Jean-Paul Gourévitch nous plonge dans l’univers des récompenses et des punitions...

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

C’est un très beau livre, pour cette fin d’année, que nous propose Jean-Paul Gourévitch qui a effectué un  remarquable travail de recherche sur l’histoire des récompenses et des punitions. L’écrivain et sociologue nous présente un superbe album d’images, classées par thème et par époque, sur le système d’éducation des jeunes enfants. L’auteur souligne qu’il s’adresse à toutes les générations : «Je travaille sur les problèmes d’éducation depuis une trentaine d’années et j’ai une belle collection d’iconographies, puisque j’entasse des bons points et des distributions de prix. J’ai fait un certain nombre de recherches dans ce domaine. Si j’ai voulu publier cet ouvrage, c’est à la fois pour les seniors - cela leur rappellera leur enfance - mais surtout parce qu’aujourd’hui, les récompenses et les punitions ont presque totalement disparu de l’univers scolaire. Il n’y a plus de distribution de prix, il n’y a plus de bons points, il n’y a plus de fessées, évidemment, et les jeunes ne savent pas ce qui se passait il y a une trentaine ou une quarantaine d’années. Je me souviens de l’époque où j’ai reçu des prix, des félicitations et des avertissements… Cela fait partie de l’univers que nous avons connu et il ne faut surtout pas que cette mémoire disparaisse…»

En parcourant cet ouvrage, on constate que la créativité dans ce domaine a été sans limites, surtout en ce qui concerne le châtiment : «On pense toujours aux colles, mais il y a eu le bonnet d’âne, le cabinet noir où l’on enfermait les mauvais élèves pour les laisser seuls... Il y avait le piquet, il y avait les écriteaux dans le dos… Quand on regarde toute l’histoire des récompenses et des punitions, on s’aperçoit que cela existe depuis l’Antiquité. J’ai retrouvé des images du Moyen-Âge avec les fessées données aux mauvais élèves, qui étaient attachés par les mains et par les pieds, et qui recevaient des coups de verges pour leur apprendre à suivre leur maître et à bien réciter leurs leçons !»

Au final, à travers cette évocation historique, on observe que les bons sont toujours récompensés et les méchants toujours punis : «Je n’ai pas voulu me limiter au domaine de l’éducation, parce que cela concerne toute la société. Il y a l’univers familial, l’univers des contes, ou l’univers des fables… Même dans la littérature, il y a des récompenses et des punitions : souvenez-vous des sœurs de Cendrillon qui envoyaient des vipères et des crapauds partout, souvenez-vous de Barbe-Bleue... Il y a vraiment une mythologie des récompenses et des punitions qui nous ont accompagnés pendant toute notre vie».

Autre enseignement dispensé par cet ouvrage, les motifs de sanction ont été très différents selon les époques. Parfois cela relevait du non respect des valeurs morales, des valeurs religieuses ou des valeurs républicaines, mais le fait est que ces récompenses et ces punitions ont forgé la société dans laquelle nous vivons : «Au début du XXème siècle, on avait des bons points républicains et, de l’autre côté, on avait des bons points chrétiens, selon les écoles, et ce n’était pas du tout les mêmes. On a même vu des bons points politiques, puisque Napoléon III faisait faire des bons points à son image, que l’on distribuait aux élèves… Ce qui est extraordinaire, c’est la mise en condition de la jeunesse pour qu’elle adhère à des idéaux politiques. Sous l’Occupation, vous aviez les bons points du Maréchal…»

Les récompenses et les punitions ont disparu, mais il y a toujours une manipulation des cerveaux vulnérables pour que la jeunesse adhère à des idéaux politiques… Jean-Paul Gourévitch partage ce constat : «Cela n’a pas changé, mais c’est beaucoup plus discret… Il y a une sorte de propagande scolaire qui fait qu’un certain nombre d’enseignants, qui sont parfois des militants, confondent l’enseignement qu’ils doivent donner, qui doit être neutre et laïc, avec leurs opinions personnelles. On a vu des enseignants pousser leurs élèves à aller manifester avec eux, sans toujours leur expliquer quelle était la véritable raison de ces manifestations…»

L’auteur semble nostalgique de cette époque révolue de la reconnaissance du mérite : «Notre travail d’historien consiste à montrer que ce système de récompenses et de punitions a forgé une idéologie du mérite, une idéologie de la République et une idéologie de l’ascension sociale qui ne s’obtient pas d’un seul coup, mais par un escalier dont on gravit péniblement chacune des marches… Au fond, quand on pense à la distribution des prix, il fallait monter sur l’estrade pour recevoir son prix, et c’est un petit peu cela, l’image du mérite et de l’école républicaine».

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