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Patrick Chamoiseau nous fait revivre l’aventure de Robinson Crusoé.
LITTÉRATURE
✍️ Par Yannick URRIEN
Ce qui est formidable, avec le mythe de Robinson Crusoé, c’est que l’on peut le décliner à l’infini. Depuis le célèbre roman de Daniel Defoe, publié en 1719, la littérature et le cinéma nous ont offert des versions très diverses de la survie du naufragé solitaire. La découverte de l’île déserte, la tentation de partir seul et loin, c’est ce qui nous fascine.
Il y a déjà eu de nombreux livres, films et téléfilms sur ce thème qui nous a tous fait rêver. L’écrivain Patrick Chamoiseau, prix Goncourt 1992, le revisite pour nous relater une histoire inspirée d’un fait réel. Un marin écossais a survécu pendant plus de quatre ans sur une île déserte.
Mais dans le roman de Patrick Chamoiseau, le héros doit se débrouiller seul et survivre pendant vingt ans. Vingt-huit ans dans celui de Daniel Defoe, où le compagnon inconnu est le fameux Vendredi, baptisé ainsi comme le jour de leur rencontre. Tel est justement du thème central du livre : la découverte de l’autre alors que l’on s’imagine être seul au monde et pour toujours.
Il ne s’agit pas d’un roman d’aventures, mais surtout d’un livre philosophique qui nous invite à réfléchir sur une vie qui se retrouve bousculée du jour au lendemain. Robinson Crusoé a réussi à reconstruire son équilibre, mais tout va encore s’effondrer…
C’est avec fierté, celle d’avoir soumis l’île à sa domination, qu’il entreprend un matin une promenade rituelle sur la plage où il avait mystérieusement échoué il y a tant d’années : "C’est alors qu’il découvre l’inconcevable : dans le sable, une empreinte. Celle d’un homme. Passé l’affolement, puis la posture agressive et guerrière, le solitaire s’élance à la recherche de cet autre qui lui amène ce dont il avait oublié l’existence : l’idée même de l’humain".
Dans certaines histoires, on s’attarde surtout sur l’aventure solitaire et la nécessité de se débrouiller pour survivre. Cette fois-ci, Patrick Chamoiseau s’interroge sur ce basculement brutal. Voilà quelqu’un qui a réussi à survivre dans la solitude totale, sans civilisation, sans culture, sans autrui, et qui doit maintenant affronter ce qu’il n’aurait pu imaginer ailleurs qu’ici : la relation à l’impensable.