DRH : Le livre noir de la discrimination.
LITTÉRATURE
Le livre publié par le sociologue Jean-François Amadieu, qui dirige l’Observatoire des discriminations, dénonce la gestion des ressources humaines qui est largement contaminée par des méthodes irrationnelles. Ainsi, l’étude souligne que les hommes grands ont des salaires plus élevés que les hommes de petite taille, que le physique d’un candidat constitue un critère de recrutement et même un critère d’inégalité salariale, et que les femmes de forte corpulence sont clairement ostracisées.
Jean-François Amadieu est professeur à l’université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, spécialiste de gestion des ressources humaines et de relations sociales, et il dirige l’Observatoire des discriminations. Le sociologue souligne que «la subjectivité, c’est-à-dire la préférence que peut avoir un recruteur pour une personne ou pour une autre, on peut la comprendre, mais dans certains cas elle peut prendre un caractère qui est ouvertement illégal. Si vous préférez les noirs ou les blancs, évidemment vous ne pouvez pas fonder votre choix sur de telles affinités. L’objectif poursuivi est de rendre plus objective la sélection. Si tout repose sur le feeling, on ne recrute pas les plus compétents... C’est aussi le problème».
Ainsi, «il ne faut pas oublier que les individus peuvent être dans certains cas favorisés, d’autres défavorisés. Tout cela en fonction de votre appartenance religieuse supposée, de votre orientation sexuelle, ou de votre âge. Dans certains cas, on peut gagner ou perdre. Le constat global, quand vous prenez les 19 facteurs identifiés de discriminations dans la loi, vous vous apercevez que le système produit beaucoup d’injustices. Pas seulement parce que certains candidats ont une meilleure compétence, ou une meilleure personnalité… Le traitement inégal des candidatures ne repose pas sur des bases objectives. Par exemple, les personnes qui sont obèses, particulièrement les femmes, sont très souvent écartées de beaucoup d’emplois, c’est une évidence, même si elles sont souriantes. On peut trouver normal d’avoir ce comportement, mais cela ne l’est pas, c’est la même chose pour les seniors. Même si un senior est très avenant ou très souriant, il aura les plus grandes peines à être recruté dans des emplois liés à la vente ou à l’accueil. La question de l’emploi des seniors est très importante».
Autre tendance, ce que l’on appelle le «piston» : «La crise a un effet majeur qui n’est paradoxalement pas de favoriser la recherche des compétences. Les parents veulent aider davantage leurs enfant et la compétition pour trouver un stage est très importante. Souvent, on trouve un stage grâce à la famille et aux amis. Aujourd’hui, quand vous regardez le marché du travail en France, dans six recrutements sur dix, un seul dossier de candidature a été examiné. On n’a pas regardé d’autres CV, on n’a pas mis en concurrence d’autres candidats, donc la situation n’est pas celle d’une compétition avec trente candidats pour un poste. Cela existe dans certaines entreprises, pour certains postes, mais l’essentiel du marché ce n’est pas cela, c’est essentiellement des réseaux. La concurrence et la mise en compétition, c’est une vision un peu idyllique du marché du travail, ce n’est malheureusement pas tout le marché de travail.»
Jean-François Amadieu regrette cette dictature du physique : «Sur un certain nombre de sites de recrutement, on n’hésite pas à demander des photos en pied et même les mensurations… Tout cela est anormal. Il ne faudrait pas que l’âge apparaisse comme une première information. On pourrait mettre en place des techniques objectives de mesure des compétences, comme celles de Pôle Emploi, avec des mises en situation et des simulations d’activités professionnelles. Si l’on était un peu plus impersonnel, pour une partie du recrutement, on donnerait une chance à d’autres personnes. La dernière enquête de l’APEC, qui a été publiée au mois de janvier, montre que les employeurs sont encore très attachés au fait d’avoir une photo des candidats et l’âge reste pour eux un critère de choix. Nous avons un problème et nous sommes dans une situation très préjudiciable. De plus en plus, la situation se dégrade».
Pourtant, Jean-François Amadieu estime que les DRH devraient faire un effort car les clients sont ouverts à la différence : «J’ai fait des études pour La Poste ou pour SFR sur des vendeurs pour montrer que des personnes qui ont un handicap visible peuvent donner satisfaction aux clients. Dans les métiers de la vente ou de la restauration, lorsqu’il y a contact avec la clientèle, il y a malheureusement cette conviction que le client a besoin de rêver devant une belle personne. C’est très préjudiciable à beaucoup de femmes en particulier. Ce sont des pratiques illégales. Je pense que le Défenseur des droits pourrait agir, mais c’est aussi un mauvais raisonnement. Même si l’on s’attache à la performance, aux résultats économiques, on a intérêt à montrer un profil différent. Où est le problème d’avoir une dame qui est senior et qui renseigne le client ?»
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