La France en miettes...
LITTÉRATURE
Philippe Bilger a été juge d’instruction, puis avocat général. Il a représenté l’accusation lors de procès importants comme celui de Bob Denard, François Besse ou Émile Louis, ou le ministère public lors du premier procès du gang des barbares. Philippe Bilger est également connu du grand public pour ses fréquentes interventions dans les médias. Son nom a parfois été évoqué pour le ministère de la Justice et il n’est pas impossible qu’un futur gouvernement de droite le sollicite en ce sens… Philippe Bilger évoque son livre «La France en miettes» : un constat sévère à l’encontre du quinquennat de Nicolas Sarkozy, mais où Philippe Bilger n’est guère plus tendre à l’égard de la politique de François Hollande…
En lisant votre livre, on comprend que Philippe Bilger est un homme plutôt à droite, mais, déçu par le personnage de Nicolas Sarkozy, il a préféré François Hollande lors de la dernière élection présidentielle : «J’ai quitté la magistrature au mois d’octobre 2011 et j’ai retrouvé une liberté totale. Je ne suis pas devenu avocat, je ne suis plus magistrat, et j’ai écrit ce livre pour profiter de cette nouvelle liberté. J’ai tenté de préciser quelle était exactement ma position par rapport au quinquennat de Nicolas Sarkozy et aux premiers mois de François Hollande». En effet, «cette droite promise par le candidat Sarkozy en 2007 a été complètement dévoyée par les cinq ans de présidence. Le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy est assez sombre, erratique, imprévisible, avec un préjugé très défavorable de ma part à l’encontre de sa manière de présider. Reste que la première année de François Hollande n’est pas époustouflante, c’est le moins que l’on puisse dire... Mais je continue à estimer l’homme, en tout cas davantage que son prédécesseur.»
Comment analyse-t-il la première année de François Hollande : «On voit bien l’origine des immenses problèmes que François Hollande rencontre au cours de sa présidence. Sa campagne a été remarquable sur un certain plan, mais elle a été relativement floue dans les projets exposés. Et quel n’a pas été l’étonnement de beaucoup de citoyens d’entendre, au bout de quelques mois de présidence, François Hollande et les socialistes dire : «On n’imaginait pas que la crise était aussi importante». Or, pendant toute la campagne de 2012, on avait entendu la droite et Nicolas Sarkozy répéter cela ! François Hollande s’est affiché comme un social-démocrate, il est confronté à des difficultés considérables sur le plan national et international, et il est devenu le président de la République le plus contesté depuis 1958, y compris au sein de son propre camp. Au sein du Parti socialiste, avec l’extrême gauche de celui-ci, et même au sein de son gouvernement, il y a une contestation de François Hollande comme président et de sa pratique politique, et de celle de Jean-Marc Ayrault, qui est tout de même assez impressionnante. On n’avait pas été habitué à voir un président ainsi contesté… L’extrême intelligence de François Hollande, peut-être sa difficulté à agir et à trancher, sa volonté de concilier les contraires pourtant très contradictoires, le souci qu’il avait de rassembler la France tout en la clivant avec le Mariage pour tous, tout cela donne un tableau qui n’est pas enthousiasmant pour ce début de présidence. Le seul optimisme qui me reste, c’est de dire que nous avons encore quatre ans pour juger».
Aujourd’hui, quelle est la position de Philippe Bilger : «Entre la droite sarkozyste et le socialisme à la François Hollande, si j’ai choisi celui-ci en 2012, c’est parce qu’il n’y avait plus de droite honorable. Il est évident que si une droite honorable surgissait dans les prochains mois ou les prochaines années, mon choix ne serait plus le même en 2017. J’attends beaucoup de la primaire UMP en 2016 et j’espère beaucoup en François Fillon, en souhaitant qu’il aille au bout».
Philippe Bilger ajoute : «On pourrait rêver d’une classe politique qui, à droite et à gauche, soit porteuse d’un espoir, d’un honneur, qui ne se préoccupe pas d’elle et qui soit simplement en état d’assumer ce dont la France a besoin. Je crois tout de même, en dépit d’un exemple récent, que notre classe politique n’est pas aussi médiocre que l’on peut parfois le dire. Il faut prendre garde, quand on dénonce certains de ces comportements, à ne pas jeter le reste de cette classe politique dans une sorte d’opprobre car, en définitive, c’est la démocratie qui y perdrait. Je crois que cette «France en miettes» renvoie, non seulement à un délitement politique, mais aussi à quelque chose de plus grave. C’est aussi le fait que les élites ne soient plus exemplaires. Elles n’offrent plus de perspectives. On n’a pas envie d’être gouverné par des gens qui ne sont pas capables de former un véritable dessein collectif. Tout naturellement, si je reprends la comparaison de Raffarin, la France d’en bas n’est pas tentée de s’allier noblement avec la France dans haut, parce que celle-ci n’offre pas un espoir et un destin qui font rêver…»
La France en miettes, le constat est sévère : «Je voulais précisément insister sur l’aspect crépusculaire de la politique actuelle. Ce qui me permet tout de même de dégager une forme d’optimisme, c’est que je mets tout mon espoir dans l’émergence d’une droite honorable. J’ai du respect pour François Bayrou, mais il faut être clair : le centrisme dont il rêvait, pour devenir opératoire, va devoir s’insérer dans un camp, auprès d’une personnalité plus vaste et plus structurée. C’est ce qui m’importe. C’est l’espoir qu’entre une gauche qui, pour l’instant, semble échouer, et une droite qui continue scandaleusement à ne pas faire l’inventaire du quinquennat et à camper dans une attitude inconditionnelle, au moins dans l’apparence, il y ait une droite honorable qui attend son heure. Le paradoxe, c’est que cette droite honorable, si elle veut surgir, elle n’aura pas besoin de s’inventer un programme car il lui suffira de reprendre, en l’adaptant, tout simplement celui que le candidat Sarkozy avait développé en 2007. Avant de le trahir par cinq ans de présidence...»
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