La mort de Pierre Bérégovoy : vingt ans de questions sans réponses
LITTÉRATURE
Dans un premier ouvrage paru en 2003, le journaliste Dominique Labarrière avait déjà remis en cause la thèse du suicide officiellement avancée pour expliquer la mort de Pierre Bérégovoy, le 1er mai 1993, à Nevers. Officiellement, l’ex-Premier ministre se serait tiré une balle dans la tête avec l’arme de service de son garde du corps, laissée par ce dernier dans la boîte à gants de la voiture. Mais ce dècès intervenu dans un contexte tendu d’affaires politico-financières touchant des proches du président Mitterrand a soulevé, depuis, de nombreuses questions.
Dans son dernier livre, «Mort de Pierre Bérégovoy : 20 ans de questions sans réponses», Dominique Labarrière analyse les interrogations restées en suspens et apporte de nouveaux éléments, dix ans après son premier ouvrage sur ce sujet et vingt ans après les faits. Selon l’écrivain, «vingt ans ont passé, en effet. Or, il se trouve que les questions qui se posaient dès l’origine autour de ce prétendu suicide n’ont toujours pas trouvé de réponses satisfaisantes. Pire : chaque fois, que l’on a cherché à accréditer la thèse officielle - récemment encore - on a abouti à un résultat diamétralement opposé. Mensonges, manipulations continuent de rendre plus obscur ce qui, dès le début, suscitait le doute légitime. Ainsi, de nouveaux éléments sont apparus, indispensables à la recherche de la vérité. D’où ce nouvel ouvrage d’enquête».
Dominique Labarrière insiste sur une question majeure : «Qui a allumé la bombe, la bombe médiatique du fameux prêt Pelat en faisant parvenir au Canard Enchaîné le document trouvé seulement quelques heures plus tôt par le juge Jean-Pierre. Celui-ci enquête à ce moment-là sur un autre dossier. Presque aussitôt, quelqu’un (qu’il s’agisse d’une ou de plusieurs personnes) fait parvenir à l’hebdomadaire satyrique ce document. Notons au passage que ce geste relève de la dénonciation calomnieuse, puisque le prêt consenti à Pierre Bérégovoy était non seulement légal, mais dûment enregistré auprès des services fiscaux de Nevers nord et autres. Soulignons en passant que nous sommes ici aux antipodes des magouilles de blanchiment de fraude fiscale, de fric planqué en Suisse ou ailleurs. Suivez mon regard... Donc celui (ou ceux) qui transmet le document au journal le fait évidemment dans l’intention de nuire. Il est clair que c’est délibérément pour abattre Pierre Bérégovoy que cela a été fait. L’abattre politiquement, psychologiquement. Et peut-être plus encore... Ce que je tiens à dire haut et fort là-dessus tient en quelques mots : qu’il s’agisse d’un meurtre ou d’un suicide, c’est bien cette personne-là qui a engagé la balle dans le canon de l’arme qui a tué Pierre Bérégovoy trois mois plus tard ! Or, en vingt ans, on ne s’est jamais donné la peine de chercher à savoir qui a commis cette ignominie. Je trouve cela scandaleux, révoltant. Et ceux qui, en dépit des doutes plus que légitimes entourant le drame survenu le 1er mai, affirment, sans autre examen, qu’il s’agit d’un suicide et que tout le reste ne serait que fantasme, ne font en réalité - de bonne foi pour certains - que «protéger» cet individu. Se réfugier d’emblée dans la certitude du suicide était extrêmement confortable, puisque cela épargnait d’avoir à engager une véritable enquête permettant de démasquer l’auteur de cette dénonciation calomnieuse».
Le journaliste et écrivain est convaincu qu’il ne s’agirait pas d’un suicide : «Après la publication de ma précédente enquête, certains ont tenté de la battre en brèche. Le résultat est souvent saisissant : le Procureur du moment fait ainsi en 2008 un descriptif des blessures de la victime totalement différent de celui qu’il fait au lendemain du drame. On exhume, toujours quinze ans après, deux lettres, en espérant les faire passer pour proches du drame, ce qui n’est pas le cas. On masque un cambriolage chez le notaire de Pierre Bérégovoy quelques jours avant sa mort. On fait réapparaître - de façon grotesque et assez indécente - le fameux carnet de rendez-vous. Ce dernier élément, d’ailleurs, est à lui seul révélateur de toute l’intox qui a entouré cette affaire. Un vrai cas d’école ! Et puis, on sait maintenant ce qui s’est passé à l’hôpital de Nevers, ainsi que lors de l’autopsie à Paris et, de ce fait, ce que l’on doit penser de la communication officielle dans les heures qui ont suivi. Quant à la question si sensible de l’arme qui aurait servi au «suicide», je livre aujourd’hui l’explication qui faisait défaut jusqu’à présent. Dans ce livre, donc, j’explore et j’analyse ces éléments, ces contradictions, ces anomalies. En fait, moins que jamais, je crois à la version officielle du suicide ! Néanmoins, je persiste à tenir le même discours que celui de Gilberte Bérégovoy, la veuve, en 1997 : «Si vraiment Pierre s’est suicidé, que l’on m’apporte une preuve. C’est tout ce que je demande, une preuve !» Une preuve... Et pour ma part un nom : celui de l’individu qui a lancé l’agression médiatique. Si l’on entend honorer la mémoire du «petit homme de Nevers», il convient de se référer à ce qu’écrit Voltaire : «On doit des égards aux vivants ; on ne doit aux morts que la vérité.» Vingt ans après, le temps de la vérité est venu, me semble-t-il. Surtout en un moment où le mot «transparence» est sur tant de lèvres !»
«Mort de Pierre Bérégovoy : 20 ans de questions sans réponses» de Dominique Labarrière est publié aux Éditions La Table Ronde.
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