Obertone dans la peau du tueur Anders Breivik
LITTÉRATURE
Laurent Obertone est souvent présenté comme la révélation de l’année 2013 pour son succès «La France Orange mécanique» qui figurait en tête des ventes au début de l’année. Il vient de publier un nouveau livre événement intitulé «Utøya», où il se met dans la peau du tueur Anders Breivik. Un ouvrage écrit à la première personne et qui suscite une nouvelle fois de nombreux commentaires. Laurent Obertone nous plonge dans «le plus grand massacre de masse de tous les temps mené par un seul homme à main armée».
Breivik a battu le record de l’abomination dans le massacre de masse. Est-ce pour des raisons politiques, comme tentent de le faire croire les médias ? Non, répond Laurent Obertone qui a mené son enquête. Selon lui, «à mesure que l’on mène l’enquête, on a quand même l’impression que les idées qu’il a construites pour agir sont une sorte de prétexte. Même si beaucoup de gens peuvent partager ses idées, personne ne peut avoir l’idée de tuer autant de gens. On a plutôt l’impression que Breivik construit cela pour justifier sa mégalomanie et un massacre qui va le rendre célèbre du jour au lendemain. Il est clair que ses idées sont répandues. Il y a un certain nombre de gens en Europe qui partagent beaucoup d’idées avec Breivik, mais il y a un gouffre entre celui qui va planifier une telle opération et celui qui peut être tenté de diffuser de telles idées. La dimension est très différente».
Dans cet acte odieux, «il a ciblé ceux qu’il estime être responsables de cette situation, de cette islamisation, comme il dit, de son pays : donc, en priorité, les représentants d’un parti norvégien de gauche qui prône des valeurs multiculturelles. Les jeunes travaillistes, c’est une sorte de vivier du parti, ce sont les futurs cadres du parti, et son objectif était, selon ses termes, «d’assécher le recrutement du parti travailliste». Il a lui-même été membre d’un parti populiste en Norvège, mais il estimait que la voie démocratique n’avait aucun sens et sa seule alternative était une attaque terroriste. Il s’est lui-même démarqué de ces partis. Il faut vraiment distinguer le tueur de ses idées. Car si beaucoup de gens partagent ses idées, ces gens-là n’auront jamais l’idée de tuer. Laisser entendre que penser la même chose que lui peut faire des tueurs en puissance est à mon avis quelque chose de dangereux, parce que cela condamnera encore une fois toute possibilité de débat et cela ne pourra que favoriser le terreau extrémiste».
Le livre est prenant car l’auteur s’est mis dans la peau d’Anders Breivik en entrant davantage dans celle d’un scénariste qui a voulu nous faire partager des images, que dans la peau d’un écrivain : «Ce qui m’a intéressé, c’est le verdict de ce procès qui a qualifié cet homme d’assassin et de sain d’esprit : on se demande comment il est possible qu’un individu sain d’esprit assassine 77 personnes ! Il fallait déjà commencer par rappeler les faits, la réalité d’une tuerie de masse et c’est ce que j’ai fait dans les cent premières pages. Dans le style, c’est une forme d’immersion, tout est à la première personne. C’est assez étouffant, parce que l’on est toujours dans la position de celui qui voit le pire. On n’est pas comme les victimes, on ne peut pas se cacher dans les recoins de l’île, on est obligé de rester avec lui jusqu’au bout... On est un peu l’otage de son cerveau et c’est l’effet que je recherchais. C’est un travail d’acteur. On doit ressentir vraiment ce qu’il pense, être dans son climat intellectuel, avoir la même façon de réagir et de penser. Ce n’est pas évident parce que, pour réaliser cette tuerie, il s’est entraîné pendant des mois, il a pris des stéroïdes et il a pris des substances interdites à l’éphédrine pour accroître ses performances physiques et mentales. C’est un exercice très compliqué. Comment se mettre dans la tête de quelqu’un qui a tué ? C’est très dur pour quelqu’un qui ne peut pas le faire !»
Laurent Obertone ajoute : «Contrairement à beaucoup de tueries de masse, ce n’est pas quelqu’un qui va devenir fou du jour au lendemain, qui va prendre une arme et tuer tous ceux qui lui tombent sous la main. Il prépare cela depuis neuf ans à peu près ! C’est un programme très élaboré et c’est pour cela que le personnage échappe à l’entendement à ce point. Les psychiatres ont eu beaucoup de mal à le catégoriser, parce qu’il échappe aux schémas classiques. Il y a vraiment une élaboration et une minutie qui n’ont rien à voir avec un geste de folie». Encore une fois, à travers cet ouvrage, Laurent Obertone confirme son statut de «révélation de l’année». Le livre est écrit comme un film, Hollywood va sûrement contacter l’auteur français dans les semaines qui viennent.
« Utøya » de Laurent Obertone est publié aux Éditions Ring.
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.