La compagne de Russie...

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Édouard Moradpour est l’inventeur de la publicité en Russie. Quelques semaines après la chute du mur de Berlin, il débarquait à Moscou pour lancer la première agence publicitaire dans un pays qui ne connaissait pas encore la société de consommation.

Il y a créé la première agence, formé des cadres, et il est aujourd’hui présenté comme le «Séguéla russe». Un ouvrage proche de l’autobiographie, où le héros, Alexandre, brillant publicitaire français, partage son temps entre Moscou et Paris.

Rapidement, il s’imprègne de la Russie postcommuniste, attaché à ses femmes et découvrant les excès, les tourments de Moscou : «J’ai des racines russes, le russe était ma langue maternelle. J’avais toujours eu envie d’aller en Russie, mais pas tant que le communisme était en place. Dès que le mur de Berlin est tombé, j’ai décidé d’aller exercer mon métier de publicitaire en Russie qui commençait à s’ouvrir à l’économie de marché. J’ai été effectivement le pionnier de la publicité en Russie. Dans le communisme, il n’y avait rien à acheter, il y avait simplement la propagande sur les murs... J’ai commencé à bâtir ce métier à la base, en recrutant des gens qui n’avaient aucune formation de publicitaire. J’ai recruté une serveuse, qui est devenue mon assistante, un ingénieur des ponts et chaussées, qui est devenu mon chef de pub, un médecin, qui est devenu rédacteur concepteur… Je suis arrivé en Russie pour un an et, finalement, j’y suis resté vingt ans ! J’ai créé plusieurs agences, dont une avec Jacques Séguéla. Au bout de ces vingt ans, à cause de cet événement tragique, le suicide de ma compagne, j’ai eu la nécessité d’écrire ce livre. Le héros du livre s’appelle Alexandre. Ce n’est pas vraiment une autobiographie, mais c’est vraiment basé sur ma vie en Russie. C’est donc l’histoire d’un publicitaire français qui passe vingt ans en Russie. Il a beaucoup d’aventures avec des femmes, mais à la suite d’une aventure qui se termine par un suicide, il se pose des questions fondamentales sur la vie, le couple et la culpabilité. C’est un livre qui montre le chemin de quelqu’un de très matérialiste, qui ne croit en rien, simplement dans la vie facile, l’aisance et les rencontres… Mais il comprend que l’essentiel, c’est finalement l’amour».

Une succession de portraits de jeunes Russes, plus ou moins mystérieuses, conquises par Alexandre, qui se montre incapable de les aimer, mais trop faible pour les quitter… En pilier et tournant de l’intrigue, le suicide inexpliqué de la belle Aliona va jouer un rôle fondamental dans l’évolution du héros : «Alexandre a effectivement rencontré ce type de femmes. Mais les femmes russes recherchent, comme toutes les femmes, la sécurité, elles ont envie de construire une famille. Alexandre ne voulait pas de cela. Alexandre se comportait très bien avec les femmes, ce n’était pas un goujat… C’est quelqu’un de sentimental, qui recherche l’amour. Mais ce suicide lui permet de s’éveiller vers la spiritualité et il va jusqu’à dire que c’est peut-être un cadeau qu’on lui a fait. Finalement, avec cette tragédie, il est amené à se poser des questions et il commence vraiment à aimer Aliona après la mort de celle-ci. Il commence à aimer quelqu’un qui n’est plus là, il commence à la chercher en se demandant si l’on peut avoir une âme. Si nous avons une âme, c’est que la vie continue après… Il essaie de rechercher Aliona et il va même jusqu’à organiser des séances de médium et des séances de transcommunication pour enregistrer sa voix après sa mort».

Edouard Moradpour affirme qu’il a réellement pu enregistrer sa voix après sa mort grâce à une telle séance : «Il y a une cassette avec des mots très subtils, c’est quelque chose d’extrêmement nuancé, avec des mots métalliques qui viennent de l’au-delà. Dans ce message, elle s’excuse, elle regrette son suicide… C’est un très beau texte, que j’ai reproduit dans le livre, où elle dit : «Excuse-moi, il y a des pulsions que l’on ne peut pas maîtriser…»

Une accumulation de faits le même jour entraîne une pulsion que l’on ne peut pas réprimer. Vous savez, quelqu’un qui se suicide se retrouve après la mort en permanence dans la culpabilité, s’il est vrai qu’il y a un autre monde et que l’esprit continue. Si cette idée est vraie, la culpabilité fait que ces êtres disparus arrivent dans un autre monde : «Je suis arrivée dans un monde où l’amour est si fort que je n’ai pas pu le supporter au début.»

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