Le doyen des maires de France toujours combatif !

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Roger Sénié, maire de La Bastide de Bousignac (Ariège) : «On va nous prendre l’argent que nous avons produit et nous n’aurons rien du tout.»

C’est un maire exceptionnel et dynamique que nous vous présentons cette semaine : âgé de 93 ans, Roger Sénié est le doyen des maires de France et il est toujours pugnace ! Sa commune, La Bastide de Bousignac, ne remet pas en cause le principe de son intégration, d’ailleurs obligatoire, à la communauté de communes du Pays de Mirepoix. Mais elle sollicite son report effectif en 2014, alors que l’Etat lui impose dès cette année ce regroupement. Les élus ont démissionné pour protester contre le rattachement trop rapide à la communauté de communes, bien que le préfet ait assuré au premier magistrat lui-même que cela pourrait intervenir l’an prochain. Le litige concerne des questions financières liées à l’ancienne taxe professionnelle, car c’est à La Bastide de Bousignac que se trouve la seule véritable zone industrielle du secteur. Roger Sénié, le maire - dont la démission n’a pas été acceptée par le préfet - ses adjoints et une vingtaine d’autres élus et habitants du village ont porté la semaine dernière en préfecture le texte d’une pétition signée par 298 habitants de la commune. «L’adhésion à la communauté est obligatoire et on ne la conteste pas. C’est la date que nous voulons changer !» précise Roger Sénié. Le maire répond à nos questions. L’Hebdo-Bourseplus : Ce regroupement, trop rapide à vos yeux, vous irrite… Pour quelles raisons ?

Roger Sénié : Je suis un maire de droite en Ariège, nous sommes une quarantaine de maires de droite, sur 350, nous n’avons jamais eu de subventions, mais j’avais une entreprise importante et je connaissais de nombreux industriels. J’ai réussi à faire venir une entreprise de filature et de tissage. Cependant, vous connaissez l’histoire du textile et ces entreprises ont disparu. En me débrouillant, j’ai réussi à faire venir une entreprise qui fabrique de l’isolation à base de bois. Nous avons appris à nous débrouiller, nous avons une zone industrielle et quelques artisans qui marchent très bien. On a l’impression, avec cette histoire de communauté de communes, que l’on va nous prendre l’argent que nous avons produit et nous n’aurons rien du tout. Il y a eu l’exonération de taxe professionnelle l’année dernière et nous avons le sentiment que cette somme, qui représente quand même 145 000 euros, nous passe sous le nez. Nous avons l’impression que l’intercommunalité ne fait rien du tout. Ils font des piscines ou des bibliothèques, c’est intéressant, mais cela ne concerne qu’une faible partie de la population. Ce qui était intéressant, c’est que les habitants de La Bastide de Bousignac ne payaient pratiquement pas d’impôts locaux : les impôts étaient extrêmement faibles, en moyenne six mois de moins que la plupart des autres communes. Aujourd’hui, nous avons une classe politique qui est très jalouse… La communauté de communes a fait une zone industrielle très importante, sur 25 hectares, mais il n’y a rien du tout ! Pour ne pas avoir à couper l’herbe, ils ont même été jusqu’à faire appel à un marchand de chevaux pour les laisser dans le pré… Finalement, cela montre bien que dans la vie, il faut savoir faire...


Vous venez d’organiser une manifestation. Pensez-vous être entendus ?

Nous avons effectivement organisé une manifestation. Il y a une chose curieuse. Personne ne s’est occupé de nous, nous avons manifesté à droite et à gauche, puis un jour nous avons décidé de démissionner pour protester. Le préfet nous a reçus d’une manière extraordinaire. C’était un ami de 30 ans comme on dit et il nous a assuré qu’il prendrait un arrêté pour que le rattachement intervienne en 2014. Il nous demande de ne rien dire à personne pour diverses raisons, ce que nous respectons, mais, une semaine après, il nous explique que ce n’est plus possible… J’ai vraiment l’impression qu’il y a eu une pression quelque part. La première lettre du préfet est arrivée le 27 février et cela correspondait exactement au moment où nous ne pouvions plus faire de recours sur cette question. Le même jour, il a répondu en même temps à quelques lettres qu’il avait depuis plusieurs mois… Je ne sais pas si nous serons entendus, mais nous avons de nombreux voisins qui nous font savoir que nous avons raison et tout le monde nous incite à continuer. Malheureusement, le préfet campe sur sa position. Il va nous recevoir une nouvelle fois, mais je compte bien lui dire ce que je pense. Nous avons écrit au préfet quelques jours après l’avoir rencontré, j’ai une bonne mémoire, et nous lui avons clairement rappelé ce qu’il nous avait dit sur son projet d’arrêté. Un jour, un ami m’appelle en me demandant ce que j’ai fait au préfet… Je réponds que je ne lui ai rien fait, mais j’apprends que le préfet nous accuse d’avoir enregistré sa communication. Pour moi, cela prouve bien qu’il est tenu… Honnêtement, je n’attends plus grand-chose.

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