Au diable la tiédeur avec le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine !

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Les deux livres du Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, «Croire» et «Au diable la tiédeur», sont des succès de librairie et l’on ne peut que s’en réjouir ! Ce sont deux ouvrages magnifiques et très complémentaires, qui bouleversent tous leurs lecteurs, et l’on comprend rapidement pourquoi ces livres suscitent autant de retentissement. C’est aussi le signe que les Français évoluent, notamment face à un gouvernement qui s’efforce paradoxalement d’instaurer la laïcité comme une nouvelle religion.

Plusieurs messages sont lancés dans ces deux ouvrages. Le plus important, c’est que l’église et les prêtres doivent recouvrer leur statut dans notre organisation sociale. Le Père Zanotti-Sorkine, que nous avons interrogé, déclare avec fougue : «L’église doit prendre, ou reprendre sa place ! Mais, prendre sa place, c’est tout simplement rappeler à la société, à la modernité, que le Christ peut continuer d’être la grande lumière du monde. Notre premier rôle, en tant que prêtres, comme tous ceux qui aiment le Christ profondément, c’est de le faire connaître et de le faire aimer pour que cette société ne vive pas simplement à l’horizontale».

Le livre «Au diable la tiédeur» est destiné aux prêtres comme aux fidèles : «Vous savez, il est presque plus difficile de s’adresser aux prêtres ! Ce livre, je l’ai d’abord écrit pour moi-même, pour me dire comment je devais vivre le sacerdoce. En même temps, si des confrères peuvent trouver là quelques lumières, tant mieux. Pour changer le cœur d’un prêtre, c’est très, très compliqué… Pour ce qui regarde les catholiques, il est évident que ceux qui ont quitté la pratique religieuse mais qui continuent de croire sont légion. Il faut en effet essayer de leur parler tout simplement pour leur montrer qu’ils passent à côté de véritables trésors. On appelle cela la pratique religieuse, mais c’est un terme qui n’est pas très beau, c’est toute cette vie intime, comme si vous aimiez quelqu’un et que vous ne passiez jamais de temps avec cette personne… J’ai voulu rappeler à tous ces catholiques que prier simplement, en imaginant que Dieu est au-dessus de notre tête, en laissant tomber la messe, en laissant tomber la prière communautaire, c’est vraiment dommage, parce que nous retournons en arrière et nous prions comme les premiers hommes qui cherchent quelque chose au-dessus d’eux qui pourrait les soutenir. La mort du Christ, ce qu’il nous a demandé de vivre et d’assumer, à travers l’eucharistie, puisque nous croyons vraiment que c’est son corps, c’est quand même dommage de s’en passer ! C’est ce que j’ai essayé de dire à travers ce livre».

Le Père Zanotti-Sorkine nous invite à espérer et à aller de l’avant. Pourtant, il semble difficile d’inverser cette tendance alors que dans notre civilisation contemporaine, les hommes politiques nous rabâchent à longueur de temps que nous vivons dans une république laïque et que nous devons cacher soigneusement tout signe d’appartenance à une religion… Ainsi, tout est fait pour culpabiliser les chrétiens. Qu’en pense-t-il ? Réponse : «Il faut surtout que les chrétiens n’écoutent pas ces mauvaises voix, ces voix qui viennent des serviteurs du néant, il faut absolument les contrer. Eux savent l’importance de l’habit religieux, l’importance de la soutane, l’importance d’un voile sur la tête d’une religieuse… Ils savent très bien que lorsque le prêtre circule dans les rues d’une ville, ou lorsqu’une religieuse est présente, immédiatement c’est le Christ qui ramasse les fruits. C’est pourquoi dans les régimes les plus dictatoriaux que nous avons connus sur la terre, notamment ceux qui sont issus du marxisme, on a interdit le port de l’habit religieux. Ce qui est terrible dans notre vieille Europe, c’est que nous avons encore le droit - peut-être pas dans certains lieux publics comme les écoles - de circuler avec ces signes. Il serait dommage de ne pas en profiter ! Ici, à Marseille, au milieu du monde musulman qui est extrêmement présent dans la ville, je vous assure que si je quittais ma soutane, je n’existerais plus et l’église serait totalement absente. Il est très important de pouvoir s’adresser au tout-venant. Le prêtre qui se met en civil n’est pas moins bon que moi, mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne va plus s’adresser qu’à des fidèles. Or, mon intention est de rejoindre ceux qui sont loin de la foi, ceux qui n’entrent jamais dans les églises et qui vont croiser dans la ville la figure du prêtre… C’est assez révélateur et, croyez-moi, dans la rue ou dans le train, les personnes viennent vers moi, elles me font un petit sourire et nous commençons à parler. Ce n’est pas du tout pour s’imposer au sein de la société que ces signes sont importants : il s’agit de donner la chance à l’homme de rencontrer un homme de Dieu et de pouvoir parler avec lui, même pour le contredire, mais il faut qu’il se passe quelque chose…»

Ce discours va évidemment à l’encontre de nos gouvernants qui s’évertuent à tenter d’imposer l’idéologie républicaine comme une forme de contre-religion dans notre pays. Cependant, le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine refuse d’entrer dans le jeu politique : «Les prêtres doivent se situer au-dessus de tout cela, même dans les débats contemporains, il faut que les prêtres restent à 20 centimètres du sol… Même le Christ, dans sa propre vie, ne s’est pas trop mêlé des affaires politiques, il a rendu à César ce qui était à César... Mais en même temps, on peut essayer de faire réfléchir, d’inciter les êtres à réfléchir à la société qui est en train de se construire. L’autre jour, j’ai entendu Vincent Peillon : il est évident qu’il désire remplacer l’église par une religion laïque. Eh bien, il n’y arrivera pas ! Je le lui dis bien simplement à travers vous : il n’y arrivera pas, parce que l’on ne peut pas évacuer le Christ ! Le Christ est ici, avec nous, jusqu’à la fin du monde. Voltaire avait dit que dans quelque temps on ne parlerait plus du Nazaréen, alors je ne dis pas que l’on ne parle plus de Voltaire, mais il est peu lu aujourd’hui, ce qui est dommage d’ailleurs, vous voyez qu’il n’a pas réussi ! Je crois que ces hommes qui nous gouvernent peuvent faire tout ce qu’ils veulent, aujourd’hui comme hier. Ils n’élimineront pas la dimension transcendantale de l’homme et, par conséquent, le Christ continuera son œuvre sur terre».

Le prêtre et auteur ajoute : «Cette dimension, j’y tiens, pour ne pas être enlisé. Encore une fois, nous devons révéler la vie éternelle. Nous savons qu’il faut essayer de construire ce monde, pour qu’il soit le plus juste possible, mais, en ce qui me concerne, je ne me fais pas d’illusions, il y a eu des milliers de fois des lois iniques qui ont été édictées sur la terre, eh bien, cela n’a pas empêché le Christ de faire son chemin. Parfois, lorsque nous descendons extrêmement bas, c’est tout le mystère du trampoline, nous arrivons à prendre appui sur cette bassesse et à remonter très haut. Donc, je ne m’inquiète pas outre mesure...»

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