Enquête sur la loi du 3 janvier 1973...

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Pierre-Yves Rougeyron, expert en intelligence économique, est le fondateur de l’association «Le cercle Aristote» et il dirige la revue «Perspectives libres». Les éditions Le Jardin des Livres viennent de publier son enquête minutieuse sur l’adoption de la loi du 3 janvier 1973, ou comment une élite de banquiers et de hauts fonctionnaires a endetté la France auprès des banques privées avec un texte obscur. L’auteur montre, point par point, comment notre pays a été mis en esclavage par la dette à partir d’un simple texte anodin.

Pour comprendre ce qui s’est passé, «c’est un texte qui est porté par l’histoire, le grand mouvement d’indépendance des banques centrales qui a déstabilisé notre économie. On a obligé l’État français à emprunter auprès des banques et des marchés financiers. C’est comme si vous aviez des économies et que l’on vous oblige à prendre un prêt bancaire à 5 ou 6% ! Si la France ne s’était pas endettée de cette manière, on ne serait sans doute pas dans cette situation. Il y a eu des budgets en déficit qui ont creusé la dette, mais l’État a toujours les moyens de maîtriser la croissance de la dette. Par exemple, la Grande-Bretagne, le Japon et les États-Unis sont beaucoup plus libres, parce qu’ils n’ont pas ce carcan qu’est l’euro».

Finalement, la France s’est installée dans une sorte de grand crédit revolving permanent : «Tout cela a été mis en place par l’admiration de nos gouvernants pour l’Allemagne. Il s’agissait de désarmer la France pour refaire l’Allemagne. Marie-France Garaud explique très bien que «toute la création de l’Union européenne a été de désarmer la France pour refaire l’Allemagne. L’histoire de l’Europe, c’est la perte de souveraineté de la France, pendant que l’Allemagne recouvre la sienne : on a débranché la France pour une Europe made in Germany…»

Pierre-Yves Rougeyron revient sur Jean Monnet, le père de l’Europe actuelle : «Jean Monnet est loin d’être Dieu le Père. C’était un membre de la CIA, il y a eu de nombreux dossiers déclassifiés sur ce point. Jean Monnet est un occidentaliste, il constate qu’il y a une vraie Nation à ses yeux, c’est les États-Unis. Pour lui, ce qui doit disparaître, c’est le sentiment de francité. Pour Jean Monnet, l’Allemagne est une Nation, l’Angleterre est une Nation, alors que la France n’est qu’un rond-point. Jean Monnet n’a pas de haine contre les Etats, mais une haine contre la France. Il personnifie cette haine dans la haine viscérale qu’il porte à de Gaulle».

Autre cible de l’auteur : Valéry Giscard d’Estaing. Selon lui, «Giscard était un bébé Monnet. Certains hommes autour de Monnet et de Giscard ont tous eu une bonne raison de ne pas s’opposer à ce complot, ils ont un discours administratif de sélection des élites : j’aurai ma place si je me tais et si je dis que c’est ce qu’il faut faire… 90% de l’appareil administratif français n’avait même pas vu que l’on avait débranché la Banque de France !»

Curieusement, l’auteur est moins sévère à l’égard de Pompidou, qui est pourtant considéré comme le père de cette loi : «Georges Pompidou a fait cela au nom de la modernité. J’ai voulu écrire cet ouvrage pour régler un compte historique vis-à-vis du président Pompidou. C’est un fils de paysans auvergnats, il ne fait pas partie de la noblesse d’État, et je dénie à Georges Pompidou la responsabilité de cette loi».

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