⟵ Retour
L’Afrique : un continent qui commence à bouger.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Avant notre étude sur l’Amérique-du-Sud (en juillet), après celles des semaines dernière sur l’offensive extérieure chinoise, puis un coup de projecteur sur deux marchés prometteurs aux extrémités de cette très vaste Asie : le Vietnam et la Turquie, voilà un point complet sur l’Afrique.
Il est de bon ton, après avoir cultivé l’afro-pessimisme, d’être optimiste, à l’instar de Nicolas Baverez, qui indiquait, dans le journal « Le Monde » du 3 avril : « l’Afrique est bien partie ». L’Afrique émergente ? Ce n’est pas une vérité totale et absolue. Le continent ne peut aucunement être comparé à des pays individuels.
En revanche, il est possible de voir, un peu partout, des signes forts, des signes véritablement de décollage. On ne peut même pas parler de zones, avec l’Afrique du Nord, le Sahel, l’Afrique occidentale, l’Afrique centrale, l’Afrique orientale ou l’Afrique méridionale car à l’intérieur de chaque zone, il y a énormément de nuances, de situations spéciales. En Afrique méridionale, naguère très prospère, l’ancienne Rhodésie devenue Zimbabwe est aujourd’hui un pays en perdition, sous la dictature de Robert Mugabe, qui doit importer des produits alimentaires alors que, il y a quelques dizaines d’années seulement, c’était le grand exportateur, le nourrisseur de toute la zone.
Pour parler globalement, l’Afrique reste encore fortement exportatrice de matières premières, essentiellement de minerais, mais aussi de pétrole, un peu de gaz, et, de surcroit, de matières premières agroalimentaires telles que le coton, l’arachide et j’en oublie d’autres. Il y a une concentration des exportations, une faiblesse des investissements structurels, des systèmes logistiques défaillants, une très forte exposition aux retournements politiques et aux crises, une faible diversification des économies. Ce sont des fragilités, il convient donc d’être assez prudent et de ne pas généraliser, sans pour autant nier la meilleure santé économique du continent, ni encore l’améliorationtendancielle de sa gouvernance.
Des émergeances fragiles.
Certains pays africains sont en train d’émerger, réellement, mais ce sont des situations fragiles. La Tunisie, avec 10.000 dollars de PIB par habitant à la fin de l’ère Ben Ali, est aujourd’hui devenue un pays fragile secoué par des grèves, au chômage qui remonte. La Banque mondiale affirme que l’Afrique « pourrait être au bord d’un décollage économique, tout comme la Chine il y a 30 ans et l’Inde, il y a 20 ans ». Ce genre d’affirmation est fantaisiste. Il y a 56 pays différents, qui ont autant de dynamiques sociales économiques et politiques, qu’il n’est pas possible d’amalgamer. La Chine, comme l’Inde, sont peut-être des systèmes divers mais avec un gouvernement central, une coordination des politiques. La Chine est gérée par la dictature du Parti communiste, ce n’est pas une démocratie, l’économie y est dirigée. En Inde, il y a un dirigisme traditionnel, mais il y a aussi une démocratie fortement implantée, léguée par l’ancien colonisateur britannique, du fait que les situations ne sont pas les mêmes étape par étape, même si l’Inde, globalement, a su répondre au défi alimentaire, il y a quelques décennies de cela, et commence à s’industrialiser, ce qui permet de considérer que c’est un pays véritablement en phase de décollage.