France Télécom fait désespérer ses actionnaires.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

La seule question qu’il convient de se poser en ce qui concerne le titre France Télécom est de savoir si l’entreprise aura les moyens d’investir (4G, fibre optique...) tout en payant de bons dividendes à des actionnaires affamés (surtout l’Etat). En Bourse, le titre a été ramené au tapis, très en dessous de ses plus bas de quasi-faillite de 2002. C’est très injuste, car le groupe FT de 2013 ne ressemble pas au FT de 2002.

Mi-mai, les indices reprennent des couleurs, mais pas l’action France Télécom. Faut-il désespérer du soldat France Télécom ? Le titre était tombé à un plus bas historique de 7,20 euros au début de cette année, il se situe à 8,30 euros, cours pratiquement étal à celui du 31 décembre 2012… Ce titre offre un rendement correct (coupondiminué mais à 0,80 euro quand même). La faiblesse des cours démontre l’absence d’engouement pour le titre et c’est un euphémisme. Le titre a été introduit en 1997 à un cours de 27,50 euros, et, ultérieurement, une deuxième tranche de privatisation s’était effectuée, sous Dominique Strauss-Kahn, ministre de l’Économie et desFinances et sous Lionel Jospin, Premier ministre socialiste, à un cours supérieur à 53 euros… La dégringolade est donc brutale et la plaie béante.

Non seulement l’action a été divisée par trois au cours des cinq dernières années, mais, de plus, par rachat des minoritaires d’Orange et de Wanadoo, filiales introduites en Bourse il y a quelques années, ou via une augmentation de capital souscrite par l’État et par les petits porteurs à hauteur de 15 milliards d’euros, France Télécom a levé de l’argent et a fait passer son capital de 1 milliard à 2,6 milliards d’actions. En tenant compte de la recapitalisation de l’ancien opérateur historique de 15 milliards d’euros, la valeurboursière de 22 milliards d’euros ne représente que 7 milliards d’euros, les actionnaires ont sorti 15 milliards et, d’année en année, ils ont récupéré cette somme sous forme de dividendes, c’est donc un constat d’échec. Le groupe France Télécom, pour sortir de son rôle de monopole d’État, pour se transformer et pour faire face à la concurrence, avait acheté des licences de téléphonie mobile dont une en Allemagne et des participations un peu partout à travers le monde…Beaucoup d’argent gaspillé au début des années 2000 et de plus, il a fallu investir encore en France et ailleurs, pour développer des réseaux, la base d’une entreprise de services possédant plus de 200 millions de clients. Même Deutsche Telekom et l’espagnol Telefonica ont à peu près le même profil, les mêmes difficultés, il n’empêche que France Télécom est particulièrement martyrisé par les marchés, même si sa forte position en Afrique et en Europe orientale, sans omettre sa part de 50% dans une coentreprise avec Deutsche Telekom au Royaume-Uni permettent de relativiser les difficultés de l’entreprise. 


FT a changé d’univers.


France Télécom est une entreprise qui fait face non seulement à la concurrence des autres opérateurs de téléphonie, mais aussi aux acteurs de l’Internet comme Skype (téléphonie et visiophonie par le réseau Internet sans abonnement et gratuites), Google (multiservice désormais), qui ont pris en tenaille les différents services développés naguère par France Télécom et dont certains ont été revendus avec désengagement des annuaires et France Télécom n’est plus opérant dans les services de géolocalisation, d’orientation (Mappy),… Non seulement, il y avait la concurrence qui est toujours présente d’ailleurs, en France comme en Pologne, en Espagne, au Royaume-Uni et partout ailleurs, mais il y a la pression des régulateurs ou des pouvoirs publics démagogues, qui considèrent que les opérateurs de téléphonie sont des « vaches à lait », à traire fiscalement et à matraquer par des obligations de baisses tarifaires pour permette aux clients de changer de téléphone mobile chaque année quasiment pour avoir toujours en main, le dernier gadget coréen ou de la marque à la pomme.

Pour France Télécom comme pour d’autres cela doit être rageant de constater que les clients sont capables (directement ou indirectement via les subventions à l’abonnement) de payer 600 euros un terminal de téléphonie mobile qui génère 300 à 350 euros de marge pour le fabricant et rechignent à payer quelques euros pour celui qui permet à la fois de transmettre de la voix, des données, des SMS et autres services à haute valeur ajoutée. Pour faire face à cette concurrence, à cette dérégulation forcée et rapide, d’origine nationale ou européenne, les dirigeants de France Télécom ne pouvaient pas adapter leur entreprise comme ils le souhaitaient. Comme tous les anciens opérateurs historiques, France Télécom a hérité de la « demoiselle des PTT ». France Télécom, qui va devenir Orange dans quelques semaines, compte encore 66.000 fonctionnaires et tous les personnels, recrutés massivement au début et durant les années 1970, ne seront à la retraite que dans quelques années.

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