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Robert Ménard publie : "Vive l’Algérie française"
LITTÉRATURE
✍️ Par Yannick URRIEN
Robert Ménard et Thierry Rolando viennent de publier un excellent ouvrage, «Vive l’Algérie française», un livre très court, où, en une trentaine de pages, les deux auteurs s’attaquent aux directeurs de conscience qui règnent dans les médias.
Né en Algérie, Robert Ménard a quitté Oran en juin 1962. Il est le fondateur de l’organisation Reporters sans frontières, qu’il a dirigée durant plus de 20 ans. Il est aujourd’hui journaliste sur i>Télé et Sud-Radio.
Thierry Rolando, petit-fils et arrière petit-fils de journalistes et de photographes algérois, est né à Alger et il préside le Cercle Algérianiste, la plus importante association culturelle et mémorielle de Français d’Algérie.
Robert Ménard a volontairement décidé de provoquer les bonnes consciences dans le titre de son livre : «Oui, mais si le titre n’était pas provocateur, personne ne le lirait ! Il s’agit de dire que l’on en a marre, qu’il faut essayer de réfléchir et d’aller un peu plus loin que les images d’Épinal. Quand vous feuilletez les livres scolaires de nos enfants, nous n’avons droit qu’à une partie de l’histoire, une vision parcellaire de ce qui s’est passé. C’est une absurdité de dire que l’on n’a pas le droit de parler d’un aspect positif du colonialisme. Bien sûr qu’en Algérie il y a eu des hôpitaux qui ont été construits, bien sûr qu’en Algérie il y a eu plus de jeunes musulmans qui allaient à l’école, bien sûr que nous avons construit des routes, des ports et des voies de chemin de fer ! Ce n’était pas le seul aspect du colonialisme, mais il ne faut pas gommer cela…»
Le titre est provocateur mais Robert Ménard n’est pas pour autant pour l’Algérie française… En réalité, il entend donner un grand coup de poing sur la table pour dire stop à la désinformation… Mais il est aussi concerné par ce débat : «Je suis né dans une famille de pieds-noirs qui vivaient en Algérie depuis le milieu du XIXème siècle, c’est quelque chose qui a marqué toute mon enfance et qui continue d’ailleurs de me marquer. Mais ce n’est pas pour cette raison que j’ai écrit ce pamphlet avec Thierry Rolando. C’est surtout parce qu’on en a marre de n’entendre qu’un son de cloche, on en a marre d’entendre l’histoire racontée par ceux qui incarneraient le bien, la vérité, et qui seraient les héros de cette histoire, c’est-à-dire le FLN ! On en a marre d’entendre caricaturer une partie des acteurs de cette guerre, à savoir les pieds-noirs. On en a marre d’entendre parler des tortures infligées aux militants du FLN. Certes, il faut les dénoncer, cela va de soi, mais on ne parle jamais des tortures infligées par le FLN à un certain nombre de gens, dont d’abord à des Arabes et à des musulmans qui ne partageaient pas leur point de vue. C’est uniquement cela que l’on a envie de dire ! Assez d’une histoire hémiplégique, assez de cette manière de dire toujours la même chose, assez de cette repentance qui ne nous fait jamais regarder les choses en face, assez de cette mauvaise conscience qui dicte nos pensées, assez d’un regard qui ne soit pas mesuré sur la colonisation… C’est ce que nous essayons de faire à travers ce pamphlet».
Robert Ménard ne cache pas son indignation : «Ce sont les mêmes qui ne disent pas un mot sur les harkis, des dizaines de milliers de gens qui se sont battus pour la France et qui ont été massacrés entre les accords d’Évian et l’indépendance de l’Algérie. Tout cela sans que l’armée française présente sur place lève le petit doigt, sans que les autorités françaises se mobilisent, alors que les accords d’Évian précisaient que ces gens devaient être protégés. On les a laissés se faire massacrer ! Entendez-vous beaucoup de gens, à l’occasion de ce cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, hurler ? Il n’y a pas un mot là-dessus… Il y a une mauvaise conscience, les autorités françaises ont tellement peur de se fâcher avec les autorités algériennes, de leur faire un peu de peine, que l’on ne dit rien sur toute cette partie de notre histoire et sur toutes ces victimes. Les harkis sont des victimes, il faudrait les défendre davantage».