La France Orange mécanique

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

C’est un sujet tabou dans les médias en France : le nombre de vols, d’agressions et de viols atteint des chiffres records. Ainsi, chaque jour, on recense en France 13 000 vols, 2 000 agressions et 200 viols ! Le livre de Laurent Obertone, intitulé «La France Orange mécanique», figure en tête des ventes depuis plusieurs semaines. Michel Houellebecq considère même ce jeune écrivain comme «l’une des grandes signatures de demain».

L’ouvrage décrypte ce phénomène caché, l’ensauvagement d’une nation, alors que l’on préfère officiellement se réfugier dans le «vivre ensemble». Laurent Obertone rappelle que dans la France de 2013, Christiane Taubira, ministre de la Justice, veut rompre avec le tout carcéral mais, dans le même temps, on apprend qu’une centenaire a été poussée au sol et gravement blessée par plusieurs personnes pour une montre… Dans le même temps, on découvre que les barquettes de viande vendues dans un supermarché de Lille doivent être protégées par des antivols, qu’un policier de la BAC a été lynché dans une cité sensible de Montpellier, qu’un Toulousain a eu l’idée saugrenue de klaxonner derrière un véhicule qui bloquait la chaussée d’un quartier populaire et vingt «riverains» lui ont administré une «correction citoyenne», à coups de chaises et de tessons de bouteilles… La liste serait trop longue.

Ainsi, de nos jours, dans certains quartiers de notre pays, un simple regard peut tuer... Cependant, dans les médias, «il y a une volonté de dissimuler la réalité. C’est quelque chose que l’on retrouve dans tout le pays, à tous les échelons du journalisme, il y a vraiment la volonté de cacher quelque chose. Vous évoquez le prénom dissimulé, mais si l’on donne le prénom, on est immédiatement soupçonné de tout un tas d’abominations…»

Pourquoi cette référence au film ? «Orange mécanique est un film précurseur sur cette nouvelle forme d’ultra-violence, gratuite et destructrice, avec des groupes de personnes qui n’ont pas la même morale que la société et pour qui le fait de gloire est vraiment de tabasser un inconnu, parce qu’il n’appartient pas au groupe. C’est une forme de violence que l’on retrouve en France de façon très spectaculaire. Vous avez des groupes d’individus qui ne vivent que pour s’en prendre à des membres de la société qui n’ont rien demandé à personne,. Ce n’est plus le vol romantique du morceau de pain pour survivre : c’est vraiment tabasser pour se faire plaisir et gagner le respect du groupe. La violence a toujours existé, c’est caractéristique du genre humain et du genre animal, mais c’est effectivement une forme de violence tout-à-fait nouvelle, que je qualifierais de tribale. Vous avez au sein de la société plusieurs groupes d’individus qui ont chacun leur morale, leurs lois et leurs règles. Ce qui leur donne un statut au sein de leur groupe, c’est vraiment de s’en prendre aux membres d’autres groupes. Nous sommes vraiment dans une logique de tribus.»

A cette violence tribale vient s’additionner une violence quotidienne de plus en plus forte. On assiste à une crispation extrême de la société. Laurent Obertone rappelle qu’un «sociologue américain a bien expliqué que lorsqu’une société s’hétérogénéisait, on assistait à un effondrement de son capital social : les gens devenaient moins civiques, plus malhonnêtes et plus agressifs. On peut constater cette perte de civisme chaque jour. Aujourd’hui, quand une femme se fait violer dans un RER, les passagers préfèrent regarder ailleurs et on assiste à une agressivité assez généralisée, avec des petits accrochages qui se terminent en meurtres. Des individus sont tabassés à mort parce qu’ils ont eu le malheur d’écorcher une voiture qui n’était pas la leur. La société offre un visage assez radical et, parallèlement, la justice ne suit pas du tout ce mouvement et fait même une sorte de course au laxisme. La situation ne peut donc que s’aggraver».

Dans ce domaine, comme dans d’autres, «il y a une faillite totale des promesses de l’État. Les annonces de nos gouvernants sont très farfelues : on va s’occuper de vos retraites, la sécurité coûte 150 milliards d’euros par an, ne vous inquiétez pas, on réglera la facture… L’État prélève de plus en plus d’impôts, il est au bord de la faillite et il ne peut plus répondre à ses promesses. Donc, les citoyens sont obligés de faire face à eux-mêmes, comme pour leur propre défense. La justice est censée garantir leur sécurité, mais elle n’est plus en état de le faire. On explique aux citoyens qu’ils ne doivent pas se faire justice eux-mêmes, parce que ce n’est pas bien. Mais qui fait la justice, alors ? Nous assisterons probablement à de plus en plus de cas de justice isolée, de vendetta, parce que l’État n’est plus capable d’assurer ce qu’il promet chaque jour aux citoyens».

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.