Rémi Fontaine analyse les "Enjeux du Printemps Français"

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Rémi Fontaine est journaliste à Présent depuis 1981, il est écrivain, également professeur de philosophie, et il est le premier à publier un ouvrage qui permet de mieux appréhender ce nouveau phénomène du Printemps Français. Nous l’avons interrogé pour lui demander de nous parler de son livre et de sa démarche. Rémi Fontaine souligne que dans cette chronique journalistique et philosophique, il a essayé de prendre «un peu de recul par rapport à l’événement, dans un esprit raisonnable et chrétien».

Loin d’être éphémère, cette initiative du Printemps Français s’est durablement installée dans les esprits : «Je pense que nous vivons les prémices d’un Printemps Français. Les choses peuvent se développer, car les jeunes qui ont participé à ce combat avaient des convictions profondes». L’écrivain fait un parallèle avec ce qui s’est passé dans les pays de l’Est il y a 30 ans : «Le gouvernement a riposté avec une violence totalitaire qui fait penser à ce qui s’est passé dans les pays de l’Est, notamment en Pologne, avec le syndicat Solidarité. J’ai eu l’occasion d’aller en Pologne dans les années 80, au moment de l’état de siège, et il y avait une jeunesse qui me fait beaucoup penser à celle que l’on retrouve chez les Veilleurs. En Turquie, il y a des manifestants qui protestent contre un certain totalitarisme et l’on s’aperçoit que la répression est aussi sauvage».

Ce qui est passionnant, c’est que le Printemps Français n’est pas structuré : ce n’est pas une organisation, cela s’inscrit dans les têtes : «Ce Printemps Français échappe à tous les critères habituels de nos politiciens, c’est ce qui est vraiment intéressant. C’est quelque chose qui dépasse tous les clivages. Il y a une analogie avec les Printemps arabes, mais on se place dans un point de vue beaucoup plus catholique et contre-révolutionnaire. Après la première grande manifestation du 13 janvier, l’Élysée évoquait une manifestation «consistante»… Mais ce n’est pas une manifestation ou une révolte, c’est une révolution, une contre-révolution, qui porte en son sein un printemps possible puisque, justement, cette révolution échappe aux paramètres habituels et aux clivages habituels entre droite et gauche. Elle casse l’individualisme des parties pour retrouver la cellule de base de la politique qui est la famille».

Selon l’auteur, ce Printemps Français a déjà bien essaimé dans les esprits : «Il y a un germe, un sillon qui a été creusé, c’est un état d’esprit, beaucoup plus qu’un mouvement, pour apporter un sang nouveau dans notre pays qui en a bien besoin. Dans mon livre, je fais une analogie avec l’anticorps dans un organisme malade et déficient et nous sommes malades d’un certain individualisme, nous avons besoin de ces anticorps qui vont résister et qui vont, par capillarité et fermeté, se propager dans l’organisme. C’est l’objet de ce que proposent actuellement les Veilleurs. Il y a une dimension métaphysique dans leur action, ils réfléchissent au bien ou au mal, ils ont une conscience et ils essaient d’aller vers le bien. Il y a une objection de conscience qui fait aussi penser à l’action de Solidarité en Pologne».

Rémi Fontaine rappelle qu’il y a eu plusieurs millions de personnes dans les rues : «Ce ne sont pas des racistes, ce ne sont pas des homophobes, il y a même eu des homosexuels mais, dans cette dialectique de culpabilisation, on retrouve la dialectique communiste : vous êtes dans le camp du mal si vous êtes anticommuniste… Je crois que nous devons avoir une attitude parallèle à celle des anticommunistes, comme Vaclav Havel ou Soljenitsyne, qui étaient pris dans ce système totalitaire et dialectique. Ils ont dit : «Le mensonge ne passera pas par nous !»

C’est aujourd’hui une posture morale qu’il faut avoir, ce que Benoît XVI a qualifié de dictature du relativisme… Nous avons beaucoup à apprendre auprès de ces dissidents anticommunistes, car je crois qu’aujourd’hui il faut faire dissidence, non plus par rapport au communisme, mais par rapport au laïcisme. Benoît XVI évoquait un relativisme subliminal qui nous touche tous, consciemment ou inconsciemment, et il faut vraiment, comme les dissidents anticommunistes, savoir lui résister par une posture morale et politique».

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