Francis Perrin raconte l’histoire incroyable de La Bussière
LITTÉRATURE
Francis Perrin vient de publier «L’enfant terrible de la Révolution», édité chez Plon. L’auteur relate l’histoire de Charles-Hippolyte de La Bussière, dit La Bussière, comédien à ses heures, menant une vie bruyante et dissipée, qui se plaît à ne rien prendre au sérieux jusqu’au jour où pour se soustraire aux dangers de la Révolution, il réussit à se faire engager au Comité de salut public.
Horrifié par les exécutions en masse, il fait disparaître, par un ingénieux procédé, les pièces d’accusation des dossiers qui lui passent quotidiennement entre les mains, sauvant ainsi de la guillotine plus de 1 100 condamnés... Il passera les dernières années de sa vie dans l’asile de fous de Charenton, non loin de la cellule du marquis de Sade à qui il contera l’incroyable et pourtant véridique histoire de son existence hors du commun.
C’est ce personnage, qui a totalement disparu de l’histoire de France, que présente le célèbre comédien, romancier et historien : «Quand je prends un personnage, c’est souvent quelqu’un dans lequel je peux me fondre et me transporter dans cette époque qui m’a toujours passionné, parce que les idées étaient remarquables, mais les actes ont dépassé ceux qui avaient des idées révolutionnaires «utiles». Ils ont laissé faire des choses que l’on ne pouvait pas laisser faire, comme les massacres qui ne sont pas pardonnables. Ils savaient très bien, ils étaient au courant, mais ils n’ont pas réagi… Ce personnage m’a intéressé parce que c’est un anti héros. Il n’a jamais voulu faire cela pour être un héros, il a fait cela par humanité, c’était un second comique au théâtre qui faisait des farces… C’était un mystificateur et, un jour, il s’est retrouvé en danger parce qu’il est allé au Palais-Royal singer les révolutionnaires. Il a réussi à se faire engager au Comité de salut public, chez Robespierre et Saint-Just, et tous les dossiers des condamnés à mort, avec les pièces d’accusation, passaient entre ses mains. Il s’est dit que ce n’était pas possible et il a décidé de faire disparaître les pièces d’accusation de 1153 condamnés, qu’il a ainsi sauvés de la guillotine».
C’est l’enfant terrible de la Révolution, mais le nom de Charles-Hippolyte de La Bussière est aujourd’hui totalement absent des livres d’histoire : «Il y a juste une plaque dans le foyer de la Comédie Française, puisqu’il a sauvé des sociétaires… C’était la moindre des choses. Certains des comédiens ont décidé de faire cette représentation pour La Bussière parce qu’il n’avait plus d’argent. Il existe une lettre de remerciements de La Bussière dans les archives de la Comédie Française. Cet homme a été récompensé très tardivement et il est mort à 40 ans à l’asile de Charenton. La plaque en son honneur qui est apposée à la Comédie Française a été offerte par un Anglais en 1933».
Francis Perrin signe ainsi son troisième roman historique : «J’en ai fait un premier avec «Molière, chef de troupe», où j’ai parlé de l’homme de théâtre, plus que de l’auteur. Ensuite, j’ai pris Triboulet dans «Le bouffon des Rois» qui a été un grand succès. Je prends des faits historiques et je fais les recherches moi-même. Ensuite, je romance… Par exemple, dans le livre, je raconte qu’il assiste à l’assassinat de Marat. Mais il ne pouvait pas y assister, sauf s’il avait suivi Charlotte Corday jusqu’à son acte... C’est quelque chose qui m’a intéressé, parce que j’ai pris le fait historique du billet de logement de Charlotte Corday à l’hôtel de la Providence, où elle a séjourné pendant deux jours, et je me suis dit que Charles-Hippolyte allait peut-être avoir une aventure avec la tenancière de cet hôtel et qu’il croiserait Charlotte Corday. Elle l’intéresserait et il la suivrait… Elle va trois fois chez Marat pour lui parler et, la troisième fois, elle l’assassine… Il est là et il assiste à l’interrogatoire. C’est complètement inventé, mais cela aurait pu être vrai...»
En lisant cette histoire, on ne peut pas ne pas penser à certains collabos qui, pendant la Seconde guerre mondiale, faisaient un travail dans l’ombre pour la Résistance. Parce qu’ils étaient à la Kommandantur, ils pouvaient se procurer des lettres, des tampons ou cacher tel ou tel document pour sauver des Juifs : «C’est une liste de Schindler de l’époque... Ce qui m’intéresse dans ce personnage, c’est qu’il n’a pas fait cela pour qu’on le remercie ou pour être un héros : il a fait cela parce qu’il trouvait injuste que tant de personnes partent à la guillotine sans être jugées. Il a sauvé des gens comme Joséphine de Beauharnais et tous les sociétaires de la Comédie Française. Pour lui, toutes ces pièces d’accusation étaient complètement injustes».
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