Les habitants des villages doivent faire preuve de civisme vis-à-vis de leurs commerces.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Georges Piel, maire de Courtonne-les-Deux-Églises (Calvados) : «On met toujours l’échec à la charge de la collectivité.»

Les fermetures de commerces en milieu rural se multiplient, mais certains élus estiment qu’il n’est pas de leur ressort d’engager de l’argent public pour reprendre ces établissements. Georges Piel est le maire de Courtonne-les-Deux-Églises, un village de 625 habitants du Calvados, dont le dernier commerce rural, Chez Loulou, devrait fermer prochainement pour cause de départ à la retraite. Il s’agit d’une institution dans le village puisqu’il tient lieu à la fois de café, d’épicerie, de tabac, de dépôt de pain et de marchand de journaux. Évidemment, c’est un séisme dans la commune, mais le maire est pragmatique : trop d’habitants continuent d’aller faire leurs courses dans les grandes surfaces voisines. La municipalité va quand même faire un effort pour inciter un éventuel repreneur à assurer le relais, mais le maire souhaite avant tout lancer un appel au civisme de ses administrés en les incitant à acheter local… Il nous explique sa démarche.


L’Hebdo-Bourseplus : Pour quelles raisons la municipalité a-t-elle refusé de reprendre le dernier commerce du village ?

Georges Piel : Il n’est pas question que la commune prenne en charge ce dernier commerce. Cela nous est fortement déconseillé et, en plus, nous n’avons pas les moyens de le faire. Cependant, selon les projets qui seront présentés, la commune pourrait participer à travers une aide à la reprise.


Il y a quelques années, tous ces commerces étaient pourtant viables dans nos communes rurales. Comment analysez-vous cette situation ?

J’ai connu ma commune beaucoup plus florissante, puisque je suis pratiquement né sur cette commune. J’y suis arrivé à l’âge de trois ans. Je l’ai vue florissante, avec deux épiceries, une boulangerie, une charcuterie, une boucherie et même un garage. Malheureusement, nous sommes dans une société de plus en plus individualiste, chacun a sa voiture, et la commune n’est pas un lieu de travail. Les gens doivent donc se déplacer vers des plus grands centres pour aller travailler. Ils vont dans les centres commerciaux faire leurs achats. Finalement, le commerce dans la petite commune rurale ne sert plus qu’en dépannage… Il y a quelques personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer dans notre commune, elles fréquentent régulièrement ce commerce, mais ce n’est pas suffisant pour attirer des repreneurs. La semaine dernière, j’ai rencontré deux repreneurs potentiels qui sont en train de monter un dossier. J’ai rencontré une autre personne qui était intéressée et je l’ai mise en relation avec la propriétaire. Donc, même si la fermeture est programmée, pour l’instant ce n’est pas mort… La propriétaire actuelle souhaite partir à la retraite et elle accepte, dans l’hypothèse où il y aurait un dossier sérieux, de prolonger son activité jusqu’à la reprise.

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