Syrie : le chemin de Damas.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

C’est le pays dont on parle plus, mais il est aussi un pays méconnu : il s’agit de la Syrie. L’Occident est entretenu dans une véritable désinformation sur la réalité de ce pays. Huguette Pérol est née en Tunisie, elle connaît parfaitement le Moyen-Orient et son mari a été ambassadeur de France dans plusieurs pays arabes. Elle a publié, il y a une dizaine d’années, un ouvrage qui a obtenu beaucoup de succès, intitulé «Femme d’ambassadeur», où elle évoquait les liens qu’elle avait tissés avec un certain nombre de personnalités comme Hiro Hito, Bourguiba, Arafat, Reagan ou Indira Gandhi… Son nouveau livre n’a malheureusement pas été très médiatisé, pour des raisons que l’on soupçonne, alors qu’il mérite que l’on s’y attarde.

Huguette Pérol rappelle d’abord que la Syrie est un pays pauvre, mais où toutes les communautés religieuses pouvaient cohabiter en parfaite harmonie : «Dans la vie quotidienne, il y a bien sûr des populations qui vivent très modestement, il y en a d’autres qui vivent mieux… C’est un pays où l’on vivait bien sur le plan de l’agriculture, des produits pharmaceutiques et de nombreux autres plans. Jusqu’à la guerre, ils avaient une façon de s’en sortir seuls sans avoir besoin de l’intervention d’autres pays. Les Syriens que je connais ont toujours été très fiers de leur pays. Tout le monde allait à l’école. Je ne dis pas que c’était un pays idyllique, je dis simplement que c’était un grand pays où l’on vivait finalement bien. J’ai rencontré de nombreux Syriens, notamment de classes moyennes. Ce sont des gens qui envoyaient leurs enfants dans des écoles religieuses chrétiennes, même lorsqu’il s’agissait de familles musulmanes. Cela permettait aux enfants de grandir dans un milieu où les religions étaient différentes et ces enfants vivaient en très bonne harmonie dans les écoles. Il n’y avait pas de discrimination entre les garçons et les filles. Toutes mes amies syriennes ont fait de très bonnes études, ce sont des femmes qui travaillent…»

Autre vision de la Syrie :  «C’est un pays où le sens de la famille est très fort et où il y a une solidarité entre les générations. Les personnes qui ont un certain âge ne se sentent pas mises de côté, car on s’occupe très bien des gens âgés». Évidemment, lorsque l’on évoque la Syrie, on pense au chemin de Damas. Huguette Pérol rappelle que «l’apôtre Saint-Paul a rencontré le Christ sur le chemin de Damas, mais c’est aussi la terre où l’islam s’est répandu…» Ainsi, «quand on va à Damas, on est toujours extrêmement touché de retrouver ce chemin de Damas et de se dire que c’est à partir de là que le christianisme s’est répandu, jusqu’en Grèce et à Rome. Je suis très sensible à la situation des chrétiens du Moyen-Orient et au personnage de Saint Paul, qui est hors du commun». Alors, comment ce pays a-t-il pu en arriver là ? Pour Huguette Pérol, «cette haine a été inoculée, je connais bien la Syrie et je sais que ce n’est pas un problème religieux. En Syrie, comme au Liban, la religion fait partie de l’État, mais ce sont des problèmes politiques et des problèmes internationaux. En Syrie, il y a eu au départ des insatisfactions, justifiées d’ailleurs, tout cela est vrai, mais cette crise est devenue internationale avec des intérêts qui n’ont plus rien à voir avec ceux des Syriens. Les Syriens que je rencontre n’aspirent qu’à la paix. Cette paix doit être décidée entre eux et on ne doit pas la leur imposer pour des intérêts extérieurs».

Pour autant, l’auteur prend soin de préciser qu’il ne s’agit pas d’un livre de propagande pour le régime syrien : «Quand on parle d’un pays que l’on aime et d’un pays aussi important dans la région, on ne doit absolument pas prendre parti pour le régime en place ou pour les rebelles, mais on doit penser avant tout à l’intérêt de l’ensemble des Syriens. Je crois que toute discorde peut se résoudre avec une mise en commun des problèmes qui existent et des points communs que l’on peut avoir avec les parties adverses. Il ne faut pas que ce soit l’intérêt des étrangers, car il y a des intérêts étrangers, et cela n’arrange pas les choses…» L’auteur, qui connaît parfaitement les arcanes de la diplomatie française, n’hésite pas à prendre position : «J’espère que la France va adopter une autre politique, car en conduisant une politique dans l’intérêt de l’ensemble des Syriens, on servira aussi les intérêts de la France. Il y a eu beaucoup d’erreurs et beaucoup de parti pris qui servent des intérêts qui ne ce sont pas ceux de la Syrie. Je ne prétends pas défendre ce qui est indéfendable, mais il faut donner la parole à des personnes qui ont le droit de donner leur avis, c’est-à-dire des Syriens, des personnalités religieuses qui parlent du reste toutes d’une même voix, et amener une réflexion en respectant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Je trouve assez consternant de voir que l’on combat des rebelles d’un côté, alors qu’on leur envoie des armes de l’autre… Ceux qui ont apporté le malheur dans certaines régions du monde se sont déplacés et ils sont maintenant en Syrie. Dans l’opposition, il y a bien entendu des éléments raisonnables, leurs aspirations doivent être prises en compte. Ce sont les Syriens qui doivent défendre la Syrie et non pas des gens extérieurs qui viennent pour mettre le désordre et ensuite utiliser le désordre».

La démarche d’Huguette Pérol est courageuse, car elle va à l’encontre de la pensée unique : «L’important, c’est de pouvoir dire ce que l’on estime devoir être dit. Si c’est pour aboyer avec les loups, personnellement, cela ne m’intéresse pas. Malgré ce bourrage de crâne médiatique, il y aura un moment où les gens seront quand même obligés de découvrir qu’on leur a menti. La politique de la France ne va pas toujours dans le bon sens depuis de nombreuses années. J’espère qu’elle va évoluer, parce que d’autres pays vont évoluer, pas seulement la Russie et la Chine. Il faut espérer que l’on puisse trouver un bon équilibre dans l’intérêt des Syriens qui souffrent cruellement parce qu’il y a toujours des massacres dans ce pays».

«Syrie : le chemin de Damas» d’Huguette Pérol est publié aux Nouvelles Éditions Latines.

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