Conversation avec mon grand-père
LITTÉRATURE
Le livre de Clément Bosson est en tête des ventes en cette rentrée. En 2009, Clément Bosson avait publié un livre remarqué, «Larguer les amarres : récit d’un jeune de la génération Auberge espagnole», dans lequel il racontait son tour du monde sans guide et sans connexion Internet. L’ouvrage avait été salué par de nombreux critiques. Cette année, l’auteur signe «Conversation avec mon grand-père».
Clément a 29 ans, il est journaliste, alors que son aïeul, Anselme, est un paysan nonagénaire de Haute-Savoie. Il s’agit d’un entretien très émouvant entre deux cultures, deux manières de vivre, qui permet de comprendre à quel point le monde s’est métamorphosé en un siècle : «Mon premier livre racontait un voyage. Là, c’est aussi un voyage, mais dans le temps, dans la vie de mon grand-père. Il a 95 ans, il est né en 1919 en Haute-Savoie. Fils de cultivateurs, il est paysan. C’est la rencontre entre deux mondes : le monde de la terre et le monde du cyber. A 20 ans, mon grand-père a fait la guerre. Lorsque j’avais 20 ans, je partais au Mexique… Il y a une succession de chapitres, on passe de l’époque de mon grand-père à mon époque. A 12 ans, il arrête l’école pour aller à la ferme, alors qu’à 12 ans, je pars en vacances avec mes parents... Ce sont vraiment deux mondes très différents. Tout a changé, le travail, l’amour… Mon grand-père a vécu dans un village toute sa vie, avec une jeunesse assez fermée. Son seul moyen de transport était le vélo, alors que je voyage avec Easyjet ou Ryanair… Le grand changement, c’est de voir à quel point le monde s’est mondialisé en quelques années. L’autre grand changement, ce sont les rencontres amoureuses. En 1943, les femmes ne sortent pas, encore moins à cause du couvre-feu. La nudité est un mystère, il n’y a aucune image érotique qui circule. A l’époque, c’était un vrai mystère pour lui, il ne savait pas à quoi ressemblait une fille nue. La première fois qu’il a vu une fille nue, c’était ma grand-mère, le soir de son mariage. Mon grand-père a rencontré sa femme à la chorale de l’église, parce que c’était le seul moment où l’on pouvait rencontrer les filles... Donc, il n’y allait pas tellement pour le chant, mais surtout pour voir ma grand-mère ! Aujourd’hui, on vit dans un supermarché du sexe en permanence… C’est un changement considérable entre nos deux époques. Ce livre permet aussi de comprendre que le monde s’est beaucoup plus métamorphosé au cours du siècle dernier, qu’entre le Ier et le XIXème siècle : «C’est incroyable... A 20 ans, mon grand-père se battait contre les Allemands. A 20 ans, je draguais les jeunes Allemandes… Le monde s’est mondialisé, il est devenu complètement ouvert, tout va très vite. Avant, pour communiquer le plus rapidement possible, il fallait utiliser le télégramme. Mais c’est quand même bien de pouvoir se poser pour discuter avec son grand-père, écouter sa vie, découvrir les recettes du bonheur… Ce qui le surprend le plus, c’est la vitesse de l’information : entre les chaînes d’information continue et Internet, on sait ce qui se passe en temps réel, on ne prend plus le temps de réfléchir, on est dans la réaction plutôt que dans la réflexion».
Mais, dans ce livre, on comprend aussi que le monde d’aujourd’hui est meilleur que celui d’hier : «C’est très important ! On se plaint parce que c’est la crise, parce qu’il y a moins de travail... Mais mon grand-père a quand même connu la guerre et la faim ! Pendant la guerre, la France était rationnée, les gens avaient peur des obus allemands. Alors, il sourit lorsque je lui parle de la crise et des problèmes de RTT. L’Union européenne s’est construite en quelques années, c’est quelque chose d’incroyable…»
Clément ajoute : «Ce qui me fascine, à l’époque de mon grand-père, c’est le fait de ne pas avoir de connexion Internet, de se promener dans les bois, d’avoir une vie un peu plus lente pour la réflexion… Nous sommes une génération qui est un peu à la frontière du bug, tant nous sommes connectés avec nos tablettes... Une petite pause est sans doute indispensable».
Mais quels enseignements retient-il de son témoignage ? «L’amour... Il aime beaucoup ma femme, il me dit souvent de prendre soin de Sarah, de bien l’aimer… Il y a aussi le travail, il n’a pas encore compris le monde virtuel dans lequel nous vivons. La leçon du paysan, c’est toujours «bien travailler et se dépasser». Mais il faut aussi savoir profiter de la vie. Mon grand-père est passionné de musique, j’aime le théâtre, il est important de pouvoir aller au bout de ses passions».
«Conversation avec mon grand-père» de Clément Bosson est publié aux éditions Le Passeur.
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