Sortir de l’Europe sans sortir de table...
LITTÉRATURE
Jean-Luc Mordoh est entrepreneur à Bruxelles, où il dirige une entreprise d’apprentissage à distance. Il vient de publier «Comment sortir de l’Europe sans sortir de table ou les 10 bonnes raisons de reprendre son destin en main. ». Ce chef d’entreprise français fait paraître son premier livre en format numérique, disponible sur toutes les plates-formes, mais également en format papier via le site Lulu.com. Sa démarche est originale à deux titres.
D’abord, sur le fond, il plaide pour une sortie de l’Europe, ce qui peut sembler surprenant de la part d’un chef d’entreprise français établi en Belgique… Sur la forme, l’ouvrage est rédigé d’une manière plaisante, puisqu’il se présente comme une pièce de théâtre, en 11 actes, où un couple discute de l’Europe tout en dînant. L’auteur souligne : «Ce livre a été écrit dans un esprit ludique et festif. Le but n’était pas d’exprimer une colère, parce que c’est évidemment une colère, car il y a beaucoup de livres sur l’Europe qui sont écrits d’une manière très sérieuse. J’avais envie de sortir de cela en imaginant une conversation autour d’un très bon repas à la française…»
Jean-Luc Mordoh précise qu’il n’est pas anti européen, bien au contraire, car «ce qui est idéal, c’est la notion de monnaie : je n’ai pas systématiquement besoin de passer par un bureau de change lorsque je change de pays… En 1993, j’étais un europhile convaincu, l’utopie de départ était belle, on sortait de centaines d’années de conflits et j’ai trouvé que c’était une belle idée de créer les États-Unis d’Europe». Après l’utopie, la dure réalité : Jean-Luc Mordoh s’est rapidement rendu compte que l’Europe ne pouvait pas fonctionner : «Les États-Unis d’Europe, cela ne peut pas marcher, parce que nous avons des cultures et des langues différentes. Au delà, j’ai pu remarquer qu’un certain nombre de choses ne fonctionnaient pas. Par exemple, on nous avait promis la prospérité et la sécurité contre les Chinois et les pays émergents, or je m’aperçois que c’est de pire en pire ! Donc, pour en avoir le cœur net, j’ai pris la Constitution européenne et je l’ai lue comme si je devais lire un contrat d’assurance, c’est-à-dire en sortant de l’idéologie et dans l’objectivité la plus totale. Il y a différents articles sur lesquels je me suis aperçu que nos politiciens, de droite comme de gauche, disent tout le contraire de ce qui est écrit ! On est lié à un contrat qui est très clair et, quand j’entends des politiciens faire campagne pour relocaliser les usines et les emplois, j’aimerais bien leur dire en face à face : «Expliquez-moi l’article 63 !» Or, il y a un écart considérable entre ce que les politiciens aimeraient proposer à leurs électeurs et ce qui nous régit au quotidien !»
A partir de là, cet entrepreneur a commencé à travailler son sujet sur le fond et à prendre conscience que l’Europe actuelle n’était pas en mesure de fonctionner. Plus grave encore, il a découvert que nos hommes politiques ne disent pas toute la vérité sur la construction européenne : «Dans la Constitution européenne, la notion de citoyen et de citoyenneté n’est pas mentionnée une seule fois ! Le but du jeu, dans l’industrie, dans l’agriculture ou dans la santé, c’est toujours la productivité. Je suis un libéral, j’aime entreprendre, donc cela ne me dérange pas. Mais nous sommes quand même des citoyens, nous ne sommes pas que des consommateurs… On parle beaucoup des services publics : je suis un fervent défenseur des services publics car cela fait partie de notre identité nationale, peu importe du débat sur le fait qu’il y en ait trop ou pas assez, eh bien, une mise à mort est programmée. Regardez l’article 106, on nous explique que les services publics doivent être mis en concurrence face aux services privés, il est donc évident que c’est une mise à mort programmée ! Ce qui m’exaspère, c’est que tous les politiciens, de droite comme de gauche, se battent pour les services publics sans vouloir sortir de l’Europe ! D’une certaine manière, on stigmatise les effets tout en chérissant les causes. C’est complètement schizophrène !»
Autre exemple : «Sur les retraites, c’est presque drôle, on voit les syndicats manifester alors que tout est décidé en haut lieu à Bruxelles… C’est un jeu de guignols et les syndicats savent très bien que ce n’est pas sur Nicolas Sarkozy, il y a quelques mois, ou sur François Hollande qu’il faut taper, mais à Bruxelles ! Ce sont les commissaires européens qui écrivent ces lois. Donc, arrêtons de nous dire le contraire avec des politiciens qui nous expliquent qu’ils veulent absolument sauver le service public, alors qu’il y a une mise à mort programmée».
Son constat est sans appel : «Cela fait 40 ans que l’on nous parle de l’Europe. Il y a quelques années, il fallait plus d’Europe, ensuite il fallait une autre Europe, ensuite une Europe sociale, maintenant c’est encore une course en avant vers plus d’Europe… Mais si l’on fait un bilan, comme pour une entreprise, au bout d’un certain nombre de décennies, on s’aperçoit que nous sommes en dépôt de bilan total ! Cela ne fonctionne pas». Alors, peut-on sortir de l’Europe ? L’auteur a évidemment travaillé sur cette question : «A partir du moment où un État décide de sortir de l’Europe, donc de l’euro, le processus, au maximum, est de deux ans !» Son opinion est maintenant faite : «Sortir de l’euro, c’est reprendre notre monnaie, c’est reprendre notre indépendance monétaire avec tout ce que cela implique derrière, mais c’est surtout sortir de tous ces traités !»
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