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La propriété immobilière est-elle menacée en France ?
LA VIE DE L’IMMOBILIER
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Jean Perrin, président de l’Union nationale de la propriété immobilière :«La taxation sur les plus-values devient une véritable spoliation et maintenant on commence à nous parler de réquisition et de blocage des loyers...»
Jean Perrin préside l’Union nationale de la propriété immobilière (UNPI) qui regroupe 250 000 adhérents dans toute la France. Pour la première fois, Jean Perrin hausse le ton et il attaque bille en tête le gouvernement qui multiplie les taxes et les contraintes sur les propriétaires. Jean Perrin est également celui qui pourrait être à l’origine de la fin du système des logements sociaux en France, puisque la plainte qu’il a déposée à Bruxelles a été jugée recevable par la Commission européenne. Cette plainte, déposée en mai 2012, part du principe que les bailleurs publics bénéficient de plus de 20 milliards d’euros d’aide par an, sans compter les aides indirectes et locales, et sont en concurrence directe avec les bailleurs privés, alors qu’ils s’adressent à la même population.
Par ailleurs, l’UNPI estime que les aides accordées ne permettent pas au logement social de remplir sa mission, à savoir de rendre le logement accessible aux foyers les plus modestes. Enfin, comme le secteur privé est soumis à une lourde fiscalité, la concurrence entre le public et le privé n’est pas loyale sur le marché de l’immobilier locatif. Pour toutes ces raisons, Bruxelles pourrait contraindre la France à revoir entièrement sa politique en matière de logements sociaux.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous présidez l’Union nationale de la propriété immobilière qui fédère tous les propriétaires de France. On peut dire que vous n’êtes pas content en ce moment car il est de plus en plus difficile d’être propriétaire pour se loger, les taxes sont de plus en plus nombreuses, mais être propriétaire pour loger les autres, cela devient alors mission impossible…
Jean Perrin : Il faut savoir qu’être propriétaire coûte l’équivalent d’un loyer aujourd’hui, si l’on prend en compte la taxe foncière, la taxe d’habitation, les différents raccordements aux réseaux, les assurances… Il ne faut pas croire qu’un propriétaire ne paie plus rien ! D’ailleurs, on a entendu le ministre des Finances dire que les gens qui ont fini de payer leurs crédits pourraient payer un petit quelque chose pour aider les autres ! On évoque donc une nouvelle taxe pour les propriétaires occupants, au prétexte qu’ils seraient favorisés par rapport aux locataires, ce qui est tout-à-fait paradoxal… Pour les propriétaires bailleurs, c’est la Bérézina : on a réussi à démontrer à Bercy que pour les propriétaires, lorsqu’ils sont taxés dans la tranche à 45% qui va être mise en place, ce sera plus que leur loyer perçu qui sera consommé chaque année !
Donc, être propriétaire pour loger quelqu’un, non seulement cela ne rapportera pas, mais cela coûtera ! Je suis en train de préparer un livre qui va s’intituler «Propriété : la mise à mort.» Il y a des faits qui ne trompent pas. Aujourd’hui, si l’on regarde la propriété en France, il y a 57% de propriétaires occupants. Après, il y a le marché locatif, avec 43% de logements. Madame Duflot nous dit qu’elle veut encourager l’accession à la propriété pour les jeunes ménages : donc, a priori, elle veut faire passer le taux de propriétaires de 57 à 60%. Si, demain, il y a 60% de propriétaires occupants, il ne restera que 40% de logements locatifs. Mais Madame Duflot a également dit que dans les villes de plus de 3500 habitants, il faut 25% de logements sociaux ! Donc, sur 100 logements, 60 sont occupés par leurs propriétaires, 25 sont des HLM et cela veut dire qu’il ne reste que 15% de place pour la location privée... On est en train de tuer la location privée avec une France de locataires HLM et de propriétaires occupants, et il n’y aura bientôt plus de propriétaires bailleurs.