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L'intelligence artificielle s'invite dans les fiches de poste des débutants, mais pas de la même manière pour tous.
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Michaël Giaj, responsable des études de JobTeaser : « L’IA s’installe dans les offres juniors à un rythme qu’aucune compétence n’a connu. »
En quatre ans, la part des offres de stage, d’alternance et de premier emploi qui exigent une compétence en intelligence artificielle a plus que triplé. Le Gen Z Lab de JobTeaser a passé au crible plus de 400 000 annonces publiées en France. Son responsable des études défend une idée simple : le mot « IA » ne veut pas dire la même chose selon que l’on recrute un ingénieur ou un manager.
Le chiffre a de quoi impressionner. Au premier semestre 2026, 20,1 % des métiers juniors réclament des compétences liées à l’IA, contre 6,3 % en 2022. « On passe de 6 % à 20 % des métiers juniors en quatre ans », résume Michaël Giaj. La progression a été régulière : 7,8 % en 2023, 10,9 % en 2024, 15,6 % en 2025. L’IA générative n’a donc pas provoqué de rupture brutale. Le mouvement s’est installé année après année.
Il faut quand même nuancer l’idée d’une accélération continue. Le gain de 4,5 points enregistré en 2026 ne porte que sur un semestre, et il reste un peu inférieur au bond de 2025. La courbe monte encore, mais rien ne prouve qu’elle monte plus vite. Il faut aussi garder en tête d’où viennent les données : ce sont les offres d’une plateforme reliée à 800 écoles et universités. Les grandes écoles et les cabinets de conseil y sont surreprésentés, alors que les petits commerces et l’artisanat y sont presque absents.
Ce biais se retrouve dans le classement des métiers. Plus d’une offre sur deux dans l’audit (51 %) mentionne l’IA. Suivent la data et les statistiques (48 %), la tech et l’ingénierie (44 %), la gestion de projet IT (39 %) et le conseil en stratégie (34 %). La présence de l’audit en tête n’a rien d’étonnant. Les Big Four ont fait de l’automatisation de la revue documentaire un argument commercial, et elles recrutent en masse des débutants qui devront travailler avec ces outils dès leur premier jour. « On observe que, selon les secteurs, il existe des disparités très importantes », souligne Michaël Giaj.
L’écart est énorme : 64 % des métiers juniors du numérique et de l’IT demandent l’IA, contre 3 % dans la mode et le luxe. Entre les deux, l’industrie (45 %) dépasse le conseil et l’audit (44 %). Loin derrière, on trouve la banque et l’assurance (14 %), l’administration publique (13 %), les médias (12 %) et l’énergie (11 %). Le BTP, l’immobilier et la pharmacie se situent à 8 %. Pour un étudiant qui vise ces secteurs, mettre l’IA en avant sur son CV ne lui apportera pas grand-chose face à un recruteur qui ne la demande pas.
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