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Lafarge se désendette et se muscle.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Le marché de la construction est structurellement porteur, car les terriens habitent de plus en plus dans les villes (50% aujourd’hui,70% de la population mondiale attendus en 2050). Lafarge est (encore !) un n°1 mondial d’origine française, une entreprise innovante qui crée des matériaux de constructions aux propriétés de plus en plus sophistiquées comme des matériaux simples pour le “tiers monde”.
Chaque année, même en période de crise, le groupe Lafarge, numéro un mondial du ciment, dépense environ 120 millions d’euros dans la recherche et le développement (R & D). Ce n’est pas pour faire « beau » dans le bilan et ce n’est pas non plus pour rechercher des économies dans les coûts de fabrication. C’est bien plus fondamentalement pour développer de nouveaux matériaux qui peuvent générer un chiffre d’affaires plus important avec des marges plus fortes. D’ici à 2015, le groupe compte réaliser 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires supplémentaire via les produits innovants qui viennent d’arriver sur le marché. À ce jour, les bétons spéciaux ne représentent qu’un tiers des volumes de ventes, d’ici à 2015, l’objectif de l’entreprise est de passer à 45%. Le but assigné aux commerciaux de Lafarge est de vendre plus cher étant donné que le produit sera plus efficace, plus adapté à des environnements difficiles, variés ou ordinaires.
Par exemple, un béton « dépolluant » est en phase de pré-test afin d’être installé dans le tunnel de la Croix Rousse à Lyon. Ce matériau est particulièrement adapté, théoriquement, aux tunnels, aux parkings. Le groupe s’atèle à mieux utiliser les gravats, les déchets issus des destructions, de la déconstruction des différents bâtiments (usines, immeubles…) pour récupérer des granulats recyclés qui remplacent avantageusement les naturels, dont les gisements sont de plus en plus difficilement accessibles, car les nouvelles gravières exploitables font très souvent l’objet de contestations devant les tribunaux.
Toutes les personnes qui vont aller visiter le port de Marseille durant cette année de la « culture » attribuée à cette grande ville, seront sans doute assez impressionnées par la structure de dentelle minérale du MUSEM (musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) qui vient d’être inauguré et qui se dresse à l’entrée du vieux port. Malgré le talent incontestable des architectes, cette structure n’aurait pu se réaliser sans le « Ductal », un béton haute performance issu de la recherche Lafarge. Le musée est relié aux vieux quartiers de Marseille, via une passerelle de 130 mètres de long qui a été moulée dans ce matériau innovant, résistant et délicat, une prouesse évidente ! Le Ductal a été aussi retenu pour fabriquer l’enveloppe dissymétrique de 23.000 mètres carrés de la résille alvéolaire du stade parisien de rugby, le nouveau stade Jean-Bouin.
Lafarge est une entreprise solide mais, malheureusement, elle a pris la crise de 2008 en pleine face après avoir acheté à bon prix, la division ciments du groupe égyptien Orascom, qui a été payée via une partie en titres et via un effet de levier d’endettement assez important, pesant négativement sur les résultats, bien entendu. Les débouchés de l’entreprise se réduisaient alors qu’elle devait faire face aux frais financiers de cet emprunt pour acheter cette filiale détenant un important potentiel de constructions futures. Dans ce contexte, le groupe Lafarge a donc décidé de se recentrer sur ses principales activités, les bétons, les ciments, les granulats. Toute la diversification dans les plâtres et autres produits a donc été vendue ou le sera.
La dette est “sous contrôle”.