Dassault Aviation : des Falcon, des Rafale... et 3,5 milliards € de cash.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Rares sont les entreprises françaises qui ont en trésorerie nette un an de chiffre d’affaires (la moitié de la capitalisation boursière). Marcel Dassault avait créé Dassault Aviation, son fils Serge a créé Dassault Electronique mais a fait mieux que maintenir l’activité de fabriquant d’avions. A l’heure d’un nouveau brassage des technologies et des capitaux dans l’armement, une troisième génération familiale pointe le bout de son nez, avec Laurent et Olivier Dassault notamment.

Quand un projet militaire est lancé, surtout en coopération, la plupart du temps il y a des retards, des dépassements de budgets et, parfois, le succès n’est pas au rendez-vous. Lancé en 2003 et financé en 2005, le projet de Drones de combat européens qui sont destinés à remplacer les avions actuelscomme le Rafale, était un projet délicat et très compliqué à mettre en œuvre. Pourtant, force est de constater que c’est une réussite parfaite, pilotée par le groupe Dassault. Avec comme partenaire Alenia (Italie, qui fabrique la soute d’armement), SAAB (Suède, fuselage, trappe de trains, avionique systèmes de carburant), EADS-Casa (Espagne, fabrication des ailes, liaisons de données, segments sol), HAI (Grèce, section arrière, tuyère) et le suisse RUAG (soufflerie), il y avait 1001 possibilités d’excuses en cas de retards et en cas de dépassements de budgets. Le prototype nEUROn, un drones armée furtif, conçu par Dassault a effectué son premier vol, samedi dernier et, celui-ci s’est révélé être un véritable succès.

Vue du dessus, au décollage, cette aile volante ressemble davantage à un OVNI qu’à un avion traditionnel. Ce prototype contient d’innombrables innovations dont l’absence de dérive, une première. Cet avion sans pilote pèse 7 tonnes, c’est donc, exactement, une sorte de prémonition de ce que peut être le remplaçant du Rafale, de l’Eurofighter ainsi que du Gripen, entre 2030 et 2040. Ce démonstrateur, avec une entrée d’air qui lui donne une « gueule menaçante », de face, n’est pas sorti de l’imagination d’un scénariste de bandes dessinées, style « Blake et Mortimer » ou « Batman », non, c’est un véritable démonstrateur qui a volé, sans pilote, pendant vingt-cinq minutes sans aucun problème. Une campagne d’une centaine d’essais est prévue, pour aligner les heures de vols, en tirer des enseignements et ce démonstrateur prototype ira, ensuite, au musée. Par rapport au Rafale, le nEUROn franchit une étape importante, celle de la furtivité. 


Le nEUROn : la trace d’un moineau pour un drone de 7 tonnes.

Vu d’un radar, selon Dassault, l’impact représente celui d’un moineau, cela signifie qu’il est pratiquement indétectable par les radars terrestres ou aériens, c’est un atout capital. Malgré leur tradition aéronautique ancienne, l’Allemagne comme le Royaume-Uni ont décidé de ne pas prendre part à ces recherches… Londres travaille sur le programme JSF avec des partenaires américains. Berlin n’a pas trouvé de terrain d’entente avec le groupe français pour des raisons de stratégies et de technologies, peut-être, de finances sûrement pas sachant le faible coût du démonstrateur. EADS est actionnaire à hauteur de 47% dans Dassault Aviation et se retrouver sous les commandes d’une filiale était peu acceptable pour cette société d’ingénieurs. Les coûts de développements des équivalents américains se chiffrent en milliards voire en dizaines de milliards de dollars, alors, il est clair que l’équipe de Dassault a prouvé que sa capacité reste intacte, car l’ensemble du projet n’a mobilisé que 400 ingénieurs regroupés sur un « plateau virtuel », les bureaux d’études des sites industriels partageant les mêmes bases de données en temps réel et à distance. Une fois les essais terminés, en 2014, la balle sera alors dans le camp des armées de l’air et dans celui des marines des différents pays concernés, l’Allemagne les rejoindra, peut-être, pour définir un cahier des charges pour passer du prototype à la définition d’un véritable appareil.

La centaine d’essais pourra valider toutes les innovations notamment dans l’avionique, l’aérodynamique étant particulièrement délicate puisque cet avion sans pilote n’a pas de dérive comme explicité plus haut. Il va falloir tester son caractère « quasi invisible », sur des tests de pénétration en temps réel, sous forme «d’hostilité ». Dans le secteur aéronautique, Dassault Aviation est une sorte de PME, qui n’a réalisé que 3,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2011 et, les grandes années, elle dépasse tout juste les 4 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Cette entreprise, très rentable, qui bonnes ou mauvaises années, reste bénéficiaire en opérationnel et en résultat net, réalise presque les trois quarts de son chiffre d’affaires dans l’aviation civile via la gamme Falcon et, le reste dans l’aviation militaire, son métier d’origine.

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