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La colère d’un élu rural face à une décision de l’ARS
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Jacques Genest, maire de Coucouron (Ardèche) : «On est vraiment en train de s’attaquer au monde rural.»
Jacques Genest, maire de Coucouron, un village de 850 habitants situé dans l’Ardèche, vient de signifier à ses administrés qu’il leur est interdit d’être malades pendant la nuit ! L’élu local a ainsi voulu réagir avec ironie à l’initiative de l’Agence régionale de Santé Rhône-Alpes, qui a supprimé la prime de 100 euros versée aux médecins qui étaient de garde la nuit.
Une telle décision est préoccupante, alors que Courcouron doit partager trois médecins avec une trentaine d’autres communes. Le village est à 1150 mètres d’altitude, à plus de trois quarts d’heure de route du SAMU, et bien loin de tout… Face à cela, Jacques Genest n’a pas trouvé d’autre solution que de prendre un arrêté interdisant aux habitants de Coucouron d’être souffrants entre minuit et six heures du matin… L’arrêté municipal fait beaucoup de bruit, c’était évidemment le but recherché... L’élu local répond à nos questions.
L’Hebdo-Bourseplus : Comment vous est venue l’idée de cet arrêté - certes à prendre au second degré - interdisant à vos administrés d’être malades entre minuit et six heures du matin ?
Jacques Genest : Sur le plateau ardéchois, nous avons trois médecins et, depuis dix ans, une semaine sur trois, il y en avait toujours un qui était de garde de minuit à six heures du matin. Nous avions donc toujours un médecin présent sur le secteur entre minuit et six heures du matin. L’Agence régionale de santé donnait une indemnité aux médecins. Tout fonctionnait bien, comme dans le meilleur des mondes, mais un jour un médecin m’a informé avoir reçu un courriel de l’ARS lui annonçant que ces astreintes étaient supprimées. Lorsque j’ai appris cela, j’ai décidé de faire quelque chose et le meilleur moyen, c’était de faire un peu de bruit… Si quelqu’un est malade entre minuit et six heures du matin, nos médecins sont des gens sérieux : s’ils sont là, ils vont répondre, évidemment… Mais s’ils ne sont pas là, on peut très bien se retrouver sans aucun médecin sur place ! Donc, les gens qui sont malades vont téléphoner au 15 et ce sont les pompiers qui vont venir.
Mais il n’y aura pas de médecin avec eux ! On peut aussi faire venir le SMUR : il faut 50 à 60 minutes pour venir du Puy-en-Velay, bien entendu en temps normal, et, lorsqu’il y a de la neige, c’est encore plus difficile… Donc, c’est un cri d’alarme contre toutes ces attaques à l’égard du monde rural. Évidemment, le directeur régional de l’ARS m’a téléphoné : «J’ai un problème, vous auriez dû m’écrire, plutôt que de faire parler de vous de cette manière…» Je me doute qu’il ne m’aurait jamais répondu, si je lui avais écrit ! Après mon intervention, les choses commencent à beaucoup bouger et cela concerne la moitié du territoire de l’Ardèche, mais c’est la même chose dans la Drôme, dans l’Isère et un peu partout en France… Le directeur de l’ARS m’explique qu’il ne fait pas cela pour faire des économies. Je pense qu’il se moque de moi… Et il ajoute qu’il y a peu d’interventions ! Mais il gère la santé et la vie des gens en quantité ou en qualitatif ?