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Capital-risque : le savoir-faire français intéresse les investisseurs
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Marc Fournier, co-fondateur et associé de Serena Capital : «Ce n’est pas celui qui a la meilleure technologie, ce n’est pas celui qui a la plus belle interface, c’est celui qui va le plus vite sur le marché qui devient leader !»
Serena Capital vient d’annoncer la première clôture de son deuxième fonds commun de placement à risques (FCPR). Baptisé Serena II, il est destiné aux jeunes pousses technologiques dans lesquelles il investira 125 millions d’euros, soit 25% de plus que le précédent fonds lancé en 2008, qui compte dans son portefeuille Prixtel, PrestaShop, ou encore LaFourchette. À l’heure actuelle, 22 souscripteurs ont apporté 100 millions d’euros au fonds. Marc Fournier, co-fondateur de Serena Capital, estime que «dans la mesure où les souscripteurs démontrent qu’ils sont disposés à financer un certain nombre de fonds, on ne peut voir là qu’un signal très positif pour la communauté française du capital-risque».
Disposant d’un portefeuille de quinze sociétés, le fonds entend conserver ce rythme en investissant dans deux à quatre jeunes pousses chaque année. Le ticket moyen d’entrée est placé à 3,7 millions d’euros pour une durée d’investissement de cinq ans, ce qui correspond à une position entre le capital-risque et le capital-développement. Le fonds restera ouvert encore un an pour accueillir de nouveaux souscripteurs. Marc Fournier fait le point sur la situation du capital-risque en France et sur les attentes des investisseurs dans ce domaine.
L’Hebdo-Bourseplus : Comment analysez-vous la situation du capital-risque en France ? On a le sentiment qu’il y a eu un coup de massue en raison du débat sur la fiscalité. Mais, malgré cela, des entreprises comme la vôtre continuent d’engranger de l’argent pour le réinvestir… N’est-ce pas quand même plus difficile qu’avant ?
Marc Fournier : Il est clair qu’il y a eu un impact de ce coup de massue, surtout chez les entrepreneurs confirmés qui ont gagné de l’argent. Il y a vraiment eu un départ important de gens qui ont vécu des aventures et il y a donc un savoir important qui part avec. Sur la capacité de lever de l’argent, il y a un certain nombre de fonds qui sont en difficultés et qui ont du mal à trouver des sous. C’est lié à des problématiques de «track record» ou de transparence : ils n’ont pas forcément rendu tous les comptes qu’il fallait à leurs investisseurs, il y a une situation tendue au niveau de la trésorerie et de la fiscalité... Cela, tout en voyant de nouveaux entrepreneurs arriver avec le désir de démarrer leur société. Le nombre de dossiers que nous recevons n’a pas changé. Le numérique favorise l’émergence de nouvelles sociétés à moindres coûts, il ne faut pas beaucoup d’argent pour monter une société de taille importante et qui peut elle-même aller à l’international. On voit que lorsque les sociétés ont atteint une certaine taille et que la plus-value est à l’horizon, de nombreux entrepreneurs décident de quitter la France. Nous avons des dossiers de qualité en France, comme en Europe de l’Ouest de manière plus large.
On entend souvent dire que les talents partent, y compris les jeunes qui n’ont pas encore gagné de l’argent… Recevez-vous autant de dossiers qu’auparavant ? Leur qualité a-t-elle baissé parce que les bons vont déposer leur dossier à Londres ou à New York ?