Si la France n’a pas raté la Turquie, elle a négligé le Vietnam.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Avant notre étude sur l’Afrique (la semaine prochaine) puis celle sur l’Amérique Latine, après celle de la semaine dernièresur l’offensive extérieure chinoise, voilà un coup de projecteur sur deux marchés prometteurs aux extrémités de cette très vaste Asie : le Vietnam et la Turquie.

Pays émergeants : la Turquie et le Vietnam. Aux antipodes du continent asiatique, la Turquie et le Vietnam sont deux pays de taille similaire, du moins en ce qui concerne la population. En quelques années seulement, l’économie vietnamienne a connu un essor considérable. Le PIB a été multiplié par trois entre 2002 et 2010, il est encore très inférieur à celui de la Thaïlande, et, bien évidemment, à celui de la Chine, mais, il ne se trouve plus au très bas niveau d’il y a quelques années. Le PIB (produit industriel brut par habitant), frôlera les 3.000 dollars US cette année. Le Vietnam, même si c’est une ancienne colonie française, est déserté par les Français qui n’ont absolument pas su prendre le train en marche, au départ de la croissance, la part de marché de la France n’était que d’environ 1%, pendant qu’elle est de 1,5% en moyenne dans le sud-est asiatique.

Les échanges commerciaux bilatéraux sont en hausse, une communauté franco-vietnamienne existe de façon influente depuis plusieurs décennies sur le territoire de la République française, l’influence des entreprises françaises pourrait donc augmenter significativement sur ce marché prometteur. Théoriquement, le Vietnam fait partie de la francophonie, mais, le site officiel de la République socialiste du Vietnam est, outre les langues locales, rédigé exclusivement en anglais, le français n’apparaît pas ! Alors que les Etats-Unis d’Amérique ont un très lourd contentieux suite à une très longue guerre, contre le Vietnam communiste, depuis l’ouverture économique, en 1991 (le Dôi Moi, qui signifie changer pour du neuf), les entreprises américaines se sont engouffrées au Vietnam, pour y faire fabriquer massivement des produits qui étaient il y a peu de temps encore fabriqués en Chine. 


Tout le monde va au Vietnam...


En Europe, le groupe Nokia, après avoir fermé son usine allemande de Bochum pour l’installer en Roumanie, a décidé en 2011, de fermer cette dernière. Maintenant Nokia fabrique ses téléphones de bas de gamme, destinés notamment aux pays en développement dans cet État à la main-d’œuvre soigneuse qui a bénéficié d’un investissement de 200 millions d’euros, avec à terme, la perspective d’un travail pour 10.000 personnes. Samsung dispose au Vietnam de sa plus grosse usine de production mondiale. Le groupe japonais Canon, le taïwanais Foxconn (gros sous-traitant d’Apple) ont des usines au Vietnam qui emploient 10.000 personnes également. Le fabricant d’articles de sport Nike est, aussi, très axé sur le Vietnam comme le fabricant de puces Intel qui s’y est installé en 2010. Le salaire minimum mensuel vietnamien est inférieur à 40 euros avec une durée hebdomadaire plus proche des 50 heures que les 40 heures en France, (qui existent encore). En Chine, le salaire mensuel est compris entre 160 et 300 euros, pour une durée de travail comprise entre 45 et 50 heures.

Le Vietnam bénéficie maintenant de la délocalisation de certaines entreprises chinoises, qui y font faire les opérations les plus coûteuses en main-d’œuvre avant de rapatrier les éléments en Chine pour le montage final. Peugeot, qui a eu une très longue présence au Vietnam et qui possède encore un parc assez important de 403 et de 404 en circulation, cahin-caha, brinquebalantes et rafistolées surtout dans les campagnes, vient de s’associer avec Thaco, le premier constructeur vietnamien pour assembler là-bas la 408 (une 308 actuelle munie d’une malle arrière), qui connaît un succès évident en Chine ainsi qu’en Amérique du Sud. Le marché vietnamien est certes très modeste mais le groupe PSA y est ambitieux, désireux d’y vendre plusieurs milliers de véhicules par an, d’y fabriquer la 408, mais, également, d’importer des autres modèles fabriqués en France dont la 2008. Renault y importe des voitures, principalement fabriquées en Corée du Sud, à doses très homéopathiques, mais cherche à augmenter sa notoriété, son image avant d’y monter un ou deux modèles sur place à partir d’éléments détachés. Au maximum, Renault écoulera une centaine de véhicules sur 2013, ce n’est pas beaucoup mais, pour le groupe l’implantation au Vietnam est stratégique. Là aussi, le losange s’appuie sur un gros parc de 4L, de Dauphine et autres anciens modèles qui sont encore en circulation quoique presque cinquantenaires pour les plus récents d’entre eux !

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