Fracture numérique : la colère d’un élu local.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean Huillet, maire de Camon (Ariège) : « J’attends le jour où je pourrais téléphoner avec mon portable depuis ma mairie.» 

On parle beaucoup de la fracture numérique en pensant au haut débit, or dans certaines régions de France, ce sujet concerne encore la téléphonie portable. Le maire de Camon, un village de 150 habitants situé dans l’Ariège, a un téléphone mobile, mais il ne peut pas l’utiliser dans sa commune ! Jean Huillet est un élu déterminé. Cela fait des années qu’il bataille sur ce sujet et il a décidé de passer à une phase plus offensive en publiant, il y a quelque temps, une lettre ouverte dans la presse locale. Résultat : depuis plusieurs semaines, SFR semble se réveiller et lui promet l’installation de son antenne dans les mois qui viennent. Mais notre élu local ne veut pas se réjouir trop rapidement. Il nous explique le parcours du combattant qu’il a dû mener…


L’Hebdo-Bourseplus : Vous n’êtes pas un village perdu en plein désert… Comment expliquez-vous votre situation ?

Jean Huillet : C’est vrai, nous sommes situés à l’est du département de l’Ariège et nous touchons le département de l’Aude. Nous sommes un village de 150 habitants, mais nous avons plus de 6000 visiteurs chaque année, lorsque nous faisons la Fête de la Rose, nous accueillons 3000 visiteurs dans la journée et nous avons deux campings qui sont pleins deux mois dans l’année avec 600 personnes… Nous sommes donc un village plutôt dynamique.

Nous recevons beaucoup de monde et nous sommes même l’un des deux villages du département qui figurent dans le classement des «Plus beaux villages de France». Nous sommes loin d’être tout à fait perdus dans un coin de bois. En 2006, le téléphone mobile est vraiment devenu un outil indispensable, un outil de travail, et je m’étais rendu compte que les réseaux de téléphonie mobile ne couvraient pas mon village. Les trois grands opérateurs privés n’étaient pas intéressés par la couverture du village. Ils avaient fait une étude et ils avaient conclu qu’il n’y aurait aucune rentabilité à installer un poteau, un relais et une antenne... Comme nous étions sans téléphonie mobile, j’ai fait le forcing parce que j’estimais qu’il était utile d’avoir la téléphonie mobile en cas de secours. Un fait divers m’a alerté sur cette question. Un jour, il y a eu un suicide dans le village.

En tant que maire, j’ai dû me rendre sur place et j’ai pu constater que la personne était vraiment morte. Mais si elle avait été grièvement blessée, je n’avais aucun moyen pour appeler du secours puisque nous étions dans un endroit assez éloigné. Donc, à partir de ce moment, j’ai décidé de me battre pour avoir la téléphonie mobile. Il faut bien comprendre que ce n’est plus un luxe, mais une nécessité. Parallèlement, nous avons vécu le basculement de la télévision analogique vers la TNT et, là encore, nous avons pu constater que nous étions dans une zone blanche. Le Conseil général a dû pallier les carences de l’État en équipant le village avec une antenne permettant le basculement vers la TNT d’une façon parfaite. Comme nous avions un mât, il suffisait qu’un opérateur privé installe son antenne dessus…

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