⟵ Retour
LFI à l'épreuve de « La Fidélité au réel » : quand le récit militant commande aux faits.
LITTÉRATURE
✍️ Par Yannick URRIEN
L’antisémitisme minimisé, une caricature dénoncée jusque dans les rangs antiracistes, une artiste prise pour cible : plusieurs affaires récentes montrent que La France insoumise a du mal à regarder ce qui contredit son discours.
Le livre de Daniel Horowitz, La Fidélité au réel, donne l’occasion de s’y arrêter. Publié chez FYP éditions en avril 2026, sous-titré Mémoire, vérité et responsabilité morale, l’ouvrage part de la mémoire juive et des formes actuelles de l’antisémitisme pour interroger ce qu’une civilisation accepte de travestir afin de ne pas voir ce qu’elle voit. On peut en tirer une question politique simple : que vaut une morale qui cesse d’examiner les faits dès qu’ils menacent ses convictions ?
Le réflexe est connu. On décide d’avance qui incarne le bien, puis on traite les faits gênants comme des attaques contre cette certitude. Les victimes deviennent encombrantes quand elles dérangent le récit, les critiques suspectes quand elles contestent la vertu du camp. Le 2 juin 2024, Jean-Luc Mélenchon écrit sur son blog : « contrairement à ce que dit la propagande de l’officialité, l’antisémitisme reste résiduel en France ». Il ajoute qu’il est « totalement absent des rassemblements populaires ». L’alerte est rangée parmi les propagandes, l’innocence des cortèges affirmée sans réserve. Les chiffres disent autre chose : les autorités ont recensé 1 676 actes antisémites en 2023, 1 570 en 2024 et 1 320 en 2025, d’après le bilan publié en février 2026. La baisse de 16 % l’an dernier est réelle, et il faut le dire. Elle laisse pourtant un niveau très élevé. Ces chiffres n’attribuent aucune violence à un parti ; ils rendent seulement difficile de parler d’antisémitisme « résiduel ».
La fidélité au réel, c’est d’abord accepter qu’un fait démente une formule, même quand elle vient de son propre chef. Un parti devrait pouvoir corriger son jugement sans y voir une capitulation. Quand la défense du discours passe avant, les faits ne sont plus jugés que sur leur utilité pour la cause : c’est la logique de la propagande. En mars 2025, LFI diffuse puis retire un visuel représentant Cyril Hanouna, que beaucoup jugent antisémite. Le mouvement récuse cette qualification. La Ligue des droits de l’Homme, qui n’a rien d’un adversaire politique, dénonce elle-même des traits caricaturaux relevant de la tradition antisémite et reproche à LFI de ne pas reconnaître la nature du problème. Face à une critique venue d’une organisation antiraciste, s’en prendre à ses adversaires ne répond à rien.
En juillet 2026, c’est le concert de Barbara Butch à Grenoble qui est interrompu. Le boycott était soutenu localement par LFI. La municipalité fait état de projectiles, d’insultes et d’installations électriques sabotées, et la Ville a porté plainte contre X. Manuel Bompard défend le droit de protester pacifiquement contre les positions politiques de l’artiste, tout en jugeant inacceptables d’éventuelles insultes. On ne peut pas imputer chaque violence à chaque militant présent. Mais insister sur le caractère pacifique voulu de la protestation sans affronter ce qui a conduit à l’arrêt du spectacle ne suffit pas.
Rien de cela ne fait de chaque électeur ou militant insoumis un antisémite. La critique vise la direction : minorer l’antisémitisme, diffuser une image dénoncée pour sa charge antijuive, puis opposer aux objections les bonnes intentions proclamées. Répétée, la maladresse change de nature. Elle pose la question des limites que l’organisation accepte de s’imposer.
Pour lire ce numéro (Accès numérique)
Accès à l’unité ou abonnement à tarif avantageux ✨
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.