Les lendemains du mariage pour tous...

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Thibaud Collin est philosophe. Il a notamment rédigé, avec Nicolas Sarkozy, le livre intitulé «La République, les religions, l’espérance». C’est un ouvrage d’actualité qu’il vient de signer, dont le titre est «Les lendemains du mariage gay : vers la fin du mariage ?». Son approche est différente puisque c’est celle d’un philosophe conjuguée à celle d’un juriste. Il estime que le rôle du philosophe consiste également à s’interroger sur la justice dans la vie sociale et politique. «Lorsqu’une loi est présentée aux parlementaires, la première grande question qu’il faut se poser est de savoir si cette loi est juste ou injuste… Or, la justice est perçue comme une égalité des droits par le gouvernement. Mais de quelle égalité parle-t-on ? On nous explique qu’il y a les couples hétérosexuels qui peuvent se marier et les couples homosexuels qui ne peuvent pas se marier, donc il y a une injustice… D’abord, on ne se marie pas en tant que couple, mais en tant qu’individu, puisque le mariage est une liberté donnée à chaque individu. Il y a des conditions objectives au mariage : actuellement, la différence des sexes, la monogamie et l’interdit de l’inceste. On nous explique que certaines personnes ne peuvent pas se marier et que c’est une injustice. Comme le mariage ouvre ipso facto la possibilité de la filiation, dans les parties en présence, il y a des enfants qui sont adoptables ou procréables, et qui auront un lien de filiation avec ces adultes. On va leur expliquer : «Ces deux hommes, ce sont tes deux pères…» Il me semble qu’il y a une profonde injustice faite à ces enfants parce que l’État va instituer qu’il y a deux sortes d’enfants en France : ceux qui auront le droit d’avoir un père et une mère, et ceux qui auront le droit d’avoir deux pères ou deux mères. Au nom de quoi l’État peut-il priver délibérément et a priori certains enfants du droit d’avoir un père et une mère ?» Thibaud Collin insiste sur le fait qu’il s’agit d’un sujet très complexe, puisque l’on bouleverse une organisation qui existe depuis des millénaires et dans toutes les civilisations : «Christiane Taubira a reconnu que c’était une réforme de civilisation et, en quelques mois, avec les aléas de la vie parlementaire, on prétend basculer dans une nouvelle civilisation, c’est-à-dire une civilisation dans laquelle les liens familiaux sont uniquement fondés sur la volonté d’adultes et l’on sait que la volonté est quelque chose qui évolue. Depuis toujours, les êtres humains ont cherché à donner des référents à cette volonté pour lui conférer une stabilité et le rôle du mariage, c’est de donner un cadre juridique à la vie de famille afin de permettre aux enfants de s’épanouir et de grandir. On bascule davantage dans une civilisation où c’est la volonté humaine, la volonté de certains adultes, puisque l’on ne demande pas leur avis aux enfants, qui consiste à définir ce que sera une famille. Cela me paraît accentuer la dérégulation de la famille et de la société. On peut s’étonner qu’un gouvernement qui a mis la justice comme priorité, et qui cherche à réguler la vie sociale, contribue totalement à la dérégulation de la vie sociale dans l’un de ses aspects les plus fondamentaux, c’est-à-dire la vie de famille». Le point fondamental de cette réforme en préparation, c’est l’objectif  déologique de changer la société : «On vit dans une sorte de schizophrénie intellectuelle, qui a des fondements idéologiques, où l’être humain veut absolument sortir de la nature, veut voir la nature comme un environnement à son profit, mais il ne reconnaît pas qu’il a des différences structurantes qui viennent de sa nature et de son humanité. Il y a une sorte de démesure qui voudrait que l’être humain, par la puissance de sa volonté, soit capable de créer un homme nouveau. Malheureusement, toutes les grandes idéologies du XXème siècle ont voulu créer un homme nouveau. On est devant une véritable idéologie libertaire, où l’être humain veut devenir l’alpha et l’oméga de ce qu’il est. Le problème le plus grave, c’est l’injustice faite aux plus petits, aux plus faibles, auxquels on ne demande évidemment pas leur avis…» Le projet gouvernemental est donc presque machiavélique : «Il y a une volonté idéologique de changer le modèle de la famille et de la sexualité humaine. S’il s’agissait simplement de résoudre des problèmes concrets et pratiques, on peut le faire avec des outils juridiques, mais on voit clairement que nous ne sommes pas du tout dans ce domaine, mais dans une volonté de créer une nouvelle manière de comprendre la famille. La clé de voûte de la compréhension de la sexualité de la famille, c’est le mariage. Il ne s’agit pas d’ouvrir le mariage des individus qui, soi-disant, ne pourraient pas se marier, mais il s’agit surtout de créer un nouveau mariage, une nouvelle filiation qui sera fondée sur la seule volonté explicite d’adultes». Ainsi, l’analyse de Thibaud Collin montre que l’on entre dans une société de consommation familiale : «D’une certaine manière, on va commander des enfants. Le désir d’enfant est un désir très puissant chez tous les êtres humains, la seule question est de savoir si ce désir donne le droit immédiat à établir un lien de filiation, ou s’il y a des conditions objectives, prévues par la nature et relayées par le droit, pour comprendre que ce désir d’enfant va avoir des conséquences sur une autre personne qu’est justement cet enfant. Cet enfant a des droits que l’on doit respecter et l’on ne peut pas simplement le prendre comme le but d’un désir ou un objet de désir…» Un livre qui présente opportunément l’avantage de nous permettre de prolonger notre réflexion sur cette question si sensible du mariage pour tous.

«Les lendemains du mariage gay : vers la fin du mariage ?» de Thibaud Collin est publié aux Editions Salvator.

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