Quels sont les actifs français visés par la Chine ?

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

L’OPA sur le Club Med (avec le fonds chinois Fusan comme principal acteur) relance la peur du “péril jaune”. 1,3 milliard de petits chinois,et moi, et moi... quand les Chinois deviennent riches, c’est surtout de l’émoi qu’il s’agit. La Chine sort de ses frontières, timidement pourl’instant, mais l’internationalisation de ses entreprises va se poursuivre, et cela passe (aussi) par la France.

Après le Club Méditerranée, quels sont les actifs français visés par la Chine ? La Chine est aujourd’hui assise sur un véritable pactole de plus de 3.500 milliards dedollars, des réserves financières engrangées au fur et à mesure des années d’excédent des exportations sur les importations. Ces réserves de change ont été investies, partiellement, en bons du Trésor américain, en réserves stratégiques de matières premières, et, désormais, après quelques mésaventures du style Fortis, la Chine place son argent dans des entreprises étrangères, dans des marques, dans des groupes, le rachat conjoint par Fusan et Axa Equity du groupe Club Méditerranée (projet d’O.P.A à 17 euros), est un élément puissant qui vient de raisonner dans le ciel printanier français.

En 2004, le total des investissements directs étrangers de la Chine nedépassait pas les 5 milliards de dollars. En 2012, la Chine a investi pour 85 milliards de dollars dans le monde. Chaque année il n’y a pas eu de crise, la somme desinvestissements chinois à l’étranger s’est gonflée de plus de 10 milliards de dollars, y compris en 2012 alors que les flux mondiaux se retiraient d’un cinquième environ. 


De destinataire, la Chine est devenue (un peu) émettrice de capitaux.


Pendant longtemps, la Chine était destinataire d’investissements en provenance d’Europe, des Etats-Unis et d’autres pays dont Hong Kong, Taïwan, l’Australie, le Japon et même certains pays d’Amérique du Sud. Cet afflux important de capitaux a contribué à l’explosion de la croissance chinoise durant les deux dernières décennies. Désormais, ce flux semble se compenser et peut-être même s’inverser. Très officiellement, le ministère du Commerce chinois évoque, via des documents, un flux sortant d’investissements directs étrangers de plus de 1.000 milliards de dollars à l’horizon de 2020, c’est-à-dire demain ! Bien sûr, le rattrapage des investissements effectués par le Japon, la France, l’Allemagne , le Royaume-Uni ou encore les Etats-Unis (300 à 400 milliards de dollars en flux sortant chaque année ces dernières années), n’est pas pour demain. Comme déjà évoqué lors d’études antérieures sur la Chine, la première puissance économique mondiale durant plus de deux millénaires que fut l’Empire du milieu, a l’intention, au plus tard, en 2040 ou 2050, de redevenir la première puissance après environ deux siècles d’éclipse.

La Chine s’internationalise, pas seulement parce qu’elle a des clients à l’international et pas seulement parce qu’elle a besoin de matières premières, de productions alimentaires, de minéraux qu’elle ne possède pas sur son propre sol. Elle s’internationalise car le pays géré par le parti communiste sait qu’il opère dans un monde multiple, dans lequel les intérêts doivent être croisés afin d’empêcher des barrières qui se dresseraient devant ses exportations. Pour le moment, l’axe principal des investissements directs étrangers de la Chine, est consacré, pour 80% des sommes investies, en 2010 – 2011 et 2012, aux matières premières. La Chine avance en direct, parfois, comme lors de la tentative du rachat de Yoplait, il y a quelques mois, ou, masquée, via Hong Kong, la place financière de Londres ou via les paradis fiscaux comme les Îles Cayman. En Europe, les investissements ne sont pas nuls, cependant, ils sont assez modestes quand même. La Chine a acheté une usine de transformation de tomates dans le sud de la France, (tomates cultivées par nos maraîchers), par des tomates lyophilisées, apportées par conteneurs, venus de Chine.

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