Les maires ruraux se sentent abandonnés

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Yves Rondel, maire du Gast (Calvados) : «Nous ne sommes pas entendus, parce que nous ne pesons pas sur le plan électoral.»

Les communes rurales sont confrontées à une situation dramatique. Malgré les discours des hommes politiques depuis Paris, les maires ruraux constatent que le contexte se dégrade chaque année. Yves Rondel, maire centriste du Gast, une commune de 242 habitants située dans le Calvados, vient de lancer un appel à François Hollande pour attirer son attention sur le fait que la ruralité est une civilisation qui est appelée à disparaître dans les années à venir. Cet élu local tire le signal d’alarme en exhortant les hommes politiques à s’intéresser davantage à la situation des communes rurales qui n’ont plus de moyens. Il commente pour nous sa position.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous évoquez les difficultés du monde rural. Les politiques sont tous des citadins : serait-ce une explication de cette incompréhension ?

Yves Rondel : Je suis conseiller général depuis cinq ans et maire depuis cinq ans. Je suis issu d’un milieu rural, mon canton représente 7 200 habitants sur 18 communes. Les revenus sont très modestes. Notre deuxième fils a fait Sciences-Po pour se lancer dans la carrière de journaliste. Il enchaîne les stages et il nous dit que les gens des très grandes villes sont à mille lieues de connaître le quotidien des territoires ruraux. Par exemple, nous avons subi un épisode neigeux extrêmement difficile et nous devons nous débrouiller tout seuls dans notre campagne profonde. Le peu de paysans qui restent, on leur demande leur tracteur pour nous aider... Nous avons très peu de moyens et les gens qui n’ont pas conscience de ces problèmes s’imaginent que tout peut se résoudre par un coup de baguette magique. Avec le nombre effarant de communes que nous avons en France, nous restons avec de tout petits moyens, les uns et les autres, nous n’arrivons pas à structurer nos actions et nous n’arrivons pas à peser. 75% des communes ont moins de 2 000 habitants et représentent 13 à 14% de la population française. Cela résume assez bien nos difficultés. Nous ne sommes pas entendus, parce que nous ne pesons pas sur le plan électoral. J’en veux pour preuve que pour le troisième volet de la décentralisation, on va d’abord s’occuper des grands pôles, Paris, Lyon et Marseille, et on va descendre ensuite les pôles à 500 000 habitants. On s’occupera des territoires ruraux dans la troisième phase, s’il reste encore un peu de temps pour s’occuper de nous…


C’est stupéfiant dans un pays où tous les Français sont issus du monde rural…

C’est notre histoire. Il y a plus d’un siècle, c’était la France rurale. Aujourd’hui, on ne sait plus où l’on en est car le nombre de paysans est devenu très faible. Mais nous avons tous des origines rurales.

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