Bouygues : un conglomérat à la ramasse, à ramasser.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Bouygues Télécom se repositionne vigoureusement face à l’offensive Free Mobile, en attendant de marier ses réseaux (avec SFR ou Free) dans la 4G. TF1 souffre toujours d’une stratégie incertaine et tardive dans la “révolution numérique” (TNT), mais Alstom retrouve de belles couleurs, Colas va bien, Bouygues Construction a un horizon dégagé et Bouygues Immobilier n’a pas d’invendus en stock. Bref, les pompes funêbres boursières sur le groupe Bouygues sont exagérées.
Il y a quelques années, l’action Bouygues caracolait entre 55 et 63 euros. Actuellement, elle se trouve à son plus bas niveau sur les cinq dernières années sans que ce soit le plus bas niveau historique. C’est la preuve que le marché n’y croit pas, les analystes financiers sont presque tous vendeurs ou neutres. La formidable réussite de Bouygues Telecom, cantonnée au marché français, a fait que le troisième opérateur a été concurrencé de plein fouet surtout avec l’arrivée de Free Mobile ayant des positions moins fortes et moins faciles à défendre. Alors, la vache à lait que fût longtemps Bouygues Telecom devient, du point de vue des analystes financiers, un boulet alors que le groupe, en fait, restera encore particulièrement profitable. Le groupe est considéré comme étant une valeur de téléphonie alors qu’en réalité c’est un véritable conglomérat qui n’a pas trop à rougir de sa situation actuelle. Certes les télécoms souffrent mais la société Bouygues va réaliser un chiffre d’affaires record, dont l’objectif a été rehaussé lors de la dernière publication pour les neuf premiers mois de l’année 2012. Pour l’ensemble de l’année, le conglomérat vise 33,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires soit une légère hausse de 2% par rapport à 2011, c’est plutôt bien et cela représente, tout de même, une hausse de plus de 10% en cinq ans, sans acquisition importante.
En revanche, le résultat opérationnel sera en sensible recul à cause de la baisse du résultat de Bouygues Telecom, déjà évoquée. L’activité de TF1, stable (+1% sur neuf mois), sera légèrement baissière sur l’ensemble de l’année, celle de Bouygues Telecom, en recul de 8% sur les neuf premiers mois de 2012, restera franchement en berne sur toute l’année, mais l’activité construction, cœur de métier de l’origine du groupe, enregistre une croissance vigoureuse de plus 7% sur les neuf premiers mois de 2012, pourcentage qui se confirmera sur l’ensemble de l’année. Certes, le bénéfice opérationnel courant de Bouygues Telecom a été divisé par plus de deux étant tombé de 512 millions d’euros à 206 millions d’euros sur les neuf premiers mois de 2012, certes, il y a eu un recul significatif chez TF1, tombé de 195 à 154 millions d’euros sur la même période, mais la bonne tenue des marges dans le secteur du BTP et de la promotion immobilière, fait que la marge opérationnelle courante a été tout de même de 954 millions d’euros sur les neuf premiers mois de cette année, à comparer au 1,34 milliard environ, sur les neuf premiers mois de 2011. Les plans de restructuration mis en place chez Bouygues Telecom et TF1 ont coûté une petite centaine de millions d’euros sur les neuf premiers mois, mais Bouygues est bien parti pour réaliser un résultat opérationnel largement supérieur à 1 milliard d’euros sur l’ensemble de l’année 2012. Le résultat net, est en berne, à 564 millions d’euros sur les neuf premiers mois de cette année, moins 29% par rapport à 2011, mais il reste très positif quand même avec une capacité renforcée du fait de l’augmentation de la contribution d’Alstom qui passe de 134 millions à 181 millions d’euros.
Alstom : un bon placement.
Alstom a été réellement un bon placement. Sur le premier semestre de l’exercice de 2012 – 2013, qui s’est terminé le 30 septembre dernier, les nouvelles commandes ont augmenté de 19%, les commandes ont dépassé le chiffre d’affaires pour le quatrième trimestre consécutif, le carnet de commandes représente 52 milliards d’euros, presque trois ans d’activité ! Cela s’est effectué dans d’excellentes conditions financières puisque la marge opérationnelle a grimpé de 6,7 à 7,2% du chiffre d’affaires, ce dernier augmente, la capacité d’autofinancement de la filiale de Bouygues est redevenue très positive, Alstom pourra donc sortir un dividende augmenté, dividende qui amènera de l’argent dans les caisses de Bouygues. La visibilité étant bonne pour les trois prochaines années, la capacité libre d’autofinancement d’Alstom assure un revenu récurrent à Bouygues grâce au dividende, aux marges opérationnelles qui continueront d’augmenter, pour parvenir aux alentours ou au-dessus des 8% du chiffre d’affaires. Dans les différents métiers du groupe Bouygues on ne peut que remarquer la forte capacité à dégager des flux de liquidités positifs au sein de cette entreprise diversifiée. Les activités de construction sont passées de 462 à 571 millions de capacité libre d’autofinancement entre les neuf premiers mois de 2011 et ceux de 2012, compensant en grande partie, la baisse de la capacité libre d’autofinancement de TF1 et de Bouygues Telecom, celui-ci ayant été impacté par la baisse de son chiffre d’affaires déjà révélée plus haut. Par son exploitation, le groupe frôlera le milliard d’euros (je m’attends à 900 millions d’euros en capacité libre d’autofinancement sur 2012), la dette nette avait été augmentée en 2011 du fait du rachat partiel du capital, en vue d’une annulation, les actionnaires avaient été relués. La dette nette du groupe était de 5,83 milliards à fin septembre, mais au rythme actuel, elle retombera franchement sous les 5 milliards d’euros fin 2013. Outre le rachat de ses propres actions pour 1,25 milliard d’euros, le groupe a acheté pour 943 millions d’euros de fréquences de téléphonie mobile 4G, qui ont entraîné d’importants débours. Sans tenir compte de ces deux opérations véritablement exceptionnelles, la dette nette de fin septembre 2011 à fin septembre 2012 aurait été en recul à hauteur de 169 millions d’euros.
Bonne visibilité dans la construction.
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