Vladimir Fédorovski parle du Roman du Siècle vert.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Avec «L’islamisme va-t-il gagner ? Le Roman du Siècle vert», Alexandre Adler et Vladimir Fédorovski poursuivent un dialogue engagé avec  la publication du «Roman du Siècle rouge». Les auteurs étudient les relations entre le monde arabe, la Russie, les Etats-Unis, la Turquie, Israël et la France. Le livre se présente comme une suite d’entretiens sur l’histoire de ces relations. Les deux experts désignent sans ambiguïté l’islamisme comme étant à terme la menace principale qui vise  le monde éclairé.

On ne présente plus Vladimir Fédorovski, l’écrivain d’origine russe le plus édité en France. Il a exercé une brillante carrière diplomatique et a été l’un des artisans de la perestroïka en tant que proche conseiller de Mikhaïl Gorbatchev au Kremlin. Les auteurs se montrent très pessimistes dans cet ouvrage : «Nous ne sommes pas pessimistes, mais lucides : à force de reculer sur les valeurs et sur les choses essentielles, on est en train d’ouvrir un boulevard aux islamistes. On nous a promis la démocratie en Libye, on va vers la charia... On nous a promis la démocratie en Tunisie, ce sont les islamistes qui sont au pouvoir.... En Égypte, ce sont les Frères musulmans… Tout cela nous inquiète !» explique Vladimir Fédorovski.

L’écrivain évoque la situation en Russie : «Le problème de la Russie, c’est qu’elle est aux premières loges. Si l’Afghanistan tombe après le départ des Américains, ce qui est fort possible, cela peut créer un effet domino en Asie centrale. Le danger guette la civilisation russe, comme la civilisation européenne. Donc, si nous ne sommes pas lucides, le monde peut aller vers quelque chose de très dangereux et d’imprévisible. Mais regardez comment les choses se passent en France. On assiste à une transposition des conflits qui n’ont rien à voir avec notre pays. En Russie, il y a une autre dimension, celle de la démographie. La population russe diminue, la population musulmane augmente et les forces radicales prennent le dessus. Les imams traditionnels sont tués ! Le siècle rouge, c’était le siècle dernier. Le siècle vert, c’est celui qui nous attend».

Finalement, l’Europe semble prise en tenaille, presque étranglée, par cette immense pieuvre verte : «Penser que cela ne nous concerne pas relève d’une politique tout-à-fait erronée. C’est une politique qui a été menée à la veille de la Deuxième guerre mondiale. J’appelle cela la politique de la «burqa mentale» : ne pas voir les réalités, alors que cela nous concerne tous. Si nous ne sommes pas intransigeants sur les valeurs, nous serons dépassés. Ce livre est bourré d’anecdotes, puisque j’ai travaillé au Kremlin et j’ai bien connu les dirigeants arabes, comme Yasser Arafat, Kadhafi, Assad ou Boumédiène. Je connais très bien la langue arabe et j’ai beaucoup d’amis dans tous ces pays. En Hollande, un mouvement islamiste vient de demander l’interdiction des chiens des villes ! Mais où va-t-on ? J’ai été choqué de voir que l’on a accepté le foulard aux Jeux Olympiques, parce que c’est un nouveau recul. Il faut parler des vrais problèmes, le faire avec tolérance, mais dire la vérité. Le siècle rouge est apparu parce qu’il y avait des idiots utiles, c’est-à-dire des gens qui ont été complaisants, et ces gens-là continuent de ne pas vouloir voir la réalité. Si l’on continue de reculer, le monde va vivre un désastre. Ces gens nous ont raconté n’importe quoi sur le printemps arabe. J’ai beaucoup de sympathie pour ceux qui ont manifesté là-bas, mais les gens de la classe moyenne qui exigeaient la démocratie ont été éliminés ! Nous étions là pour dire qu’il fallait faire attention car les islamistes étaient là. Il faut que les analystes en France cessent de porter des lunettes roses et qu’ils aient le courage de décrire la vision très précise de la situation, qui est désastreuse» explique Vladimir Fédorovski.

Enfin, l’écrivain évoque aussi le jeu dangereux des américains : «Les Américains m’ont dit un jour, puisque je suis reconnu comme expert sur ces questions, qu’ils avaient inventé un système qui allait très bien marcher, c’est «l’islamisme modéré»… Je leur ai répondu : «L’islamisme modéré, c’est comme le bolchevisme modéré, cela n’existe pas !» Ils m’ont dit que la CIA allait donner des armes à ces gens pour arriver à déloger le dictateur. Mais je peux vous dire que les Israéliens sont terriblement inquiets car ils ont compris qu’après l’Égypte, les islamistes s’installeront en Syrie. Nous devons faire attention. La seule défense à cela, c’est la défense de nos valeurs communes. L’Occident et la Russie doivent agir de la même manière. C’est que je reproche à Vladimir Poutine, qui veut rester au-dessus de la mêlée. C’est une erreur, mais il ne faut pas faire d’angélisme.  Avant l’assassinat de l’ambassadeur en Libye, j’ai dit à la CIA : «Faites attention, en Libye, vous avez donné des armes sophistiquées aux islamistes, cela va vous coûter cher…» Et j’ai vu cet ambassadeur, qui était intermédiaire dans la livraison des armes, tué par les mêmes armes qu’il avait livrées… Il faut faire attention, on va vers un nouvel Afghanistan chez les Touaregs : les femmes sont battues à mort, elles sont violées, c’est une situation terrible».

«L’islamisme va-t-il gagner ? Le Roman du Siècle vert»,d’Alexandre Adler et Vladimir Fédorovski est publié aux Editions du Rocher.

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