Qui sont les «Tueurs de masse» ?
LITTÉRATURE
Les tueurs de masse intriguent, leurs actions inspirent les scénaristes au cinéma, mais qui sont-ils réellement ? En trente ans, les tueurs de masse ont fait 800 morts dans le monde et l’on recense en moyenne 7 tueries par an. Après la dramatique fusillade d’Aurora, Olivier Hassid et Julien Marcel se sont livrés à une enquête comparative sur les 120 tueurs de masse répertoriés depuis trente ans. Olivier Hassid est docteur en sciences économiques, il dirige la revue Sécurité & Stratégie. Julien Marcel est l’auteur de nombreux articles relatifs à la criminologie et chargé de mission au Club des Directeurs de Sécurité des Entreprises (CDSE).
Le livre, publié aux Éditions Eyrolles, est sorti deux mois avant l’événement tragique qui s’est déroulé à Aurora. Or, ce sinistre fait divers a pour effet de conférer à l’ouvrage une forte médiatisation. Julien Marcel, que nous avons interrogé, souligne qu’il ne faut pas confondre les tueurs de masse avec les tueurs en série : «Le tueur de masse diffère du tueur en série selon plusieurs critères. Il y a d’abord le critère de temporalité : le tueur de masse va agir sur une période très courte, en général moins de 24 heures. Il va aussi agir dans un lieu unique, alors que le tueur en série va agir sur une durée beaucoup plus longue et dans une multitude d’endroits. Le tueur de masse va avoir tendance à agir dans un lieu très exposé au public, parce que son objectif est de faire du chiffre, alors que le tueur en série va avoir tendance à agir à l’abri des regards. L’autre différence, c’est l’intérêt des tueurs à l’égard des victimes. Le tueur en série fait attention à l’identité des personnes qu’il va tuer, avec des critères très précis de sexe, d’âge, de couleur de peau ou de cheveux. Le tueur de masse s’attaque à un groupe moins identifié : cela peut être des féministes, des étrangers, des jeunes, ou tout simplement la société…»
Il ne faut pas non plus confondre le tueur de masse avec le terroriste, qui agit en fonction de critères idéologiques : «Le tueur de masse inscrit son acte dans sa propre histoire, qui est en général parsemée d’échecs, et il cible un groupe de personnes comme étant responsables de ses échecs répétés. Contrairement à un suicide, où la personne se retourne contre elle-même de manière violente, le tueur de masse se retourne contre une catégorie de la population qu’il a identifiée comme étant source de son mal-être».
Ensuite, «il va avoir tendance à essayer de construire un message qu’il pourra emprunter à certaines idéologies, mais ce sera toujours assez maladroit, parce qu’il est isolé et parce qu’il n’appartient pas à un réseau. C’est donc très différent d’un terroriste». La question des tueurs de masse est en train de devenir un véritable sujet de préoccupation pour les États, comme pour les entreprises : «Ces tueries de masse inquiètent de plus en plus et questionnent sur l’efficacité des États en termes de sécurité.»
Certes, les actes de tuerie de masse ont toujours existé, mais Julien Marcel observe qu’ils sont devenus plus fréquents et ont pris davantage d’importance depuis une trentaine d’années : «Depuis les années 80, il y a une recrudescence des passages à l’acte sur le territoire américain, ce niveau ne descend pas aux États-Unis et il commence à toucher l’Europe. C’est un phénomène que l’on observe dans les sociétés modernes où l’on trouve une forme d’individualisme assez exacerbé. Ces tueurs sont dans des situations d’échec assez importantes et ils n’ont pas les codes leur permettant de se socialiser normalement. Ils se retrouvent donc sur le côté de la route».
La question que tout le monde se pose concerne évidemment la part de l’influence de la télévision et des jeux vidéo sur des esprits faibles et tourmentés. Julien Marcel est catégorique : «Nous ne croyons pas à la théorie du jeu vidéo hypnotique ou à la théorie du film d’action, qui pousseraient des jeunes gens à rentrer dans leur école pour tirer sur leurs camarades. Cependant, on peut pas dire que cela n’ait pas une influence, mais c’est une influence limitée. Les vidéos et les films d’action sont réutilisés pour les codes qu’ils véhiculent. Les tueurs en masse vont arborer une tenue avant de passer à l’acte et ils vont souvent s’inspirer de cette culture populaire inspirée par les jeux vidéo et les films d’action, afin de se mettre en position de supériorité vis-à-vis de leurs victimes. Ce sont des gens qui veulent apparaître comme supérieurs, avec un droit de vie ou de mort…».
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