Un village se retire du label des "Plus beaux villages de France"

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Étienne Dedieu, maire de Saint-Lizier (Ariège) : «Saint-Lizier restera un beau village. Même s’il n’est pas parmi les plus beaux, ce n’est pas grave…»

Etienne Dedieu, maire de Saint-Lizier, vient de se retirer du label des «Plus beaux villages de France» car la commune n’a plus les moyens de se mettre aux normes : «Les règles de l’association sont devenues beaucoup plus strictes, ce qui peut se concevoir. Il faut pouvoir les tenir. Nous, on ne peut pas !» Fin 2012, la commune - dont certains édifices figurent au patrimoine mondial de l’Unesco au titre des chemins de Compostelle, 94 immeubles et objets sont classés Monuments historiques et 67 inscrits à l’Inventaire supplémentaire - a reçu un courrier l’informant que le label était maintenu avec «de très fortes réserves». Si elle était candidate aujourd’hui, elle se verrait opposer «un non-classement définitif», selon le contenu de cette lettre. Tout cela à cause de l’entrée nord du bourg, avec sa zone commerciale et les constructions contemporaines en périphérie immédiate du cœur historique. Faute d’engagement et d’action rapides, Saint-Lizier s’exposait à un «risque majeur» de déclassement dans les prochaines années. Dans ces conditions, indique le maire, «nous avons préféré nous retirer avant que l’on ne nous fiche dehors». Finalement, il ne s’agit que d’un label privé, alors qu’il y a bien d’autres priorités pour le développement du village… Étienne Dedieu, maire de Saint-Lizier depuis 1995, répond à nos questions.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous claquez la porte des «Plus beaux villages de France» : comment en êtes-vous arrivé là ?

Étienne Dedieu : Le patrimoine architectural et immobilier de Saint-Lizier est de qualité, il est à découvrir. Une photographie aérienne permet de voir un beau village, avec la cathédrale et le palais des évêques. C’est une très belle image. Mais le délégué général de l’association des «Plus beaux villages de France», quand il est venu expertiser la commune, a constaté la présence d’une zone commerciale dans le bassin nord : c’est le développement économique normal d’une commune, avec plusieurs grandes surfaces. C’est vrai, ce sont des bâtiments qui ne sont pas très anciens, avec un bardage métallique. Ce n’est pas transcendant, mais tout cela a été fait après la mise en place du règlement sur la Zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager. Le règlement a été respecté, il est vrai que ce n’est pas très beau. C’est un label privé, on ne peut pas influencer ce choix... La commune a beaucoup investi dans l’entretien des bâtiments, on a insufflé plus de 2 millions d’euros pour agrandir et rénover l’école, il a fallu arrêter tous les autres investissements... Aujourd’hui, l’école a changé de visage et elle est très fonctionnelle. Actuellement, je suis obligé de rechercher 400 000 euros pour finir de payer les factures sur l’école. Dans ce contexte, vous comprendrez très bien que le label des «Plus beaux villages de France» n’est pas une priorité pour nous !

Pour nous, c’est d’abord l’école et il faut ensuite aménager l’Hôtel-Dieu, l’office de tourisme, une salle de conférence et d’autres pièces assez grandes pour accueillir des expositions. Nous voulons également développer un espace dédié à l’hospitalité, puisque Saint-Lizier a une longue tradition d’hospitalité depuis le XVIème siècle. Quoi qu’il en soit, Saint-Lizier restera un beau village, même s’il n’est pas parmi les plus beaux : ce n’est pas grave, nous figurons quand même dans le classement des grands sites de Midi-Pyrénées et, comme nous sommes sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, nous avons cinq monuments inscrits au patrimoine mondial de l’humanité : les remparts, les deux cathédrales, le cloître et le palais des évêques. Avec tout cela, l’attrait touristique reste important. Il aurait peut-être fallu être plus strict sur les constructions modernes, mais le règlement sur la Zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager date de 1993, bien avant mon arrivée...


En fait, vous semblez prendre tout cela avec beaucoup de recul, sans le considérer comme une catastrophe…

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