Aéronautique : une "oubliée" nommée Latécoère.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Pour reprendre un slogan naguère inventé par Publicis et utilisé par le chausseur André, j’aurais pu titrer cette étude : “Aéronautique : tout va, tout va, tout va bien !” Au 31 août, Airbus a annoncé avoir obtenu depuis le début de l’année 2013, sur huit mois, 942 commandes. Compte tenu des transformations et des annulations, les commandes nettes se trouvent à 902, du jamais vu et ce n’est pas fini. Quelques jours plus tard, le 4 septembre, Delta Airlines, une grande compagnie américaine, a annoncé vouloir commander 10 gros porteurs A330 – 300 et 30 monocouloirs A321 à livrer en urgence, entre 2015 et 2017. Si Airbus se porte si bien c’est que son système industriel lui permet de fabriquer, de livrer et de répondre aux besoins des compagnies aériennes. Delta Airlines, partenaire d’Air France sur l’Atlantique nord, comme beaucoup de compagnies aériennes, disposait d’une flotte ancienne, de B757 notamment, à bout de souffle qu’il était urgent de remplacer sans attendre les nouveaux gros porteurs du style A350, c’est pour cela que les Airbus A330 continuent à bien se vendre. Courant du mois d’août, je suis allé passer deux semaines à Toulouse et dans sa région, à Gimont (chez Latécoère), à Pamiers et un peu partout ailleurs.
J’ai tout de suite constaté que l’aéronautique créait une sorte de nouvelle euphorie dans cette région à la manière du « pastel » naguère dont les coques (ou « coquaignes » qui désignent aussi des petits pains de pastel originaires du Languedoc à partir d’une plante appelée le pastel, dont était extraite une teinture bleue (d’où le bleu pastel), avaient donné le dérivé « Pays de cocagne ». Les cadres qui viennent chez EADS ou chez Airbus sont, le plus souvent, habitués à utiliser les transports en commun (30 à 45 mn de temps de transport) dans les grandes villes qu’ils viennent d’Allemagne, de Paris ou d’autres cités européennes. Alors ils choisissent d’acheter, de retaper des maisons coquettes, sympathiques, avec du terrain, à 15, 20 ou même 30 minutes de leur lieu de travail, cela ne les dérange pas. L’immobilier est donc tiré vers le haut et c’est une exception localement.
Tout le Midi-Pyrénées est tiré par le secteur.
L’agglomération de Toulouse augmente sa population de 15.000 à 25.000 habitants chaque année, en dix ans, sa croissance correspondra à la création d’une ville comme Caen ou Le Havre, en Normandie, ce qui est inimaginable ailleurs en France. Airbus connaît un grand succès, entraînant ses sous-traitants (60.000 emplois dans le sud-ouest) car les avions qu’il vend : « vont générer des flux de trésorerie améliorant le retour sur investissements dès le jour de leur entrée en service », selon le directeur financier de Delta, Monsieur Paul Jacobson. Outre les avions géants, les A380, Airbus fabrique à Toulouse 10 bientôt 11, A330 (les A340 version 4 moteurs sont sortis du catalogue) et les petits modèles, les monocouloirs de la gamme A320 – A321, sortent maintenant à un rythme record, proche de la vingtaine mensuelle des chaînes toulousaines. Ce n’est pas utile d’attendre le démarrage effectif de la production des A350 (en cours d’essais) pour que Airbus cherche désespérément, parfois, à augmenter son personnel, en le formant, le plus souvent, via une école interne. La bonne santé d’Airbus rejaillit sur toute la chaîne des entreprises partenaires, nous en avons souvent parlé et en Bourse, nous avons pu constater avec bonheur que le cours de l’action LiSi montait progressivement, ayant dépassé notre objectif minimum de 100 euros il y a quelques jours. Zodiac Aérospace est une entreprise un peu différente. En effet elle fournit à la fois les compagnies aériennes en direct (changement de l’intérieur des cabines…) et les constructeurs eux-mêmes dans le cadre d’une première monte. Par contre, Latécoère n’est présent que dans la fabrication d’avions neufs, auprès de clients diversifiés comme le canadien Bombardier, le brésilien Embraer, l’américain Boeing et, bien sûr, son premier client Airbus sans omettre Dassault-Aviation.
Latécoère : centenaire et ressuscité.
Latécoère est une société pionnière dans le domaine de l’aéronautique car elle a été lancée et popularisée après le guerre de 1914 – 1918, par Pierre de Latécoère, via le développement des lignes de l’aéropostale. Elle achève sa mutation de PME vers une grande entreprise, au-delà de l’entreprise de taille intermédiaire qu’elle a longtemps été. Lors de la présentation des résultats semestriels de Latécoère, Pierre Gadonneix, ancien PDG d’EDF, était particulièrement souriant, conscient que les difficultés qui l’avaient amené à présider le Conseil de surveillance de ce groupe aéronautique, étaient désormais résolues, loin derrière ce groupe historique et vital pour l’économie régionale. Avec les retards pris par certains grands programmes pour lesquels il était partenaire, Aviation Latécoère a failli « boire le bouillon », d’autant plus que la crise de 2008 a resserré le crédit et l’a obligé à renoncer à acheter la branche aérostructures d’Airbus, qui lui était promise. Le groupe Latécoère est partenaire dès l’origine, à la fois du géant des airs, l’A380 et de l’avion de toute nouvelle génération, le B787 « Dreamliner ».
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