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Eric Vernier révèle les «Techniques de blanchiment»
LITTÉRATURE
✍️ Par Yannick URRIEN
Eric Vernier est Docteur ès sciences de gestion, HDR, Maître de conférences, membre du Conseil National des Universités, il dirige le Master Management à l’Université du Littoral et le Mastère Analyse Financière Internationale à Reims Management School. Directeur du CEL.LAB, il est Expert APM, Expert Francis Lefebvre et Consultant international. Il vient de publier la troisième édition de son livre «Techniques de blanchiment et moyens de lutte». Un ouvrage qui paraît opportunément au moment où ce genre d’affaires fait la une des médias : «L’actualité est très chaude en ce moment, avec ce qui s’est passé à Chypre ou l’affaire Jérôme Cahuzac, mais aussi d’autres élus à Paris qui ont été concernés…»
Eric Vernier est un auteur heureux car son livre est cité par tous les médias en raison des circonstances actuelles. Dans cette nouvelle édition, il revient sur l’évolution des méthodes de blanchiment : «La base des techniques de blanchiment reste la même. Ce qui change, c’est l’adaptation de ces techniques à un environnement juridique plus contraignant. Plus les nouvelles technologies avancent, plus les blanchisseurs sont contents».
D’abord, il souhaite marquer la différence entre ce qui relève de la fraude fiscale et le blanchiment : «On fait souvent la confusion, mais le blanchiment n’a rien à voir avec la fraude fiscale. On va blanchir l’argent issu de la fraude fiscale, mais on va aussi blanchir l’argent issu du trafic d’armes, du trafic de drogue ou de femmes. Mais le pendant de la fraude fiscale, c’est évidemment le blanchiment car, quand on ne déclare pas l’argent au fisc, on doit essayer de l’utiliser pour le réintégrer dans le circuit légal».
Quelle est le procédé de blanchiment le plus utilisé ? Réponse : «Si vous avez des honoraires à recevoir, il suffit de créer une société en Suisse ou ailleurs et se faire payer sur cette société. Les honoraires arrivent en Suisse, ils ne sont pas déclarés en France, la fraude fiscale est constituée. À partir de là, il va falloir réutiliser cet argent sans le déclarer au fisc, c’est-à-dire sans le faire revenir à travers des salaires ou des honoraires, sinon l’avantage fiscal serait totalement neutralisé. À partir de là commence le deuxième délit, c’est le blanchiment de l’argent que vous avez caché au fisc. On peut mettre en place différentes techniques, la plus simple, c’est ce que l’on appelle le prêt autofinancé. L’argent est déposé sur un compte suisse, mais vous allez emprunter une somme identique auprès de la filiale française de cette banque suisse pour investir dans l’immobilier par exemple».
L’ouvrage décortique également la manière dont les grands groupes pratiquent l’optimisation fiscale : «Sans parler de fraude fiscale, on peut parler d’optimisation fiscale pour les grands groupes internationaux et, même lorsqu’ils se retrouvent avec des sièges sociaux dans des pays faiblement imposés, de l’ordre de 10% par exemple, ils réussissent à monter des opérations financières et fiscales pour éviter ces 10% ! A partir du moment où il y a de l’impôt, si l’on arrive à en payer encore moins, c’est toujours cela de gagné ! Si vous êtes sur des sommes de plusieurs centaines de millions, voire sur plusieurs milliards, il est évident que 10% c’est beaucoup !»
Face à cela, il reconnaît que les États sont parfois impuissantspour intervenir : «Le problème, c’est que l’on s’attaque beaucoup plus souvent au commerçant ou à l’artisan qui met quelques dizaines de milliers d’euros de côté, qu’aux grands groupes qui mettent beaucoup plus de côté… Il est bien plus facile de récupérer de l’argent d’un salarié ou d’un artisan que d’un grand groupe. La petite fraude fiscale est une fraude de proximité, car l’argent reste très souvent dans le pays et il est très facile de le retrouver ! La pression fiscale s’alourdit, avec les difficultés budgétaires des États qui augmentent les impôts, et les salariés estiment être de plus en plus les victimes du système».