900 000 euros pour devenir la première agence digitale indépendante en France

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Alain Assouline, président des Argonautes : «L’innovation technologique doit avoir une place aussi importante que la créativité dans la nouvelle donne de la communication numérique.»

Il y a quelques années, on parlait beaucoup des agences Internet en charge de la création de sites et de l’accompagnement de leurs clients sur Internet. Avec la crise des années 2000, ces jeunes pousses ont presque toutes disparu. Mais il y en a une qui a toujours traversé les difficultés : il s’agit des Argonautes. L’agence a été créée en 1994 pour accompagner les marques dans leur stratégie et la mise en œuvre de la mutation de la relation marque-consommateur produite par le numérique.

Les Argonautes emploient 60 personnes : consultants en stratégie de communication et marketing, créatifs, designers d’expérience utilisateur, ingénieurs et développeurs, analystes de données... La société a réalisé un chiffre d’affaires de 5,5 millions d’euros en 2012. Elle est soutenue par OSEO depuis 2008 et elle a reçu le label Entreprise Innovante. Elle vient de lever 900 000 euros auprès d’investisseurs indépendants pour poursuivre son développement, notamment à l’international. Alain Assouline, président des Argonautes, nous présente son agence et son marché.


L’Hebdo-Bourseplus : On a vu apparaître de très nombreuses agences de création Internet il y a une vingtaine d’années, mais la plupart d’entre elles ont disparu. Comment analysez-vous cette situation ? Quels sont les critères qui vous ont permis d’émerger, puis de résister ?

Alain Assouline : Beaucoup ont compris ce qui se passait avec cette révolution digitale dans la communication, mais le marché n’a pas répondu à cette révolution. À la fin des années 90, on entrevoyait ce qui se passait, mais les entreprises n’ont pas réagi à cela. Le milieu de la communication était en avance. Il a fallu un certain temps pour que les entreprises, particulièrement les grandes marques de l’industrie, réagissent à cette révolution. Nous nous sommes d’abord implantés sur le marché des collectivités territoriales et nous avons réalisé le site de l’APEC. Nous avons réussi à trouver une niche en travaillant avec les institutions et des grandes associations. Nous avons pu tenir le coup grâce à de tels clients, alors qu’au début des années 2000, avec l’éclatement de la bulle Internet, toutes les jeunes pousses qui ont pris des valeurs en bourse avec des valeurs aberrantes ont sauté. Internet, c’est d’abord une révolution qui concerne l’industrie : celle-ci doit donc faire sa mutation numérique et c’est ce qu’elle a fait dans les dix dernières années. Toutes les agences Internet qui travaillaient avec ces jeunes pousses ne se rendaient pas compte que les modèles économiques étaient hallucinants. Il fallait payer des sommes incroyables pour créer un site Internet… Évidemment, nous n’avons pas profité de cette bulle, comme nous aurions pu en profiter, parce que nous étions sur un marché réel.

Lorsque nous avons mis les offres d’emploi de l’APEC sur Internet, le succès a été immédiat… Nous avons aussi accompagné des collectivités territoriales, des ministères et France Telecom. Toutes les grandes marques ont pris leur temps et les jeunes pousses qui ont disparu avec l’éclatement de la bulle Internet ont fait couler toutes les agences qui avaient construit leur modèle par rapport à ces jeunes pousses. Ensuite, nous avons connu une période assez difficile, vers 2004, parce que le marché n’avait pas encore compris ce qui était en train de se passer. C’est à partir de 2007 que les grandes marques ont compris que les consommateurs avaient fait leur révolution. Aujourd’hui, quelqu’un qui achète un produit ne croit plus ce que lui raconte la marque : il va regarder comment le produit est noté, il va étudier les avis des consommateurs… Les marques ont donc compris qu’elles n’étaient plus des marques souveraines qui se racontaient à travers la publicité et leur image de marque. Pour atteindre les clients, les marques doivent entrer en relation avec eux, en leur proposant des nouveaux services. Tout cela, c’est l’innovation technologique. Par ailleurs, beaucoup d’agences ont continué de faire de la publicité sur Internet pour leurs clients. Ce n’est plus la question aujourd’hui. Les marques doivent se raconter à travers des services. Aujourd’hui, pour entrer en relation d’une manière durable avec les clients, une marque doit rendre des services qui expriment sa valeur ajoutée. Face à cela, une agence doit être hybride. L’innovation technologique doit avoir une place aussi importante que la créativité dans la nouvelle donne de la communication numérique.

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