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Désertification médicale : les solutions d’un élu local
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Christian Derouet, maire de Lonlay l’Abbaye (Orne) : « Si l’on avait mis le numerus clausus en place, on aurait pu obliger gentiment les médecins à s’installer pendant quelques années dans telle ou telle région. »
Christian Derouet, maire de Lonlay l’Abbaye, une commune de 1200 habitants située dans l’Orne, s’est fait connaître en étant l’un des premiers en France à installer une station-service communale dans son village. Christian Derouet, qui se présente politiquement comme un «RPR de gauche», a aussi obtenu l’installation d’un distributeur de billets. Il alerte à présent les élus nationaux sur le risque de désertification médicale des territoires ruraux. Il répond à nos questions.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous venez d’évoquer la question de la désertification médicale avec des élus nationaux. Pourtant, vous n’êtes pas directement concerné dans votre commune…
Christian Derouet : C’est une règle générale que je reproche à tous les politiques : sur les principaux thèmes, on attend toujours d’être dans les difficultés pour essayer de faire quelque chose ! Il y a évidemment des régions où le problème est plus amplifié que chez nous. Mais nous faisons aussi partie des régions où la question de la désertification médicale va devenir un sérieux problème. Je suis en charge des finances dans une Communauté de communes, en tant que vice-président et, pour essayer d’attirer des médecins, nous créons un pôle santé avec des satellites. Mais ce n’est qu’une broutille ! Normalement, nous n’aurions jamais dû avoir besoin de réaliser cela. Il y a suffisamment de médecins au niveau national et ce n’est qu’une question de répartition au niveau du territoire. Alors, pourquoi la droite comme la gauche n’ont-elles jamais rien fait sur ce point ? Les médecins sont très représentés à l’Assemblée nationale. Ce sont des gens qui côtoient beaucoup de monde au quotidien et, en campagne électorale, les médecins ont pas mal d’influence, surtout auprès de nos anciens. Les politiques ont peur des médecins et ils n’ont jamais osé remettre tout cela à plat. Ils le disent, mais ils ne le font pas quand ils ont le pouvoir… Les politiques voient plus leur intérêt personnel que l’intérêt général de notre pays. C’est très grave !
Que pensez-vous des différentes mesures que l’on a tentées de mettre en oeuvre depuis des années pour lutter contre la désertification médicale ?
On n’a pas su prendre le taureau par les cornes. Il y avait une solution efficace, on ne l’a pas prise : c’est le numerus clausus. On a su le faire avec les notaires, avec les pharmaciens… C’est quand même nous qui payons les études de nos médecins, ils sont rémunérés par la sécurité sociale indirectement, on aurait dû mettre le numerus clausus en place. Je suis un libéral, mais un libéral raisonné. Tant que le libéralisme apporte une amélioration de la qualité de vie à nos concitoyens, il faut laisser le libéralisme agir. Mais dès que l’on enregistre l’effet inverse, il faut le raisonner. Si l’on avait mis en place le numerus clausus, on aurait pu obliger gentiment les médecins à s’installer pendant quelques années dans telle ou telle région, en fonction des besoins et, après, les laisser libres d’aller où ils veulent. Je ne vois pas d’autre solution aujourd’hui. Ce qui me fait mal au cœur, ce sont les sommes importantes qui sont engagées pour créer des structures : 2,5 millions d’euros chez nous, tout cela pour aider une profession qui est quand même l’une des plus aisées. En ce moment, on fabrique des extrémistes...
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