Christian Flavigny : un pédopsychiatre analyse les conséquences du mariage pour tous.
LITTÉRATURE
Christian Flavigny est pédopsychiatre et psychanalyste. Il dirige le département de psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent à l’Hôpital de la Salpêtrière. Il a été auditionné par les commissions parlementaires de l’Assemblée Nationale et du Sénat et il a participé au Forum de Bioéthique organisé par le Ministère de la Santé. Il a consacré de nombreux travaux au thème de la modernité de la vie familiale. Parmi ses ouvrages, il a publié «La Querelle du Genre» en 2012 aux PUF.
Son dernier livre, intitulé «Je veux papa et maman», est évidemment d’actualité. L’expert n’y aborde pas la question du mariage pour tous, mais ses conséquences sur les enfants : «C’est la question de l’enfant qui est posée et qu’il ne faut pas éluder. On a la tentation de résumer cette affaire du mariage pour tous à l’union entre deux personnes. Si ce n’est que cela, il n’y a pas de problème, mais c’est la question de l’enfant et de la filiation qui est posée. À travers cela, la question, ce n’est pas seulement qu’un enfant se retrouve privé de son père ou de sa mère dans les faits. On sait que cela arrive avec des configurations diverses, mais la question, c’est que les enfants seraient privés du droit d’avoir leur père et leur mère, comme si l’on considérait que cela n’aurait aucune importance, alors que ce serait une privation essentielle dans leur vie affective et psychique». Un père et une mère nous dit-on, pourtant, il y a de plus en plus d’enfants élevés seuls, comme dit la chanson, elle voulait «un bébé toute seule…» L’auteur souligne que ce n’est pas la même chose, «parce que c’est une situation personnelle, ce n’est pas un principe qui est en jeu. Cette situation interroge l’enfant qui se demande pourquoi il n’a pas pu retenir son père. La première réaction de l’enfant est de se demander s’il est responsable de cette situation. L’enfant sait qu’il y a eu une rencontre entre un père et une mère et que le père est parti. Ce n’est pas du tout la même situation pour une vie homosexuelle où, à ce moment-là, il n’y a pas eu du tout l’implication d’un père, même de manière extrêmement fugace. C’est un cas de figure encore plus délicat parce qu’il faut que l’enfant puisse comprendre que, là encore, ce n’est pas de son fait à lui, mais du fait de la vie homosexuelle de son père ou de sa mère. Si la femme ne cherche pas à ce que sa compagne homosexuelle soit un deuxième parent, à ce moment-là, les choses pourront plus aisément se clarifier pour l’enfant. Oui, il n’a pas eu de père, mais ce n’est pas de son fait, c’est en raison de la vie homosexuelle de sa mère. À ce moment là, les choses pourront se clarifier. J’estime que le projet de loi viendrait plutôt brouiller la méditation et la compréhension de cet enfant en faisant en sorte que la compagne de vie homosexuelle de sa mère serait en quelque sorte un deuxième parent. Ce n’est pas l’intérêt de cet enfant». Finalement, cet ouvrage nous confirme que tous les enfants qui n’ont pas eu un père ou une mère dans un cercle traditionnel, à un moment donné, s’interrogent toujours sur leur responsabilité à cet égard : «Tout enfant est dans un questionnement : est-ce que je suis le bon enfant pour mes parents ? Cela peut concerner aussi des parents qui vivent ensemble. Tout enfant est dans l’inspiration à être l’incarnation d’une rencontre entre un père et une mère. C’est la romance qui est au fond de chaque enfant : ils se sont rencontrés et ils ont désiré que je vienne et que je sois d’une certaine manière l’incarnation de leurs relations. C’est le scénario auquel tout enfant aspire. La vie est évidemment plus complexe et l’enfant doit pouvoir comprendre et surmonter cela. Il y a des parents qui se séparent, l’enfant se pose des questions parce qu’il n’a pas la représentation de ses parents ensemble, ce n’est pas quelque chose qu’il faut banaliser. Le cas de figure encore plus délicat, c’est lorsqu’il n’y a jamais eu au départ de sa vie un père et une mère». Pourtant, dans le cadre de ce débat sur le mariage pour tous, certains évoquent de nombreux travaux publiés à l’étranger qui indiquent que l’impact ne serait pas si important pour l’enfant. Or, Christian Flavigny estime que «les études ont une approche superficielle de la question. S’il s’agit seulement de nourrir un enfant et de l’éduquer, le fait que les parents soient de même sexe ou de sexe différent, cela n’a pas d’incidence… C’est sur le plan des représentations intérieures, sur le plan de ce qui fonde son être, c’est là qu’il y a une incidence. Ces études nécessitent du recul et une approche un peu plus différente. On ne peut pas banaliser cela en disant que, lorsque deux parents sont du même sexe, c’est la même chose. Sur le plan de la représentation de l’enfant, ce n’est pas pareil, sur le plan de la vie éducative, c’est évidemment pareil… La raison d’être est totalement différente. Les études tentent de banaliser les choses en nous expliquant que c’est la même chose sur le plan éducatif. Ce qui est très important, c’est de ne pas chercher à imposer le compagnon ou la compagne de vie homosexuelle comme un deuxième parent. C’est le plan sur lequel je travaille avec les familles que je reçois. Lorsque l’on arrive à bien distinguer les choses, entre la vie affective et la filiation, à ce moment-là l’enfant s’y retrouve beaucoup plus aisément. Voilà pourquoi je conteste un projet de loi qui vient au contraire brouiller les choses». Mais peut-on penser que les choses se banaliseront avec la théorie du genre qui arrive dans l’Education nationale ? L’expert répond : «C’est une pure idéologie, on est dans l’inversion complète par rapport à la théorie naturaliste ancienne. Je conteste la façon dont la théorie du genre prend corps au sein de l’Education nationale. Nous sommes dans des repères complètement idéologiques. On prépare un véritable bouleversement des fondements mêmes de la famille et de la conception que nous en avons. On prend comme argument le fait que cela existe à l’étranger, donc on peut bien le faire chez nous… Un pays comme les Etats-Unis a validé cette pratique du droit à l’enfant parce qu’ils ont fondé toute les dynamiques de la vie sociétale et familiale sur les principes religieux. Les Etats-Unis sont une société religieuse et la plupart des sociétés qui ont entériné ce droit à l’enfant fondent leur anthropologie familiale sur les fondements religieux. Aux Etats-Unis, c’est le mariage religieux qui compte, le mariage civil n’est qu’une formalité administrative. Aux Etats-Unis, le président prête serment sur la Bible. La culture française est basée sur un principe de laïcité qui interdit de manipuler les repères familiaux parce que l’enjeu est complètement différent». C’est donc un livre passionnant qui nous permet de mieux comprendre les enjeux sensibles de ce débat de société.
«Je veux papa et maman» de Christian Flavigny est publié aux Editions Salvator.
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