Gaby Bonnand instruit le procès de la réforme de Pôle Emploi.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Membre du Bureau national de la CFDT, Gaby Bonnand a été, de 2009 à 2011, l’un des syndicalistes négociateurs de la nouvelle convention de l’assurance chômage actuellement en vigueur. Il a été membre du conseil d’administration de Pôle emploi et surtout président de l’Unedic. Il a entrepris, entre novembre 2010  et novembre 2011, une tournée des agences de Pôle Emploi et il raconte son parcours dans un livre intitulé "Pôle emploi - De quoi j’me mêle ?".

Certes, cet ouvrage est orienté - l’auteur est un syndicaliste engagé - mais il est riche d’enseignements. Ce livre est à l’opposé de celui de Christian Charpy, paru récemment, et qui témoignait également de son passage à la direction de Pôle Emploi en tant que directeur général. Déjà, sur la réforme même, Gaby Bonnand estime qu’il faut distinguer deux choses : "D’abord, accueillir le demandeur d’emploi dans un même lieu, c’était ce qui avait déjà été engagé entre l’ANPE et les ASSEDIC. Sur le principe, il n’y a aucune contestation du bien-fondé. En revanche, ce qui est très contestable, c’est la manière dont on a réalisé cette fusion en confondant l’unicité de lieu et l’unicité des métiers. On sait très bien que ces métiers ne sont pas les mêmes entre ceux qui sont liés à l’indemnisation, c’est-à-dire assurer le calcul des indemnités dont peut bénéficier le demandeur d’emploi, et les métiers de l’accompagnement et du placement qui sont des métiers liés aux ressources humaines. On a voulu fusionner ces deux métiers, qui font appel à des compétences totalement différentes, et c’est là que le système a été mis en échec. C’est cette fusion de deux compétences que l’on a voulu mettre en oeuvre de force".

Gaby Bonnand estime que la nouvelle organisation de Pôle Emploi n’est pas au service des demandeurs d’emploi : "Je me suis rendu compte qu’il y a eu une espèce de marche forcée vers une organisation qui ne mettait plus au centre la réponse aux besoins des demandeurs d’emploi, mais qui répondait à une espèce de logique très centralisée, très pyramidale, qui consistait à montrer, du moins dans l’affichage, que Pôle Emploi réalisait des suivis mensuels personnalisés, des mises en relation avec les entreprises, mais ces indicateurs chiffrés ne rendaient pas compte de la réalité du terrain, tant du côté des chômeurs, que du côté des salariés. De ce point de vue là, lors de ce tour de France, je me suis rendu compte qu’il y avait des choses à changer et c’est ce que nous avons tenté de faire dans la convention 2012-2014".

Gaby Bonnand plaide pour une meilleure formation des salariés et des demandeurs d’emploi : "S’il y a 4,5 millions de chômeurs aujourd’hui, c’est d’abord parce que l’économie crée le chômage. Ce n’est pas Pôle Emploi qui crée le chômage. Il y a parfois des inadéquations entre l’offre et la demande, il y a des opérations à mener pour que les formations puissent mieux correspondre aux besoins des entreprises. Mais il y a aussi une forte responsabilité des entreprises qui ne forment pas leurs salariés. Quand les salariés sont licenciés, quand ils quittent leur entreprise, ils sont moins qualifiés que quand ils sont entrés dans l’entreprise. Leur formation est inadaptée à ce marché du travail qui est mouvant. C’est pour cette raison que je défends l’idée que le métier de Pôle Emploi doit être essentiellement basé sur l’indemnisation et le droit à l’accompagnement. Il faut faire un diagnostic précis des individus, de leurs compétences, et axer le travail de Pôle Emploi dans cet accompagnement. En effet, Pôle Emploi ne peut pas être l’opérateur en charge de mettre en relation l’offre et la demande, alors que nous sommes dans une période où il y a beaucoup de contrats à durée déterminée et de missions d’intérim très courtes".

L’auteur rappelle ces chiffres : "En 2010, alors que notre économie ne crée que 165 000 emplois, les entreprises ont recruté 12 millions de gens en contrats de moins d’un mois !"  Alors, la mesure proposée par Nicolas Sarkozy sur la formation des chômeur est-elle positive ?

Réponse de Gaby Bonnand : "C’est une mesure d’affichage qui vise à stigmatiser les chômeurs. Si l’on veut se prendre par la main, on sort du chômage facilement… Finalement, on considère que c’est Pôle Emploi qui crée, ou non, de l’emploi, alors que c’est l’économie qui ne crée pas d’emplois. Il faut insister sur la nécessité de former tous les salariés. Si vous prenez tous les bilans qui ont été réalisés depuis plus de 20 ans, la formation continue profite essentiellement aux salariés qui sont déjà formés et elle ne profite pas aux salariés les moins qualifiés. C’est ce qu’il faut changer. Il est nécessaire de s’attaquer à la racine du mal, c’est-à-dire à notre pays qui n’arrive pas à former des gens qualifiés tout au long de la vie. Quand on ne forme pas des gens qualifiés, les entreprises se déqualifient, et quand les entreprises se déqualifient, elles perdent des marchés. C’est donc toute la chaîne de formation qu’il faut remettre en oeuvre. La première chose à faire, c’est de conditionner les exonérations de charges à la formation des salariés. Aujourd’hui, moins on forme les salariés, plus on est aidé…"

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