La tyrannie médiatique...
LITTÉRATURE
Les médias ne sont pas un contre-pouvoir, mais le quatrième pouvoir. Partant de ce constat, Jean-Yves Le Gallou, président de la Fondation Polémia, vient de publier un livre remarquable sur l’influence croissante des médias sur notre société.
Polémia est un cercle de réflexion sur Internet qui existe depuis dix ans : «C’est un peu une encyclopédie politiquement incorrecte, puisque nous avons près de 3 000 articles sur des sujets assez divers qui permettent, à chaque fois, d’avoir sur un sujet donné un texte de fond à partir d’un angle qui n’est pas l’angle dominant. Ce qui nous intéresse, c’est d’apporter une réflexion alternative par rapport à celle que l’on peut trouver dans les médias de l’oligarchie».
Son ouvrage permet de se rendre compte que l’on vit dans un univers parallèle où les médias distillent une sorte de feuilleton, de télé-réalité, qui n’est pas toujours vraie et que l’on s’éloigne de plus en plus du monde réel : «Il ne faut pas penser que la désinformation serait due à des erreurs ou des imperfections des journalistes. Au contraire, elle est systémique, car elle est toujours dans le même sens. Les mêmes erreurs par rapport à la vérité, par rapport à la réalité, se reproduisent en permanence parce qu’elles servent le politiquement correct. Aujourd’hui, les médias de l’oligarchie ne sont pas des médias d’information, mais des médias de propagande, qui visent à faire passer un message de rupture des traditions, d’ouverture des frontières, d’antiracisme, d’immigrationisme, et j’en passe…»
Ce qui est passionnant, dans l’étude de Jean-Yves Le Gallou, c’est qu’il démontre comment les médias prennent toujours une photo d’actualité sous le même angle : «Il y a deux ans, tous les médias chantaient les louanges des révolutions arabes et nous savons aujourd’hui qu’en Tunisie, en Égypte, ou en Libye, il y a en fait, non pas le printemps arabe, mais l’hiver islamiste. Tout cela était extrêmement facile à prévoir et à analyser. Nous avons mis en ligne sur Polémia, dès février 2011, un certain nombre d’articles qui permettaient de deviner ce qui allait se passer dans ces pays. Mais aucun grand média à l’époque ne traitait les choses sous un autre angle que celui des Bisounours : la démocratie s’installe dans les pays arabes, c’est formidable… La réalité est malheureusement différente. Il suffisait d’une analyse assez froide, ou de se reporter à certains auteurs, bons connaisseurs du monde africain ou maghrébin, comme Bernard Lugan, par exemple, pour savoir que les choses ne se passeraient pas comme TF1, France 2 ou le Figaro le racontaient».
Or, ces informations n’étaient pas cachées, elles étaient disponibles et il il suffisait simplement de chercher un peu pour les découvrir… Tout le monde craignait ce qui allait se passer, mais personne n’osait le dire : «Vous avez une personnalité importante, Henri Guaino, qui a dit : «On a été naïf dans cette affaire». En fait, c’est inquiétant, parce qu’il était conseiller spécial à l’Élysée, donc il était vraiment au centre de l’appareil d’État. Je ne suis absolument pas certain qu’il ait été totalement naïf. Il avait sans doute été alerté par un certain nombre de notes d’un certain nombre de personnalités sur ce qui risquait d’arriver mais, s’il l’avait dit à l’époque, il aurait signé la fin de sa carrière politique. Donc, il n’a rien dit, il a été prudent, ce qui lui permet aujourd’hui d’être député et de s’exprimer pour dire qu’il s’est trompé. S’il ne s’était pas trompé, il n’aurait pas eu aujourd’hui le droit à la parole. C’est l’un des paradoxes qui vaut aussi bien pour les hommes politiques, les experts ou les journalistes : la condition pour être invité dans les médias, c’est de s’être trompé hier ou avant-hier. Si on ne s’était pas trompé, si l’on avait dit des choses justes, on aurait été éliminé… L’erreur est en quelque sorte la garantie de la longévité politique ou médiatique, c’est évidemment un système extraordinairement pervers».
Alors, il faudra certainement une ou deux générations pour sortir de la tyrannie médiatique, parce que l’Éducation nationale joue aussi un rôle très important : «L’Éducation nationale est une machine à former au conformisme, puisqu’elle développe l’esprit critique en critiquant les idées dominantes d’hier en fonction des idées dominantes aujourd’hui. C’est un entraînement à ne pas avoir l’esprit critique, précisément. C’est un vrai souci. En revanche, je pense que les choses peuvent aller plus vite par rapport au renversement de ce que j’appelle la tyrannie médiatique. Il y a dix ans, il n’y avait guère de possibilités de se renseigner en dehors des médias dominants, des médias de l’oligarchie. Aujourd’hui, grâce aux sites Internet, grâce aux blogs, grâce aux réseaux sociaux, il y a une information alternative qui est facilement disponible, qui se diffuse souvent de manière virale, et qui aboutit à la décrédibilisation des grands médias. Les grands médias sont dominants, mais ils ont perdu leur monopole et, par conséquent, ils sont devenus fragiles. Ils en sont d’ailleurs conscients et ils essaient de s’en sortir par une augmentation considérable du prélèvement qu’ils opèrent sur les citoyens, par les subventions directes ou indirectes… Les subventions à la presse, selon le rapport de la Cour des Comptes, coûtent 45 000 euros par journaliste ! Chaque année, le contribuable verse 45 000 euros par journaliste à la presse écrite pour leur permettre de continuer à nous bobarder».
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