faire parce qu’il impose un coût à autrui, cela peut s’appliquer à toutes sortes de comportements risqués…»
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