Saint-Gobain : un géant bien géré.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Quand on est plus que tricentenaire, on sait prendre son temps pour valoriser un actif que l’on désire céder. L’opération Verallia North America prouve que les dirigeants de Saint-Gobain (trois patrons en trente ans) savent prendre le temps et en faire un allié.
Au tout début de 2007, il y a six ans déjà, Saint-Gobain avait annoncé céder son « pôle conditionnement » qu’il a rebaptisé, ultérieurement, Verallia. En juin 2011, dans le cadre d’une cession programmée, une introduction en Bourse avait été envisagée pour mettre 40% du capital de Verallia, Saint-Gobain en espérait 900 millions d’euros environ. Le groupe, qui avait été obligé, à cause des conditions de marché et de la faible appétence des fonds institutionnels à acheter des titres Verallia, a conservé sa filiale qui, bon an mal an, s’est développée en 2011 comme en 2012. Pourtant, le numéro mondial des métiers de l’habitat, plus spécialisé maintenant dans les matériaux innovants, les produits pour la construction et la distribution de produits permettant la réduction d’énergie, ne cachait pas, de réunions d’analystes en réunions d’analystes, que son pôle emballage restait à vendre, certes, mais qu’il ne serait jamais bradé. En surprenant complètement le marché, la compagnie de Saint-Gobain, plus que tricentenaire, qui a le temps pour elle, vient d’annoncer, ce lundi, la conclusion d’un accord avec le groupe Ardagh, qui porte sur les actifs américains de Verallia, lesquels représentent 31% du chiffre d’affaires, soit à peu près 3% seulement du chiffre d’affaires consolidé de la compagnie de Saint-Gobain. Ce qu’il faut noter c’est que le temps n’a pas entraîné une baisse de valeur, au contraire. Alors que le groupe cherchait 900 millions d’euros pour 40% de tout Verallia, la vente d’un tout petit tiers se réalise sur la base de presque 1,3 milliard d’euros, une valeur d’entreprise, dette comprise, de 1,694 milliard de dollars.
Une belle valorisation.
Dans cette cession, le multiple qui a été retenu, 6 fois l’excédent brut d’exploitation avant impôts et amortissement (EBITDA), estimé de 2012 de Verallia North America, est très supérieur aux transactions effectuées dans le secteur durant ces dernières années, la plupart du temps entre 5,5 et 6 fois. En appliquant ce ratio à l’activité restante en Europe et en Amérique latine, la valorisation potentielle est de l’ordre de 3,25 milliards d’euros pour le solde de Verallia soit un total de 4,5 milliards d’euros, nettement supérieur aux estimations « raisonnables » du marché au mois de juin 2011. Le groupe renforce son bilan assez prodigieusement, continue de se désendetter et, de plus, se donne une marge de manœuvre pour réaliser quelques petites acquisitions en cas d’opportunités. Le groupe acquéreur devient le numéro un du conditionnement en verre aux Etats-Unis, c’est pour cette raison qu’il a dû payer une prime. L’été dernier, il avait acheté l’américain Anchor Glass, avec Verallia North America, il devient nettement le numéro un même s’il n’est pas dominant, devant le groupe Owen-Illinois. Saint-Gobain n’est pas pressé pour vendre le solde de Verallia. Comme déjà souligné plus haut, cette activité est très rentable, récurrente, la fabrication de bouteilles n’est pas destinée à disparaître d’un coup. Bizarrement, le titre Saint-Gobain a baissé suite à cette annonce, qui a eu un effet « déclencheur » de prises de bénéfices pour les actionnaires qui avaient ramassé des titres entre 24 et 25 euros et, qui, vers 33 euros ou un peu plus, ont considéré que leur gain était suffisant. Ils ont profité d’une bonne liquidité alors, ils ont vendu. Saint-Gobain a réalisé une année 2012 médiocre sachant toutefois qu’elle n’est pas complètement mauvaise. Au premier semestre, le numéro un mondial avait réalisé un résultat d’exploitation en baisse de 12,1%, à 1,512 milliard d’euros. Sur le second semestre, avec une base de comparaison assez élevée, il y aura un recul un peu plus prononcé de l’ordre de moins 15 à moins 20%. L’activité verre plat n’est pas franchement bonne, que ce soit les débouchés pour le bâtiment ou que ce soit pour l’industrie automobile.
L’Europe a pénalisé le S2 de 2012.
C’est un groupe particulièrement implanté en Europe où la production s’est réduite en 2012 avec une accentuation au second semestre pour déstocker. Les chiffres publiés, fin octobre, qui concernent les neuf premiers mois de l’année 2012, montrent que le groupe Saint-Gobain a enregistré une légère accélération de la baisse de ses volumes au troisième trimestre, le quatrième trimestre de 2012 restera sur cette même tendance. L’activité baisse en volumes, mais les prix de vente ont augmenté répercutant notamment partiellement la hausse des coûts énergétiques. Étant numéro un dans son secteur d’activité, Saint-Gobain peut répercuter les hausses de prix subies auprès de ses clients. Cela évite un pincement beaucoup plus prononcé des marges. Sur les neuf premiers mois de l’année 2012, le chiffre d’affaires a été quand même en croissance de 2,9% à 32,54 milliards d’euros, contre 31,63 milliards d’euros en 2011 sur la même période, qui comprenait, pourtant, une activité dopée en Amérique du Nord par de nombreuses reconstructions suite aux tornades. Quelques acquisitions, l’appréciation du dollar américain, de la livre sterling, par rapport à l’euro, les hausses de tarifs, expliquent cette hausse du chiffre d’affaires malgré des volumes en baisse. À données comparables, le chiffre d’affaires a reculé de moins 1,8%.
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